Après l’annonce du non-renouvellement de son partenariat, l’association qui préserve l’abbaye Saint-Félix-de-Montceau depuis 56 ans a dénoncé sa mise à l’écart. Sète agglopôle a depuis justifié sa décision par communiqué. Guilhem Routier affirme n’avoir toujours reçu aucune réponse directe. Dans une lettre ouverte, l’association retrace dix-huit mois d’échanges, documents à l’appui, et conteste des accusations qu’elle juge « totalement fausses » et « diffamatoires ». Plurielle publie intégralement cette réponse.
Lettre ouverte de l’Association de sauvegarde de l’Abbaye Saint-Félix de Montceau
Le 12 octobre 2026, Sète agglopôle méditerranée a notifié à notre association sa décision de ne pas renouveler, après le 14 avril 2027, la convention qui organise ses actions de médiation et d’animation à l’abbaye Saint-Félix de Montceau. Le 13 octobre, avant toute réunion de conciliation et sans discussion préalable avec nous sur une transition, l’Agglopôle annonçait publiquement que la mise en valeur du site serait confiée à l’association Le Passe Muraille. Depuis notre conférence de presse du 22 octobre, l’Agglopôle justifie sa décision dans plusieurs médias par des formules particulièrement graves : « constats d’interventions incompatibles avec le cadre conventionnel », « répétition d’initiatives non validées », « contestation publique des règles de sécurité », « manquements répétés » en matière de sécurité et de conservation, altération de la confiance, et nouvelle équipe dirigeante qui chercherait à s’affranchir de ses obligations.
Une collectivité peut décider de ne pas renouveler une convention dans les conditions prévues par celle-ci. Elle doit aussi répondre de la précision, de la cohérence et de la loyauté de ce qu’elle affirme publiquement pour justifier cette décision. Or les accusations aujourd’hui diffusées restent générales : elles ne désignent ni les faits récents concernés, ni leurs dates, ni les règles qui auraient été refusées, ni un dommage causé au monument ou au public. Elles mêlent des épisodes anciens, des désaccords de communication, des questions posées sur la proportionnalité de certaines prescriptions et quelques défauts de validation que nous avons nous-mêmes reconnus et corrigés.
Nous refusons que cet amalgame construise, par répétition, l’image d’une association dangereuse ou irresponsable et d’une nouvelle présidence hostile aux règles. Nous répondons donc par les faits, les dates et les écrits.
Ce que nous ne contestons pas
L’abbaye est un bien public appartenant à la commune de Gigean. Sète agglopôle méditerranée en assure la gestion dans le cadre qui lui a été confié. Les services de l’État, dont la DRAC, disposent de compétences propres en matière de protection du patrimoine et des sites. Les exigences de conservation, de sécurité des personnes, de prévention du risque incendie et d’autorisation préalable doivent être respectées.
Notre association n’a jamais revendiqué la propriété de l’abbaye, un droit perpétuel à y intervenir ou une exemption aux règles. Nous avons publiquement déclaré ne réclamer « ni droit éternel ni monopole ». Présenter la transmission de la présidence de Luc Routier à Guilhem Routier comme susceptible d’instaurer un « droit de propriété moral » répond donc à une prétention que nous n’avons jamais formulée.
Depuis l’encadrement préfectoral intervenu en 2025, l’association a accepté que les travaux sur le bâti relèvent de la maîtrise d’ouvrage publique et que son rôle conventionnel soit désormais centré sur la médiation, l’animation, la transmission et l’entretien autorisé. La convention signée le 14 avril 2026 traduit précisément ce nouveau cadre.
La question n’est donc pas de savoir si des règles existent. Elle est de savoir si l’association les a refusées et si les accusations publiques portées contre elle décrivent loyalement son comportement récent. Les documents montrent l’inverse.
Les faits anciens ne démontrent pas des manquements de la nouvelle gouvernance
L’Agglopôle affirme que, « dès 2020 », des interventions incompatibles avec le cadre conventionnel auraient conduit la collectivité et les services de l’État à renforcer l’encadrement du site. Elle se réfère également à la maîtrise d’œuvre patrimoniale mise en place entre 2023 et 2024 et à l’arrêté préfectoral de janvier 2025.
Nous ne nions pas que le cadre administratif et patrimonial a évolué ni que certains travaux réalisés au fil des décennies ne répondraient plus aux procédures aujourd’hui exigées. L’histoire d’un monument relevé à partir de ruines par des bénévoles depuis 1970 ne peut cependant pas être réduite, rétrospectivement, à une suite de fautes. Une partie importante des interventions a été conduite avec l’accompagnement de professionnels du patrimoine, de chantiers de bénévoles et de personnes travaillant aux côtés des architectes compétents. Cette œuvre a été publiquement reconnue et récompensée avant d’être aujourd’hui présentée presque exclusivement sous l’angle du soupçon.
Surtout, la chronologie est décisive. Tous les éléments antérieurs invoqués par l’Agglopôle étaient connus lorsqu’elle a choisi de signer avec l’association une nouvelle convention le 14 avril 2026. Ces antécédents peuvent expliquer l’adoption d’un cadre plus précis. Ils ne peuvent pas, sans faits nouveaux identifiés, être recyclés six mois plus tard pour établir des « manquements répétés » imputables à la nouvelle présidence, élue seulement le 19 septembre 2026.
Si l’Agglopôle entend fonder sa décision sur des interventions précises réalisées depuis l’entrée en vigueur de la convention de 2026, elle doit les désigner, les dater et indiquer la prescription méconnue. Nous le lui avons demandé formellement. À ce jour, elle a choisi de répondre dans la presse par des catégories générales plutôt que de nous communiquer ce relevé contradictoire.
Le panneau de 2025 et la responsabilité de la parole institutionnelle
Au printemps 2025, un panneau institutionnel installé à l’entrée du site a relayé une présentation accusatrice de plusieurs décennies d’interventions associatives, en reprenant notamment l’idée d’interventions non maîtrisées, de travaux sans autorisation et de remaniements dommageables. Pour les bénévoles qui avaient consacré une vie à sauver l’abbaye, ce panneau ne constituait pas un simple rappel réglementaire : il plaçait publiquement cinquante-cinq années de travail sous le signe de l’illégalité et de la dégradation.
Le panneau a finalement été retiré après notre mobilisation et plusieurs reportages, dont ceux de France 3 et d’ICI Hérault. Il nous a été répondu que le président de l’Agglopôle n’avait pas été informé de cette installation. Cette réponse ne règle rien. Si le gestionnaire n’avait pas été informé, qui avait validé le texte et sa pose ? Pourquoi aucune rectification ni excuse publique n’a-t-elle été adressée aux bénévoles ainsi désignés ? Et comment l’Agglopôle peut-elle aujourd’hui invoquer la coordination ancienne avec la DRAC tout en se déclarant extérieure à la communication institutionnelle qui en résultait sur le site qu’elle gérait ?
Les tensions n’ont pas commencé parce qu’une nouvelle gouvernance associative aurait décidé de s’affranchir des règles. Elles ont commencé lorsqu’une institution a publiquement disqualifié une histoire bénévole sans prendre la mesure humaine de ses mots, puis n’a jamais réparé cette atteinte.
La sécurité a été appliquée et non refusée
L’expression « contestation publique des règles de sécurité » entretient une confusion entre trois choses très différentes : demander la base et la proportionnalité d’une prescription, signaler qu’une petite association ne peut pas multiplier indéfiniment des prestations coûteuses, et refuser d’appliquer une règle. Les deux premières relèvent d’un échange normal entre partenaires. La troisième n’est établie par aucun des faits récents publiquement cités.
Le 24 juillet, alors qu’un membre du cabinet du président s’interrogeait sur la légalité de manifestations estivales au regard du risque incendie, Guilhem Routier a répondu par écrit que leur tenue resterait subordonnée aux arrêtés applicables et qu’en cas d’interdiction d’accès à la Gardiole, l’événement serait annulé ou reporté.
Après la réunion du 31 août, l’association a pris contact avec les services compétents et présenté les garanties demandées. Confrontée à la chaleur, à la sécheresse et aux délais trop courts, elle a reporté en responsabilité la première édition officielle de Mots & Merveilles, initialement prévue les 5 et 6 septembre. Le principe de ce report en octobre avait été accepté oralement lors de la réunion, puis validé par écrit.
Pour la conférence de Thomas Brail du 12 septembre, l’association a rémunéré un agent SSIAP 1, adapté le plan d’accueil et d’évacuation, prévu les extincteurs et organisé les cheminements du public. La conférence s’est tenue dans le cadre validé.
Pour les Journées du patrimoine du 20 septembre, l’association a annulé l’ouverture dès lors que la vigilance orange rendait applicable l’arrêté municipal interdisant l’accès au site. Elle n’a tenté ni de contourner l’arrêté ni d’accueillir le public malgré l’interdiction.
Pour Mots & Merveilles des 3 et 4 octobre, l’association a demandé si la présence d’un SSIAP restait exigée alors que le massif repassait en vigilance verte et alors que des concerts s’étaient tenus dans l’abbatiale sans dispositif identique. Elle a demandé la qualification attendue et le fondement de cette exigence. Mais elle a simultanément écrit qu’elle en prenait acte, contacté l’agence de sécurité et appliqué la modalité maintenue par l’Agglopôle.
Poser une question n’est pas désobéir. Demander une règle écrite n’est pas contester la sécurité. Rechercher une mesure proportionnée n’est pas mettre le public en danger. Si l’Agglopôle soutient le contraire, qu’elle indique un seul événement récent au cours duquel l’association aurait maintenu l’accueil du public malgré une interdiction, refusé une condition définitive de sécurité ou provoqué l’incident qu’elle laisse aujourd’hui imaginer.
L’épisode du 7 septembre illustre au contraire la disproportion des réactions. Un message public de Luc Routier indiquait que l’association ne pourrait pas assurer les Journées du patrimoine en vigilance orange si elle devait encore financer un agent SSIAP. Laurent Fabre, coordinateur du comité de pilotage, a précisé que la vigilance orange n’imposait pas, à elle seule, un SSIAP pour de simples visites, tandis que l’arrêté municipal demeurait applicable. Cette clarification a été comprise et appliquée. Pourtant, Fabrice Manuel a qualifié ce message de « posture de déviance vis-à-vis de la Ville de Gigean ». Un malentendu corrigé a ainsi été transformé en faute de comportement.
Les initiatives non validées doivent être nommées et non amplifiées
Nous n’avons aucun intérêt à nier les imperfections réelles. Deux phases exploratoires de Mots & Merveilles, organisées les 13 juin et 14 juillet 2026, n’ont pas fait l’objet de la validation complémentaire formelle exigée par l’article 5 de la convention. L’association l’a reconnu dans sa réponse du 31 juillet, comme elle a reconnu le caractère maladroit de certaines publications. Elle a présenté ses explications, supprimé ou corrigé les contenus concernés et modifié sa méthode.
Ces faits circonscrits ne sauraient toutefois être transformés en une série indéfinie de manifestations clandestines, encore moins en manquements répétés à la sécurité et à la conservation. Dans ses prises de parole publiques, l’Agglopôle ne mentionne aucun incident, aucune atteinte au monument ni aucun dommage au public résultant de ces phases exploratoires.
À partir du 23 juillet, l’association a informé par écrit l’Agglopôle, la commune et les membres concernés du comité de pilotage de ses prochaines manifestations. Lors de la réunion du 31 août, elle a proposé qu’une procédure simplifiée permette de traiter les initiatives culturelles qui, par nature, ne peuvent pas toutes être inscrites un an à l’avance dans un programme figé. Selon la note rédigée le soir même par Me Mazarine Bard, cette proposition n’a pas réellement été examinée, l’Agglopôle et la commune s’étant montrées réticentes à engager la discussion.
Les événements majeurs qui ont suivi — conférence de Thomas Brail et première édition officielle de Mots & Merveilles — ont, eux, été autorisés et organisés selon les conditions finalement imposées. Employer aujourd’hui le pluriel vague d’« initiatives non validées » permet d’effacer cette évolution et de faire passer une irrégularité reconnue et corrigée pour une politique délibérée d’insoumission.
La nouvelle gouvernance n’a demandé aucune exemption
Dans son courrier du 12 octobre, l’Agglopôle relie expressément sa décision à la « transition vers une nouvelle gouvernance associative » et à la transmission de la présidence à Guilhem Routier. Dans sa communication du 24 octobre, elle ajoute que cette transmission ne saurait instaurer un « droit de propriété moral » ni affranchir la nouvelle équipe de ses obligations.
Cette formulation est d’autant plus injustifiée que la future présidence avait déjà été évoquée lors de la réunion du 31 août. La note contemporaine de Me Bard rappelle alors que la vie interne de l’association ne concernait ni l’Agglopôle ni le maire de Gigean. La synthèse tirée de l’enregistrement intégral montre également que la future présidence de Guilhem Routier a été directement rapprochée de la question du maintien de la relation contractuelle.
Depuis son élection, le nouveau président a transmis les éléments administratifs demandés, sollicité les validations écrites, demandé la présence exacte des agents de sécurité, engagé les prestataires exigés, demandé le relais des événements au titre de la convention et proposé une conciliation. Aucun de ces actes ne manifeste une volonté de s’affranchir des règles. Ils montrent au contraire une volonté de les rendre claires, prévisibles et réciproques.
Le vrai désaccord porte moins sur l’existence des règles que sur le droit de l’association à poser des questions, à demander des justifications et à rappeler les engagements des collectivités. Une relation partenariale ne peut pas assimiler l’exigence de réciprocité à une preuve d’indiscipline.
La confiance conventionnelle obligeait les trois parties
La confiance invoquée par l’Agglopôle ne peut pas être une obligation à sens unique. La convention du 14 avril 2026 impose des engagements précis aux trois partenaires.
Son article 3 prévoit que Sète agglopôle méditerranée associe l’association aux activités de médiation, mène des actions communes de valorisation, la mette en relation avec ses équipements et services et soit « un relais de communication et de diffusion » pour ses projets d’animation liés au site. Son article 4 prévoit que la commune de Gigean soit partenaire d’au moins une action annuelle et puisse apporter du matériel ou des services techniques aux actions validées. Son article 6 confie au comité de pilotage le bilan, la programmation et les orientations des actions. Son article 10 impose la recherche d’une conciliation en cas de divergence.
Or plusieurs animations validées n’ont fait l’objet d’aucun relais identifiable de la part de l’Agglopôle, notamment les événements des 30 mai, 7 juin et 20 juin, la conférence de Thomas Brail du 12 septembre et Mots & Merveilles des 3 et 4 octobre.
Le refus de relayer Mots & Merveilles est particulièrement révélateur. Le 1er octobre, le cabinet du président a indiqué que cette manifestation était une initiative propre à l’association, présentait un lien avec l’activité professionnelle d’auteur de Guilhem Routier et ne s’inscrivait pas directement dans le projet porté par l’Agglopôle. Pourtant, l’événement avait été validé, relevait précisément de l’animation culturelle du site et entrait dans la catégorie des projets que l’article 3 engage l’Agglopôle à relayer. L’association ne percevait aucune rémunération pour l’organisation et aucune commission sur les ventes des participants.
La contradiction est tout aussi nette à propos du logo. L’article 5 oblige l’association à apposer le logo de l’Agglopôle sur tout support de promotion ou d’animation lié au site. L’affiche de la conférence de Thomas Brail, manifestation validée, a donc porté ce logo. Le 8 septembre, l’Agglopôle a pourtant exigé son retrait et imposé, pour l’avenir, une validation préalable de toute utilisation. L’association a immédiatement obéi, tout en demandant quelle règle appliquer et selon quelle procédure. Aucune clarification substantielle ne lui a été apportée. Un mois plus tard, le courrier de non-renouvellement lui reprochait l’utilisation du logo « sans accord préalable ».
À cela se sont ajoutées des validations tardives. Pour Mots & Merveilles des 5 et 6 septembre, l’accord écrit n’est intervenu que le 3 septembre, après des demandes de sécurité nécessitant encore de recruter un agent, d’obtenir des extincteurs et d’arrêter un plan d’évacuation. Pour les 3 et 4 octobre, la confirmation du maintien du SSIAP est arrivée les 1er et 2 octobre. L’association a néanmoins fait face, seule, aux recherches de prestataires, aux dépenses et à la communication.
Enfin, malgré plusieurs invitations et relances, aucun représentant de l’Agglopôle n’a assisté le 4 octobre à la passation de présidence entre Luc Routier et son fils, après cinquante-six années d’engagement. Cette absence n’est pas, en elle-même, une violation de la convention. Elle dit cependant quelque chose de la qualité réelle de la relation dont l’Agglopôle attribue aujourd’hui la dégradation à la seule association.
La confiance ne peut signifier : obéissez à nos demandes, supportez-en les coûts, attendez nos validations, retirez notre logo malgré le contrat, renoncez à notre relais malgré le contrat et ne critiquez jamais nos choix. Cela ne s’appelle plus un partenariat.
Isabelle et le Roi montre comment un projet peut être épuisé sans être formellement interdit
La renaissance d’Isabelle et le Roi permet de comprendre la mécanique d’usure administrative qui précède le conflit actuel. Cette comédie musicale de deux heures et 34 chansons, inspirée directement de l’histoire médiévale de l’abbaye, avait été créée à Saint-Félix en 2001 avant d’être présentée sur la scène nationale de Sète, au Trianon et au Palais des Glaces à Paris. Sa reprise envisagée en mai 2026 représentait près d’une année de préparation, de castings, de répétitions, de recherches de financements et de frais engagés.
À la demande de Laurent Fabre, un dossier-projet détaillé a été transmis le 27 janvier 2026 avant le comité de pilotage. Il avait été préparé avec un technicien professionnel et en lien avec le directeur des services techniques de la commune de Gigean. Il exposait l’implantation retenue au sud de l’abbatiale, la jauge, les métriques, les circulations, les équipements de son et de lumière, l’alimentation électrique, les secours, l’évacuation, les extincteurs, l’accessibilité, l’assurance, la note environnementale, le budget et les devis de sécurité.
Le 25 février, ce travail n’a pas conduit à une construction opérationnelle partagée. L’association s’est vu opposer une nouvelle liste de pièces et un « dossier technique complémentaire » fondé sur une trame générique comportant encore des références à des supports tels que « CD, MD, DAT » ou à un jeu d’orgues « manuel », et mentionnant un contrôle pour les gradins ou podiums de plus de 300 personnes alors que la jauge travaillée avait été ramenée à 150 ou 200 places. Certaines demandes — plans à l’échelle, accessibilité, secours, calendrier — étaient légitimes et l’association ne les conteste pas. Leur accumulation tardive, l’absence d’accompagnement concret et le déplacement finalement proposé du spectacle vers le parking ont toutefois changé la nature même d’un projet conçu pour dialoguer avec l’abbaye.
Le compte rendu du comité affirme en outre que « le site monastique de Saint-Félix de Montceau n’a pas vocation à devenir une scène de spectacle ». Cette position surprend pour un lieu que l’association anime depuis des décennies par le théâtre, la musique et les spectacles historiques, et pour une œuvre précisément née de son histoire. Elle est difficile à concilier avec l’engagement conventionnel de valorisation culturelle du site.
Face au calendrier devenu intenable et aux incertitudes techniques et financières, l’association a annulé le projet le 27 mars pour envisager son report en 2027. Le 30 mars, Laurent Fabre a lui-même écrit que cette décision allait « dans le sens d’une démarche sérieuse » et soucieuse de réunir les conditions nécessaires. Cette appréciation écrite est difficilement compatible avec le récit actuel d’une association qui refuserait par principe les contraintes de sécurité.
Isabelle et le Roi n’a jamais été formellement interdit. Il a été progressivement rendu irréalisable dans le calendrier prévu par l’empilement des exigences, le déplacement du projet et l’absence de co-construction technique et financière. C’est précisément ainsi que l’épuisement procédurier agit : aucune porte n’est officiellement fermée, mais chaque nouvelle porte ouvre sur un nouveau couloir administratif jusqu’à ce que le projet s’arrête de lui-même.
L’annonce du Passe Muraille soulève plus de questions qu’elle n’en résout
Le courrier du 12 octobre évoquait encore des « études et opérations engagées », un « futur dispositif » et des modalités qui seraient précisées ultérieurement. Le lendemain, le communiqué de l’Agglopôle affirmait déjà dans les médias que la mise en valeur du site serait confiée au Passe Muraille en avril 2027 et présentait les compétences que cette association apporterait au monument.
Cette annonce est intervenue avant toute conciliation avec nous, avant toute réunion du comité de pilotage consacrée à la transition et sans information préalable sur les critères, le calendrier ou la forme juridique de ce choix. Elle a placé l’association historique devant un successeur publiquement désigné alors que sa convention produit encore tous ses effets.
Notre démarche n’est pas dirigée contre Le Passe Muraille et nous ne mettons pas en cause ses compétences. Dans un SMS reçu le 22 octobre, cette association nous a indiqué être simplement « en lien avec l’agglomération » et n’avoir « pas engagé de discussion pour le moment tant que [notre] association est gestionnaire du site ». Ce message ne permet pas de connaître la nature ni l’avancement exact des échanges préparatoires avec l’Agglopôle. Il confirme en revanche que Le Passe Muraille ne se présente pas lui-même comme ayant déjà engagé la transition annoncée publiquement, et qu’aucun dialogue de transition n’avait été ouvert avec nous lorsque notre remplacement a été présenté comme acquis.
Nous demandons donc à l’Agglopôle de préciser l’acte sur lequel repose cette annonce, la chronologie des échanges, le périmètre exact confié au futur partenaire, les critères ayant présidé à son choix et la place envisagée — ou non — pour l’association qui porte depuis 1970 la mémoire, les archives, les connaissances et l’expérience vivante de Saint-Félix.
Ce que nous demandons maintenant
Nous avons déjà adressé à Sète agglopôle méditerranée une demande formelle de conciliation sur le fondement de l’article 10 de la convention, ainsi qu’une demande de communication des documents administratifs utiles. Plutôt que de poursuivre un débat par communiqués interposés, nous demandons des réponses précises :
- la liste datée et documentée de chaque « manquement répété » invoqué, avec la règle concernée, la demande de régularisation éventuellement adressée et les conséquences matérielles constatées ;
- l’identification de toute prescription définitive de sécurité que l’association aurait refusé d’appliquer en 2026 ;
- la distinction claire entre les interventions anciennes ayant conduit au cadre préfectoral de 2025 et l’exécution de la convention signée en avril 2026 ;
- la réunion du comité de pilotage prévu par l’article 6 et l’ouverture effective de la conciliation prévue par l’article 10 ;
- une réponse sur les manquements de l’Agglopôle à son propre engagement de relais prévu par l’article 3 et sur la contradiction créée autour de l’usage de son logo ;
- la communication des documents fondant la décision de non-renouvellement et le choix annoncé du Passe Muraille ;
- l’exécution loyale de l’ensemble de la convention jusqu’au 14 avril 2027 ;
- et, si les accusations de « manquements répétés » ou d’affranchissement des règles ne peuvent être précisément étayées, leur rectification publique avec une visibilité comparable à celle des communiqués diffusés.
Les faits ne peuvent pas être remplacés par un récit
Notre association n’est pas parfaite. Elle a parfois mal formulé sa colère. Elle a reconnu des défauts de validation et corrigé ses communications. Elle a dû apprendre, avec des moyens bénévoles, à évoluer dans un cadre administratif devenu beaucoup plus lourd. Cette honnêteté ne doit pas être retournée contre elle pour transformer des erreurs circonscrites en portrait général d’irresponsabilité.
En revanche, les faits récents sont clairs : nous avons reporté lorsque le risque l’imposait, annulé lorsque l’accès était interdit, payé les agents de sécurité demandés, adapté nos plans, retiré le logo sur instruction malgré une obligation conventionnelle contraire, sollicité les validations, demandé une procédure plus claire et organisé des événements autorisés sans soutien de communication de l’Agglopôle.
Dans le même temps, nos partenaires publics ont laissé sans réponse plusieurs demandes de relais, refusé d’examiner une procédure simplifiée, revendiqué un contrôle élargi de notre parole, lié la continuité du partenariat à notre changement de présidence, notifié le non-renouvellement, annoncé publiquement notre remplacement et répondu à notre demande de dialogue par une série d’accusations publiques non circonstanciées.
Ce n’est pas la sécurité que nous contestons. C’est son utilisation comme mot-écran pour éviter de répondre aux dates, aux documents et aux contradictions. Ce n’est pas l’avenir du site que nous refusons. C’est un avenir décidé sans dialogue avec ceux qui ont rendu ce site vivant et transmissible. Ce n’est pas une propriété morale que nous revendiquons. C’est le droit élémentaire de ne pas voir cinquante-six années d’engagement disqualifiées pour justifier une décision déjà prise.
On peut mettre fin à une convention. On ne peut pas, pour rendre cette décision plus acceptable, réécrire l’histoire, transformer l’obéissance en déviance et présenter comme un danger ceux qui ont consacré leur vie à sauver le monument.
Nous sommes prêts à examiner tous les faits, tous les documents et toutes les responsabilités. Nous demandons simplement à Sète agglopôle méditerranée d’accepter la même exigence.
Lettre ouverte de :
Guilhem Routier, président de l’Association de sauvegarde de l’Abbaye Saint-Félix de Montceau
Luc Routier, fondateur et vice-président
