Dans son « moment politique » du 20 octobre, Jean-Luc Mélenchon a livré une analyse offensive de la mobilisation sociale et des violences du 17 octobre. Il accuse le gouvernement d’organiser le pourrissement du conflit, défend la non-violence et trace une perspective qui est de transformer la révolte en majorité politique.
« Nous sommes un mouvement révolutionnaire, démocratique, institutionnel. On vote. Nous croyons à la stratégie électorale. » En quelques mots, Jean-Luc Mélenchon fixe sa ligne. Soutenir la révolte, oui. Encourager le chaos, NON. Et surtout, ne pas perdre de vue la conquête du pouvoir d’état pour le transformer radicalement.
Pendant plus d’une heure quarante, le dirigeant insoumis reconstitue la montée du mouvement lycéen. De Mayotte à Créteil, la jeunesse dépasse les frontières sociales. Cette révolte déborde les établissements les plus défavorisés. Même des élèves relativement épargnés par les difficultés de l’école publique se mobilisent aux côtés de celles et ceux qui subissent les classes surchargées, le manque de moyens et les inégalités scolaires. Pour Jean-Luc Mélenchon, cette solidarité entre jeunes de milieux sociaux différents donne au mouvement une nouvelle dimension politique. Il parle d’« osmose » entre les manifestants et les insoumis : « on a les mêmes mots d’ordre, la même analyse, les mêmes slogans et la même démarche et on a un outil politique qui s’appelle le mouvement insoumis. Mais c’est l’outil politique, c’est pas la direction du mouvement. »
La non-violence, une arme politique
Sur les affrontements du 17 octobre, Mélenchon refuse toute ambiguïté : « nous pensons que les stratégies de non-violence sont plus efficaces. » Non par renoncement au rapport de force, mais pour élargir la mobilisation. « Si on n’applique pas des méthodes de cette nature, on ne rassemble pas, on fait peur. »
Il met en garde ceux qui recherchent l’affrontement avec la police : « vous allez vous faire amocher pour rien. » Et refuse de devoir en assumer les conséquences politiques.
Le gouvernement au banc des accusés
Jean-Luc Mélenchon décrit une stratégie gouvernementale manipulatrice en trois actes : « Pourrissement, répression et LFI coupable. » Il accuse les autorités d’avoir contribué au désordre par une gestion défaillante des parcours et des interventions policières disproportionnées. Mais l’insoumis refuse le piège politique du choix entre policiers et casseurs : « on ne veut pas de la violence policière et on ne veut pas non plus des pillages. Nous, notre sujet, c’est les revendications et le gouvernement. »
La dissolution de LFI ? Mélenchon renvoie ses accusateurs à leurs propres outrances. Gérard Larcher, président du Sénat, devient le « petit télégraphiste et perroquet » de Bruno Retailleau. Sébastien Lecornu est renvoyé à ses accusations d’insurrection : « est-ce qu’il croit réellement qu’en attaquant des boutiques, nous pensons prendre le pouvoir ? » Le dirigeant insoumis dénonce des « apprentis dictateurs » et exige des preuves à ces accusations : « dites des noms, dites des paroles, dites des phrases, montrez-nous. » Quant à David Lisnard, qui prétend connaître des camps d’entraînement terroristes sur le plateau de Millevaches, le candidat LFI lâche : « qu’est-ce que vous avez bu avant de venir ? ». Derrière les sarcasmes qui lui permettent de préciser son engagement anti-guerre, il y a une accusation politique et des responsables institutionnels qui brandissent l’interdiction d’un adversaire électoral. C’est dire toute leur peur du mois d’avril prochain qui leur fait déjà perdre les pédales.
De la crise sociale à la crise de régime
Son avertissement est autrement plus politique : « la crise sociale est devenue une crise politique d’un pouvoir qui ne sait plus quoi faire. » Mais Jean-Luc Mélenchon redoute maintenant une « crise de régime », un moment « que plus personne ne contrôle ». Et, il évoque même l’hypothèse d’un départ anticipé d’Emmanuel Macron.
Derrière la dénonciation d’une répression qui ne ferait qu’aggraver les problèmes, une stratégie LFI se dessine : organiser la mobilisation, préserver son caractère populaire et lui donner un débouché électoral.
