Le choix du privé dans la gestion des biens publics ne doit pas être considéré comme intouchable

Collecte des déchets nettoyage illustration - Photo - Groupe Nicollin
Collecte des déchets nettoyage illustration - Photo - Groupe Nicollin

Le renouvellement des marchés ou délégations de services publics par les collectivités territoriales est toujours l’occasion de réinterroger les choix de gestion effectués les années passées et d’en faire le bilan. Or de bilan, il n’y en a jamais.

Un grand nombre de ressources et de services relevaient après la Seconde Guerre mondiale, avec les impératifs de reconstruction cohérente du pays, de l’intérêt général. Dans l’esprit du programme du Conseil National de la Résistance, ressources et services  étaient gérés par des établissements et services publics qu’ils soient nationaux ou locaux. Or ces dernières décennies, des secteurs gigantesques de cette économie ont été livrés à l’appétit des multinationales comme la gestion de l’eau, des télécommunications, de l’énergie, d’une partie des transports collectifs, et de plus en plus, de la gestion des déchets, des routes et des stationnements, de la restauration collective, de la santé et même des EHPAD et des crèches.

A chaque secteur, le constat d’une baisse de qualité et d’efficacité, l’aggravation des conditions de travail pour les salarié·es et la hausse des tarifs pour les usagers. Car, la libre concurrence n’a jamais été bénéfique pour personne. Beaucoup de pays comme l’Angleterre ou l’Allemagne qui avaient fait le choix de privatisations brutales et d’ampleur constatent de désastre.

La question se pose avec acuité en cette rentrée à Sète où se négocie dans l’ombre le renouvellement du contrat de plusieurs millions d’euros avec Sodexo pour la restauration collective et qu’au niveau de l’agglomération, le renouvellement du marché de la  collecte des déchets se traduit par un changement de prestataire. L’agglo lâche l’opérateur historique Nicollin pour l’entreprise URBASER en passe de reprendre la main notamment via ses alléchantes propositions de CSR.

Pour les élu·es de gauche de Nouvelles Pages pour Sète, « ce choix est une occasion manquée : celle d’engager enfin une réflexion sur la reprise en gestion directe de ce service public essentiel ».

Dans l’ordre de leurs préoccupations, d’abord le sort des agents dont les inquiétudes portent sur le maintien des emplois, des rémunérations et l’amélioration des conditions de travail. Les élu·es constatent ensuite que l’ancien comme le nouveau prestataire sont aujourd’hui « liés à de grands investisseurs financiers internationaux : Nicollin Environnement est aujourd’hui en passe de passer majoritairement sous le contrôle de Morgan Stanley Infrastructure Partners, un fonds d’investissement américain. Urbaser est en cours de rachat par Blackstone Infrastructure et EQT, après avoir été détenu par le fonds américain Platinum Equity. Ces investisseurs ont, par nature, un objectif de rentabilité. Or la collecte des déchets, comme l’eau, l’assainissement ou la restauration collective, doit d’abord répondre à l’intérêt général« .

Le groupe Nouvelles Pages pour Sète rappelle qu’il défendait dans son programme le retour à la gestion publique des services essentiels. Ielles sont convaincues qu’une gestion en régie « permettrait à Sète Agglopôle de reprendre la maîtrise de l’organisation du service et des investissements, de garantir une plus grande transparence sur l’utilisation de l’argent public et de réorienter les éventuels gains d’efficacité vers l’amélioration du service plutôt que vers la rémunération d’actionnaires. C’est aussi un moyen de construire une véritable politique publique des déchets : réduction à la source, prévention, réemploi, amélioration du tri, valorisation des déchets, adaptation des tournées« .

C’est cette ligne qu’ielles s’engagent à défendre. Pour cela, les deux élues communautaires de NPPS demanderont au Président de Sète Agglopôle « d’ouvrir un véritable travail sur un scénario crédible de reprise en gestion directe dans les prochaines années« , un travail sérieux d’étude et de concertation à conduire selon elles en relation permanente avec les agents et les usagers. « Le choix du privé ne doit pas être considéré comme une fatalité« , conclut leur communiqué qui renvoie à la question posée nationalement : imposer toujours plus la loi du marché ou reprendre la main sur les biens communs ?

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