Attentat raciste : le maire de Trappes appelle à faire le choix de la République

Trappes : après la stigmatisation, l'attentat raciste et une ville sous le choc - 30 0ctobre 2026
Présidentielle 2027 1er tour Dimanche 18 avril 2027
dans 165 jours

Vendredi 30 octobre avait lieu à Trappes l’hommage aux victimes de l’attentat raciste qui a fait huit victimes le 23 octobre dont un mort, Pengo Bossio Wangi  et une petite fille de 12 ans; une cérémonie grave et émouvante qui a rassemblé des milliers de personnes dont de nombreux responsables et élu·es de gauche. Pas un seul représentant du gouvernement.

Le même jour, Edwige Diaz, vice-présidente du RN tenait meeting à Pauillac et persistait à excuser le geste de l’assassin par son origine : la déclaration de Jordan Bardella en 2022  selon laquelle «Trappes est une République islamique en miniature, la capitale européenne du djihad. C’est le futur de toute la France si nous ne reprenons pas la main !». Dans l’émission poubelle Les grandes gueules sur RMC, Trappes a été comparée à Kaboul. Sur Cnews, Zemmour assénait que « Trappes est une ville musulmane régie par la loi musulmane». Cette propagande a directement conduit au passage à l’acte…

Aucun représentant du gouvernement ne s’est déplacé

Le terroriste, un proche du RN nourri par la propagande de la télévision, a tiré 128 munitions, ciblant volontairement toutes les personnes non-blanches, y compris des enfants. Pour le média autonome nantais Contre Attaque, « C’est un acte qui, normalement, choque un pays entier pour des années, provoque un électrochoc dans la société et des décisions politiques lourdes« . Or il constate qu’il n’en est rien : « Depuis, non seulement tout continue comme avant, les médias continuent de propager les mêmes propos racistes et anxiogènes, la même propagande policière, à inviter les mêmes politiciens d’extrême droite, mais aucun membre du gouvernement ne s’est déplacé à l’hommage aux victimes. Le choix de n’envoyer aucun représentant à une marche organisée après un acte terroriste est sans doute une première dans l’histoire de la Cinquième République« .

Non content de se défausser de ses responsabilités dans la diffusion du discours raciste et de la stigmatisation de certaines communes, le RN tente piteusement de nier tout lien en affirmant que l’auteur de l’attentat, le fameux Kevin T, Kevin Tessier pour l’état-civil, n’était pas membre du RN mais simplement sympathisant. C’est oublier un peu vite la trop longue liste de ses membres impliqués directement dans des meurtres et des actions violentes qui ne cessent d’ailleurs de s’organiser avec désormais des milices structurées, largement protégées par la police.

Un attentat évitable

Le pire dans ce drame de Trappes, c’est d’apprendre par Médiapart que Kévin Tessier avait commis une agression raciste trois jours seulement avant l’attentat. France 2 a rencontré la victime, un homme noir nommé Ahmed, qui raconte qu’il faisait un plein d’essence dans une station service de Levallois quand Kevin Tessier l’a aspergé de gaz lacrymogène et l’a passé à tabac en criant : «Je vais te tuer ! On va se débarrasser de vous ! On en a marre de vous». La Police Municipale de Levallois serait intervenue, non pour arrêter l’agresseur mais pour menotter la victime ensanglantée. Pour le journaliste de Contre attaque, « il s’agit ici d’un racisme d’État pur et dur : dans une altercation, les policiers considèrent instinctivement que c’est forcément le blanc la victime et le noir l’agresseur« .

Ahmed déclare à France 2 : «J’étais paumé, sonné à la tête», avec plusieurs dents cassées. Finalement, il est démenotté et se rend à l’hôpital, puis dépose plainte. Kévin Tessier n’est même pas placé en garde à vue, il est entendu en «audition libre» pour décliner son identité avant d’être relâché. Il devait être reconvoqué pour une autre «audition» le jour de l’attentat. « Voilà comment les autorités traitent, au quotidien, les violences d’extrême droite. Avec un laxisme et même une complaisance ahurissante, alors qu’une poubelle brûlée est sanctionnée par des jours de gardes à vue immédiate, des procès expéditifs et parfois de la prison ferme » dénonce Contre Attaque.

Pas d’excuses ni de dénonciations ni de paroles de compassion du côté du pouvoir ni d’une droite qui pleurent les vitrines mais pas les victimes de crimes raciste. Comment s’en étonner quand un des siens, cet ancien premier ministre aujourd’hui candidat à la présidentielle impute aux jeunes « issus de l’immigration » la responsabilité des pillages du 17 octobre, lors du journal de TF1 ??

Faire le choix de la République, c’est défendre sa devise

Alors oui, Ali Rabeh, maire de Trappes, a raison de dénoncer la diffusion des mots qui arment et qui tuent et d’appeler à un sursaut républicain. S’adressant aux électeurs du RN, il les exhorte : « Je vous en conjure, ouvrez les yeux et faites le choix de la République ! Ne nous jetez pas aux loups ».

Puis il affirme que « ceux que l’on dit « issus de l’immigration », ceux qui sont français depuis des temps immémoriaux mais qui sont noirs », ceux dont la religion est minoritaire comme les juifs ou les musulmans sont tous « les enfants de la République« , ajoutant en s’y intégrant « mais dont nous nous sentons trop souvent orphelins« . Il signale à ceux qui l’oublieraient que « Nous n’avons pas de pays de rechange ».  Et de rassurer toutes ces personnes constamment renvoyées à leurs origines, leur couleur de peau ou leur religion : « Vous êtes bien plus français que celles et ceux qui, par leurs discours et leurs actes, trahissent chaque jour les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité . Ne leur laissez pas la France. Ne leur laissez pas cette victoire« .

 

 

 

De son côté, Jean-Luc Mélenchon est revenu avec une grande sincérité sur ce fort moment dans sa dernière note de blog intitulée justement « T, l’ignominie en une seule lettre ».

Pour lui, cette « semaine de l’attentat à Trappes a été un horrible révélateur de l’état de la France« . Il témoigne que « Sur place, une population est sidérée de peur huit jours après les faits, une peur palpable comme un vent froid dans une rue d’automne. Collant comme un crachin de glue. » Citant  des habitant·es « « Quand une voiture ralentit, je me retourne, j’ai peur », me dit l’un. « Elle revenait de la piscine quand il lui a tiré dessus. Je reviens tout le temps de quelque part et ça ne veut rien dire. Alors, j’ai peur », me dit l’autre. Kevin « T. » a réussi son coup. Sur les réseaux, on a vu passer des « merci Kevin ! ». Aucun procureur ne s’est saisi. Aucune grande conscience institutionnelle ne s’est indignée. Je suis très éprouvé par ce que j’ai vu, entendu, ressenti. Le discours d’Ali Rabeh, maire de la commune, était fait avec les mots justes et directs qu’il fallait. Les deux femmes qui ont parlé, Aïssetou Diawara et Aminata Diallo, et l’homme de lettres Rachid Benzine tout autant, chacune et chacun dans un registre qui obligeait à réfléchir en profondeur sur l’environnement de cet attentat. »

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