Abbaye Saint-Félix-de-Montceau : pourquoi Sète agglopôle écarte-t-elle une association après 56 ans d’engagement ?

Abbaye Saint-Félix-de-Montceau - Photo - JPV PLURIELLE INFO
Abbaye Saint-Félix-de-Montceau - Photo - JPV PLURIELLE INFO

Après 56 ans de sauvegarde de l’abbaye Saint-Félix-de-Montceau, l’association fondée par Luc Routier perdra son partenariat avec Sète agglopôle Méditerranée en avril 2027. Son nouveau président, Guilhem Routier, dénonce une mise à l’écart. L’entretien qu’il nous a accordé et les éléments concernant la collectivité révèlent plusieurs contradictions.

« Je suis passé président depuis à peu près trois semaines. Donc c’est très court. On voit au niveau de la chronologie aussi la vitesse avec laquelle l’agglo a pris sa disposition une fois que je suis passé président », confie Guilhem Routier à Plurielle. Le 12 octobre, Loïc Linares, président de Sète agglopôle, notifie le non-renouvellement de la convention au 14 avril 2027. Parmi les motifs : des difficultés de communication, des désaccords sur la sécurité et, explicitement, la nouvelle présidence.

« La transmission récente de la présidence à Monsieur Guilhem ROUTIER marque néanmoins une nouvelle étape », écrit Loïc Linares.

Le président de l’association ne plaît pas ?

Lors du comité de pilotage du 31 août, le maire de Gigean, Marcel Stoecklin, aurait, selon Guilhem Routier, manifesté son opposition à sa succession. « Il a fait comprendre qu’il ne voulait pas de moi comme nouveau président de l’association », rapporte-t-il. Le conseil juridique de l’association, présent à la réunion, aurait alors rappelé au maire qu’il n’avait pas à s’immiscer dans les affaires internes de l’association.

Guilhem Routier affirme également que le maire souhaitait retirer les clés aux bénévoles. Problème : l’article 9 de la convention prévoit expressément leur remise au président de l’association. Le conflit précède toutefois cette succession. Dès le 28 juillet, Fabrice Manuel, directeur général délégué culture, sport, événements et festivités de l’agglomération, reproche à l’association ses critiques publiques sur la clôture du monument et la suppression d’un arbre. Il estime que sa communication présente régulièrement les interventions de la collectivité « sous un angle critique ou comme insuffisantes ». Il invoque les principes de « coopération, de confiance réciproque et de loyauté ».

L’association avait reconnu certains propos de Luc Routier et des manifestations organisées sans validation complémentaire. Elle avait présenté ses excuses et annoncé des corrections. Depuis quand une convention de partenariat impose-t-elle à une association de renoncer à critiquer les choix d’une collectivité ?

Thomas Brail : le logo interdit

Le 12 septembre, l’association invite Thomas Brail, Fondateur du Groupe National de Surveillance des Arbres (GNSA), militant écologiste connu pour son combat contre l’A69. Ses engagements contre les grands projets d’aménagement donnent à cette conférence une dimension politique, dans un territoire également concerné par la gravité du passage de la LGV sur le champ captant de la source d’Issanka. « On avait invité évidemment les membres de l’agglo, le président, etc. […] Personne n’est venu, personne ne s’est excusé », raconte Guilhem Routier.

Mais c’est surtout l’affiche de cet événement qui provoque une très révélatrice séquence administrative. L’article 5 de la convention impose à l’association d’apposer le logo de l’agglomération sur ses supports de communication. Le 8 septembre, Laurent Fabre, représentant de Sète agglopôle, écrit pourtant : « nous vous remercions en conséquence de retirer le logo de Sète agglopôle méditerranée des supports actuellement diffusés. »

« J’ai demandé des explications, ils en ont pas donné », explique Guilhem Routier. Un mois plus tard, Loïc Linares reproche à l’association une « utilisation du logo de l’Agglomération sans accord préalable ». L’obligation contractuelle devient ainsi un grief.

Fabrice Manuel, directeur ou censeur ?

Le courrier du 28 juillet révèle une autre dimension du conflit. Fabrice Manuel reproche aux bénévoles de ne pas suffisamment valoriser les interventions de la collectivité, notamment ses travaux de débroussaillement. Il rappelle que l’association n’est ni gestionnaire ni maître d’ouvrage. Ce qui est exact. Mais cette répartition des compétences lui donne-t-elle autorité sur l’expression publique des bénévoles ?

Autre contradiction : l’article 3 engage l’agglomération à relayer les animations de l’association. Pourtant, le cabinet de Loïc Linares refuse de promouvoir les rencontres Mots & Merveilles, pourtant autorisées, en invoquant notamment un lien avec l’activité professionnelle de Guilhem Routier. L’association conteste tout avantage personnel abusif et rappelle le caractère bénévole de l’organisation.

L’association a demandé une conciliation. Elle affirme avoir appris par la presse les projets de remplacement de son partenariat. La convention avec l’agglo reste applicable jusqu’au 14 avril 2027.

Après 56 ans d’engagement, Sète agglopôle devra expliquer plus précisément et publiquement pourquoi ces désaccords justifient de tourner la page d’un partenariat historique. Elle devra également justifier son choix, désormais officiel, de confier l’abbaye à l’association Le Passe Muraille dès avril 2027. Selon quels critères cette association a-t-elle été retenue ? D’autres structures ont-elles été consultées ? Un appel à projets ou un appel d’offres a-t-il été organisé ?

Compte à rebours Présidentielle 2027 · 1er tour
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