Lycéens arrêtés, manifestations interdites, journalistes malmenés, militants poursuivis, surveillance généralisée. Dans une analyse publiée le 29 octobre, Amnesty International identifie sept signes de dérive autoritaire en France. Le pays des droits de l’Homme prend dangereusement ses libertés avec les droits humains.
Le constat est accablant. Il fait mal. Amnesty International décrit une mécanique bien connue des régimes illibéraux : intimider les contestataires, surveiller la population, désigner des ennemis intérieurs et affaiblir les contre-pouvoirs. La France, prévient l’ONG, n’échappe plus à cette évolution. Résultat d’une recette ratée du « en même temps » ?
Au nom de l’ordre public
Depuis septembre, le mouvement lycéen connaît des arrestations de mineurs d’une ampleur record, selon Amnesty. Le 24 octobre, plusieurs manifestations contre la vie chère ont été interdites. Le droit de manifester devient une liberté que l’administration peut considérablement restreindre au nom de l’ordre public.
Même les journalistes ne sont plus à l’abri. Reporters sans frontières documente des violences contre ceux qui couvrent les manifestations. Amnesty dénonce également les convocations de journalistes d’investigation par la DGSI et la concentration des médias entre les mains de quelques milliardaires.
les Jeux olympiques de la surveillance
Autre inquiétude : la surveillance. Introduite à titre expérimental pour les Jeux olympiques de 2024, la vidéosurveillance algorithmique a été prolongée. Les drones surveillent les cortèges. L’exception sécuritaire s’installe dans la durée.
Les associations subissent également la pression : menaces de dissolution, financements conditionnés, militants écologistes assimilés à des « écoterroristes ». Amnesty cite notamment les opposants à l’autoroute A69.
Le consommateur béat doit-il se réveiller ? OUI ! Le plus inquiétant reste la banalisation de ces pratiques. Chaque restriction est présentée comme nécessaire, chaque contestation comme suspecte. Pendant ce temps, les libertés reculent et certains esprits fragiles imbibés par l’insécurité ressentie et matraquée avec méthode par le groupe Bollré, adhérent silencieusement, mais surtout lâchement ou pire avec passion…
La révolution promise n’a pas eu lieu, la Renaissance non plus
À l’approche de la présidentielle de 2027, Amnesty lance un avertissement : une démocratie ne disparaît pas nécessairement par un coup d’État ou sous les bottes d’un·e dictateur·trice. Elle peut aussi s’user sous les décisions de dirigeants démocratiquement élus, portés au pouvoir par un marketing politique de banquiers trop efficaces.
Emmanuel Macron en aura offert une démonstration : ancien élève devenu président, marié à son ancienne professeure, incarnation soigneusement mise en scène d’une modernité rassurante. Un gentil garçon bien élevé, ni de droite ni de gauche, promettant une « révolution » avant de baptiser son parti « Renaissance ». Neuf ans plus tard, le « en même temps » ressemble à une formidable machine pour brouiller les responsabilités.
La révolution promise n’a pas eu lieu. La Renaissance non plus. En revanche, les libertés publiques s’abîment, les contre-pouvoirs sont attaqués et la défiance prospère. Pour un président qui promettait de réconcilier les Français, son bilan politique est un naufrage et le consommateur trompé ne semble pas vouloir pas le laisser partir par la grande porte, mais avec du goudron et des plumes.
