Montpellier : 1 200 voix contre le racisme, la haine et les discours qui les nourrissent

Tarek Kawtari et 1 200 voix contre le racisme, la haine et les discours qui les nourrissent - Photo - JPV PLURIELLE INFO
Tarek Kawtari et 1 200 voix contre le racisme, la haine et les discours qui les nourrissent - Photo - JPV PLURIELLE INFO
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Réuni·es lundi 26 octobre à Montpellier, les manifestant·es ont rendu hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière. Au fil des prises de parole, la dénonciation de l’extrême droite s’est élargie aux responsables politiques et aux médias accusés de banaliser le racisme et l’islamophobie.

À Plan Cabanes, le ton est donné dès les premières minutes. Tarek Kawtari, l’un des organisateurs du rassemblement, lance : « Si on est un collectif, si on est ensemble, on va faire avancer vraiment les choses. Je ne dis pas qu’on va faire la révolution… » Il n’a pas le temps de terminer. Applaudissements, cris, puis une réponse fuse de la foule : « OUI ! On va faire la révolution ! » Face à la banalisation de la parole raciste cette révolution culturelle doit se faire vite, car la haine infuse dans les esprits, et la tisane Bolloré est très toxique. Manu Roque aborde la question du refus de l’instrumentalisation politique : « les femmes musulmanes ne sont pas des objets de campagne électorale. Elles ne sont pas des trophées idéologiques. »

Quelque 1 200 personnes sont présentes. Le cortège prend ensuite la direction de la place de la Comédie pour observer une minute de silence en hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière, avant de laisser place aux prises de parole.

« Après l’attentat raciste de Trappes, Montpellier refuse la banalisation de la haine », Tarek Kawtari

« Merci de me faire croire qu’il y a encore de l’espoir. Parce que ça, c’est de l’espoir. » À 22 ans, une jeune femme remercie les personnes venues se rassembler en hommage aux victimes de l’attentat raciste du 23 octobre. Elle rappelle la mort de Pengo Bossio Wangi, 26 ans, et les blessures infligées à une fillette de 12 ans. « On est là pour ça », insiste-t-elle, avant d’évoquer la peur qui gagne face à la banalisation du racisme. « Ils pensent pouvoir nous faire peur et ils pensent pouvoir nous diviser. »

Quelques mots, sans détour, qui ramènent les discours politiques à leur raison première : un jeune homme a été tué, plusieurs personnes ont été blessées et d’autres vivent désormais avec la crainte d’être les prochaines victimes.

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Une tuerie « raciste, négrophobe et islamophobe »

Lundi 26 octobre, à 18 heures, une vingtaine d’organisations avaient appelé à se retrouver pour une marche vers la place de la Comédie. Parmi les signataires figurent notamment la Ligue des droits de l’Homme, les Étudiants musulmans de France, La France insoumise, Les Écologistes, le Collectif contre l’extrême droite et plusieurs associations des quartiers populaires. Dans leur appel, les organisateurs dénoncent une tuerie « raciste, négrophobe et islamophobe ». Ils refusent d’y voir un acte isolé et mettent directement en cause les discours politiques et médiatiques qui entretiennent la stigmatisation des minorités.

« Je ne reconnais plus notre France » Coralie Mantion

Coralie Mantion  se souvient des années « Touche pas à mon pote » et de la France « black-blanc-beur ». Cette architecte de profession, militante et écologiste engagée, confie :  « je ne reconnais plus notre France ». Elle dénonce les propos racistes devenus de plus en plus décomplexés dans les médias, alors même que la loi sanctionne les discriminations et les incitations à la haine raciale. La perspective de l’élection présidentielle de 2027 traverse également son intervention. La Secrétaire des Écologistes EELV Montpellie appelle à poursuivre la mobilisation pour empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir.

La laïcité accusée de servir de prétexte à l’islamophobie

Rhany Slimane conseiller municipal de La France insoumise à Montpellier s’en prend aux responsables politiques qui participent à la stigmatisation des musulmans tout en se réclamant de la laïcité. L’extrême droite n’est pas seule visée. L’élu accuse également des responsables qui se présentent comme humanistes ou progressistes d’entretenir les préjugés contre les musulmans. Il dénonce particulièrement ceux qui refusent de reconnaître l’islamophobie, puis invoquent la fraternité républicaine après chaque attaque raciste. « Les musulmans de ce pays sont des citoyens à part entière. Nous avons fait la France au même titre que les autres », rappelle-t-il.

L’élu insoumis abandonne ensuite le registre institutionnel pour parler de sa propre vie. « Moi, le vendredi, ça pourrait être moi qui me fais tirer dessus. » Il évoque également la fillette blessée, qui aurait pu être sa nièce. Pour Rhany Slimane, la laïcité doit garantir la liberté de conscience et le respect des croyances, et non devenir un instrument de division.

EMF accuse les discours politiques d’avoir nourri le passage à l’acte

La représentante des Étudiants musulmans de France (EMF) livre l’une des interventions les plus offensives. « Il ne s’agit ni d’un drame ni d’un fait divers. C’est bel et bien un crime raciste et islamophobe. » L’association rappelle les motivations racistes attribuées au suspect, Kevin T., et refuse de dissocier son passage à l’acte du climat politique.

Éric Zemmour, Jordan Bardella et Bruno Retailleau sont nommément mis en cause pour leurs déclarations sur l’immigration et les musulmans. Elle citera Éric Zemmour, le 18 octobre sur LCI : « une horde de barbares maghrébine et africaine. » Et Bruno Retailleau, le 19 octobre : « une soi-disant convergence entre l’extrême gauche et les racailles issues de l’immigration. »

EMF dénonce également plusieurs textes législatifs, de la loi de 2004 sur les signes religieux à l’école à la loi immigration de 2024, en passant par la loi de 2021 confortant le respect des principes de la République.

Pour l’association, l’accumulation de discours et de politiques désignant les musulmans comme un problème contribue à légitimer leur stigmatisation. Sa représentante accuse ainsi le gouvernement, l’extrême droite et certains médias de porter une responsabilité politique dans le climat ayant précédé l’attentat.

Le PCF dénonce les boucs émissaires

Au nom de la fédération de l’Hérault du Parti communiste français, Clara Gimenez condamne les discours racistes qui se multiplient à l’extrême droite et dans une partie de la droite. Elle dénonce la désignation répétée des immigrés comme responsables des violences et des difficultés sociales. « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit qui détruit des vies, fracture notre peuple et peut conduire au pire », déclare-t-elle.

Pour le PCF, les principes républicains d’égalité et de fraternité doivent se traduire par des mesures concrètes contre les discriminations et les violences racistes.

De Trappes à Montpellier, l’extrême droite locale mise en cause

Le Collectif contre l’extrême droite établit un parallèle entre l’attentat de Trappes et les violences survenues lors des manifestations du 24 octobre à Montpellier. Son représentant dénonce la progression des discours identitaires et la banalisation du concept de « remigration », défendu par plusieurs mouvements d’extrême droite. Et il évoque notamment les activités de la Ligue du Midi dans l’Hérault.

Mais surtout il accuse également des militants d’extrême droite d’avoir utilisé la défense des commerçants et la dénonciation des dégradations pour justifier des agressions contre des manifestant·es. Ces accusations interviennent deux jours après les affrontements du 24 octobre à Montpellier, à la suite desquels la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, a annoncé avoir saisi le procureur de la République.

Une accusation qui dépasse l’extrême droite

Les différentes interventions portent un même constat : elles refusent de considérer l’attentat de Trappes comme une violence sans contexte politique. Les accusations formulées à Montpellier dépassent les seuls mouvements d’extrême droite. Elles concernent également les responsables gouvernementaux, les élu·es et les médias auxquels les intervenant·es reprochent de contribuer à la banalisation des préjugés racistes.

Les organisations présentes réclament davantage que des condamnations officielles. Elles demandent que les discours et les pratiques discriminatoires soient combattus avant qu’une nouvelle violence ne survienne, avec l’espoir de ne pas laisser la peur décider de leur avenir.

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