Savez-vous que le loyer de la Baraquette citoyenne finance un propriétaire véreux, harceleur et condamné par la justice ? Certes, les locataires ne sont pas responsables des dérives de leur propriétaire sauf quand iels louent en connaissance de cause et qu’iels prétendent représenter des partis et associations qui se revendiquent de gauche. Voici donc la triste histoire de ce local situé au 31 rue de la Révolution à Sète.
Au départ, c’est l’histoire de Mickaëlla qui occupe le lieu pendant 18 ans. Un petit appartement en étage et un local avec vitrine au rez-de-chaussée dans lequel elle exerce son activité de potière et pour lesquels elle paye son loyer, chaque mois, rubis sur l’ongle. Si les craintes de Mickaëlla débutent en 2015 quand la vente de l’immeuble se profile, les vrais ennuis commencent dès que celui-ci est racheté, début 2020, par un propriétaire que nous appellerons MEM. Ce monsieur veut vider les lieux de ses locataires pour y faire des travaux à grands renforts d’aides publiques. Certains se verront proposer des solutions de relogement mais rien pour la potière. Au contraire, MEM la harcèle pour la faire partir. Au bout de deux ans de mauvais traitements – installation électrique dangereuse, plafonds et murs dégradés, chauffage inadapté… dans son appartement ; tuyaux d’alimentation en eau volontairement coupés et retirés, inondations à répétition par eaux usées… dans son local -Mickaëlla craque et finit par s’en aller à bout de force.

Accompagnée par un collectif de citoyens – le collectif logement – Mickaëlla s’est néanmoins battue pour ses droits. Pétition, manifestations, elle viendra même témoigner lors d’une réunion publique organisée par la gauche sétoise alors en campagne pour les élections municipales de 2020. Toujours soutenue par le collectif logement, elle intentera une action en justice contre MEM. Néanmoins, épuisée, malade, physiquement et psychologiquement ravagée, elle quittera les lieux en novembre 2022 avant la tenue du procès.
C’est à peine quelques mois après son départ, début 2023, que celles et ceux qui se vantent de l’avoir soutenue – qui connaissaient donc l’historique de la situation – et qui se targuent de lutter contre les propriétaires pourris et la politique de gentrification de la ville, louent le local où elle exerçait son activité pour y faire la Baraquette citoyenne, haut lieu de rencontres et d’événements culturels et politiques de la gauche sétoise noyautée par le PCF local. Ils et elles entraînent dans l’aventure des organisations, des associations et des personnes qui ignoraient tout de cette affaire et qui servent aujourd’hui de faire-valoir et garant·es de probité.
Interrogé·es par le collectif logement sur cette contradiction, les promoteur·ices du projet de la baraquette, qui continuent de marteler qu’iels ont toujours soutenu la potière, prétendent ne pas avoir fait le lien entre leur local et celui qu’occupait Mickaëlla où iels sont pourtant venu·es manifester et signer la pétition « De l’eau pour la potière ». Quelle fâcheuse amnésie ! D’autant que depuis, en janvier 2024, le tribunal a donné raison à Mickaëlla et a condamné MEM pour « fautes quant à ses obligations de bailleur » mais également pour « actes malveillants ». Mais pour les occupant·es de la Baraquette, « il est temps de passer à autre chose ». Iels ne veulent ni informer leurs adhérent·es et contributeur·trices, ni reconnaître qu’en agissant ainsi, iels cautionnent et financent un propriétaire voyou. En d’autres termes, du passé faisons table rase et tant pis si les actes ne sont pas en accord avec les discours. La poussière sous le tapis, ni vu ni connu.
A cette heure, seule une partie des membres de La France Insoumise, heurtée par ces pratiques en contradiction avec ses valeurs, a décidé d’aller se réunir ailleurs.
Et bien, je ne sais pas pour vous, mais moi, ça me chagrine profondément d’avoir comme seule alternative à la droite bourgeoise et extrême, une gauche amnésique et manipulatrice. Le temps des magouilles, des petits arrangements entre ami·es et de la corruption de tous bords doit cesser.
