Certains animaux ont survécu à l’été, faut-il les achever ? Julie Boulangier veut suspendre la chasse

Montpellier, Julie Boulangier : « ce n’est pas de la chasse, c’est achever des animaux » - Photo - JPV / PLURIELLE INFO
Montpellier, Julie Boulangier : « ce n’est pas de la chasse, c’est achever des animaux » - Photo - JPV / PLURIELLE INFO

Après un été marqué par les incendies, la sécheresse et la canicule, plusieurs associations et formations politiques ont demandé samedi devant la préfecture de l’Hérault la suspension de l’ouverture de la chasse. Derrière l’urgence écologique, les manifestants dénoncent aussi les choix de l’État et le poids politique du lobby des chasseurs.

Montpellier, 5 sept 2026. Les promeneurs peuvent être interdits de forêt pour éviter les incendies. Mais les chasseurs, eux, s’apprêtent à retrouver leurs fusils le 13 septembre prochain. À quelques jours de l’ouverture de la chasse dans l’Hérault, la contradiction a nourri samedi le rassemblement organisé devant la préfecture de Montpellier à l’appel de la Révolution écologique pour le vivant (REV).

Après le fléau des incendies et celui de la canicule, faut-il vraiment ajouter celui de la chasse ?

« C’est indispensable » de l’arrêter, répond Julie Boulangier, militante et représentante locale de la REV. « Dans le contexte actuel avec la sécheresse, les incendies qu’on a connus en particulier dans le sud de la France, c’est inadmissible de laisser des chasseurs continuer pour un loisir à abattre des animaux » déjà affaiblis et concentrés autour de points d’eau devenus rares. Pour elle : « ce n’est pas de la chasse, c’est achever des animaux ».

[VIDEO] Interview de Julie Boulangier, militante et représentante locale de la REV :

« Qu’est-ce que vous attendez ? »

Le message adressé à la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, tient en une question : « Qu’est-ce que vous attendez pour arrêter clairement la chasse ? » Les militants réclament notamment l’utilisation de l’article R. 424-3 du code de l’environnement permettant, selon eux, une suspension temporaire pour calamité naturelle, ainsi qu’un moratoire de trois ans dans les zones incendiées et les massifs limitrophes. La suspension ne serait toutefois qu’une étape pour la REV, qui revendique l’abolition de la chasse.

Reste un problème de rapport de force. Contrairement aux agriculteurs, pas de tracteurs pour bloquer les routes, ni de pneus ou de fumier à faire brûler devant la préfecture, avec, comme à Montpellier des élus en écharpe pour les soutenir. Quelques militants et des drapeaux peuvent-ils vraiment suffire à se faire entendre ? Julie Boulangier veut le croire. « On veut une réponse de la préfète », insiste-t-elle, et elle rappelle que plusieurs associations avaient déjà demandé une suspension sans obtenir de réponse.

Et si la préfecture fait la sourde oreille ? « On continuera », assure-t-elle. Jusqu’à évoquer « un devoir citoyen et un devoir moral de s’opposer aux chasseurs », notamment en occupant pacifiquement les espaces naturels.

En attendant la réponse de la préfète, la mobilisation se poursuit en ligne : la pétition « Pas de fusil sur les cendres » appelle à grossir les rangs de celles et ceux qui réclament un répit pour la faune sauvage. À date, iels sont déjà prés d’un demi-million. À signer ici !

« Une forme de sadisme »

Christian Perrenot, délégué de l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) dans l’Hérault, attaque de son côté l’argument de l’autorégulation avancé par les chasseurs. « Les quotas », souligne-t-il, « ont été établis avant un été bouleversé par les incendies, la sécheresse et la canicule. »

Il réclame surtout des zones tampons autour des territoires brûlés afin que les animaux ayant fui les flammes ne puissent pas être abattus dans les secteurs voisins. Et égratigne au passage le ministère de la transition écologique, accusé de « botter en touche » en laissant les préfectures gérer localement la situation.

Eddine Ariztegui, coprésident du Parti animaliste, va plus loin. Pendant que des bénévoles se déplacent pour soigner des animaux brûlés, « on a des chasseurs qui vont achever des animaux qui sont encore traumatisés, qui sont encore blessés ». « C’est une forme de sadisme. Disons-le clairement, c’est une forme de sadisme », lâche-t-il.

Il dénonce également « ce lobby qui est extrêmement puissant » et les subventions accordées au monde de la chasse. « Ces millions, ils devraient aller à la protection des animaux », estime-t-il, avant d’accuser l’État de cautionner une « tuerie d’animaux » et une « hypocrisie absolue ».

Eddine Ariztegui s’en prend directement à Thierry Coste, conseiller et lobbyiste historique de la Fédération nationale des chasseurs : « Thierry Coste facturait 200 000 euros l’année à la Fédération nationale des chasseurs », lance le coprésident du parti animaliste. Un chiffre qu’il ne sort pas du chapeau : la Cour des comptes avait évalué ses honoraires entre 180 000 et 210 000 euros annuels et Le Monde faisait encore état d’une rémunération de 200 000 euros par an.

« Première étape, on les reconnecte. Deuxième étape, on les remplace »

Pour Marc Nougier, porte-parole de Cause commune et de LFI-Verts populaires, le débat dépasse finalement la chasse. « Nos politiques publiques doivent aussi avoir un avant et un après été 2026 », estime-t-il. Face au changement climatique, les loisirs eux-mêmes doivent selon lui être interrogés : « Qu’est-ce qu’on va choisir dans nos loisirs ? Qu’est-ce qu’il va falloir arrêter ? »

Et devant une préfecture devenue la cible commune de toutes les critiques, il résume sa feuille de route en deux temps : « On reconnecte les gouvernants avec le vivant. Première étape. Deuxième étape, on les remplace. »

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