Le 10 septembre, les représentants de la CGT des sapeurs-pompiers de l’Hérault ont reçu à Lunel Agnès Gizard-Carlin, tête de liste des Écologistes pour les élections sénatoriales, ainsi qu’Élisabeth Jaune, Nicolas Desagher et Lise Florès. Au-delà des revendications professionnelles, les échanges ont surtout mis en lumière les fragilités croissantes de la chaîne des secours.
« Au cours des années, on a perdu beaucoup », constate Patricia Bernard, co-secrétaire départementale de la CGT. Et les difficultés ne concernent pas uniquement les équipes opérationnelles : les personnels administratifs et techniques, indispensables au fonctionnement des SDIS, sont eux aussi en tension.
Les sapeurs-pompiers pallient à l’indisponibilité des médecins et à la saturation des urgences
Le constat le plus préoccupant concerne les urgences hospitalières. Lorsqu’un patient ne peut être accueilli rapidement, les sapeurs-pompiers restent avec lui, parfois pendant plusieurs heures. « On peut avoir 9 ou 10 véhicules bloqués parce qu’il n’y a pas d’ambulance », explique Michel Manuel, représentant de la CGT des sapeurs-pompiers de l’Hérault. Pendant ce temps, ces équipages ne peuvent plus intervenir sur leur secteur et doivent parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour prendre un nouveau départ. « Il y aura toujours un camion rouge pour répondre, même si c’est avec un temps trop long. On est le dernier service public à répondre », résume le syndicaliste.
Une situation qui révèle aussi les difficultés du système de santé. Médecins généralistes moins disponibles, notamment le soir et le week-end, urgences saturées : les pompiers se retrouvent à prendre en charge des situations qui pourraient relever d’autres professionnels. « Les pompiers font de la bobologie parce que les gens n’ont pas d’autre solution », observe Agnès Gizard-Carlin. Élisabeth Jaune, qui a travaillé dans le secteur hospitalier, souligne cette interdépendance : « Je comprends bien l’impact des carences dans les services de santé sur l’organisation des pompiers. »
Crise de recrutement et dangerosité
À cette crise opérationnelle s’ajoutent les difficultés de recrutement. L’Hérault compte environ 850 professionnels et 4 500 volontaires. Pour ces derniers, les interventions peuvent aussi avoir des conséquences sur leur emploi lorsqu’elles se prolongent aux urgences. De quoi fragiliser un modèle qui repose largement sur leur disponibilité.
Les représentants syndicaux demandent également une meilleure reconnaissance de la dangerosité du métier, exposé notamment aux fumées et aux particules. La récente bonification de retraite accordée aux volontaires constitue une avancée, mais elle ne permet pas à ceux qui disposent déjà de tous leurs trimestres de partir plus tôt.
La rencontre a également porté sur le projet de loi relatif à la sécurité civile présenté aux syndicats le 8 septembre. Si le texte comporte bien un volet consacré aux feux de forêt, la CGT estime que la question des moyens reste centrale : effectifs, équipements, financement et organisation des secours.
[VIDEO] interview de Michel Manuel, représentant de la CGT des sapeurs-pompiers de l’Hérault :
Risque d’incendie accru
Dans l’Hérault, où le risque incendie augmente avec le changement climatique, les pompiers insistent sur l’importance de la prévention et de la rapidité d’intervention. Entretien des massifs, accès aux zones forestières, débroussaillement, adaptation des territoires : pour eux, attendre la catastrophe pour agir n’est plus une option.
La CGT appelle à la mobilisation. Une intersyndicale des fonctionnaires est annoncée le 29 septembre à 14h Place Albert 1er à Montpellier, dans le cadre d’une mobilisation nationale. Les représentants des pompiers invitent les agents publics et les citoyens à rejoindre ce rassemblement pour défendre les services publics, les conditions de travail et les moyens consacrés à la protection de la population.
Pour les Écologistes, ces échanges rejoignent un enjeu plus large de leur campagne sénatoriale : donner aux collectivités les moyens d’exercer réellement leurs responsabilités. «Les collectivités ont les compétences et les responsabilités. Encore faut-il leur donner les moyens de les exercer», défend Agnès Gizard-Carlin.
Une conclusion qui résume l’enjeu de la rencontre : derrière la question des pompiers, c’est celle de services publics de proximité capables de protéger les habitant·es, dans un contexte où les crises sanitaires et climatiques se renforcent.
