Mélenchon parano ? Encore faudrait-il que ses ennemis soient imaginaires

Le psychanalyste et sexologue niçois GianPaolo Furgiuele sur le divan - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Le psychanalyste et sexologue niçois GianPaolo Furgiuele sur le divan - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Étonnant article que celui du psychanalyste et sexologue GianPaolo Furgiuele, publié dans Libération le 28 août 2026. Ce ne sont pas tant ses conclusions qui interrogent que son point de départ. Car ce qui ressemble furieusement à un harcèlement politico-médiatique devient sous sa plume de « simples critiques » que Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise transformeraient, avec un certain talent, en stratégie de l’assiègement et de la victimisation.

GianPaolo Furgiuele va jusqu’à inviter Donald Trump : « on voit cela en politique depuis longtemps. Donald Trump utilise ce moteur pour sa puissance. Dire que les médias sont contre nous ou que le système est contre nous ne sont pas des arguments mais des outils pour souder un groupe. On se rassemble plus vite autour d’une menace qu’autour d’un espoir. C’est là que le discours de Jean-Luc Mélenchon devient collectif… »

Admettons l’hypothèse. Mais avant de psychanalyser les assiégés, peut-être faudrait-il vérifier s’il existe un siège.

Délire de persécution ou réalité ?

La question est finalement très simple : la diabolisation de Jean-Luc Mélenchon et de LFI existe-t-elle, oui ou non ? Si elle n’existe pas, alors GianPaolo Furgiuele tient quelque chose : Mélenchon construirait artificiellement une menace pour souder son camp.

Mais si elle existe, l’analyse change singulièrement de nature. Car dénoncer une attaque réelle n’est pas l’inventer. Et utiliser politiquement une offensive dont on est la cible ne transforme pas davantage cette offensive en fantasme. C’est précisément ici que le raisonnement proposé dans Libération mérite d’être retourné.

Oui, Jean-Luc Mélenchon et les élus insoumis répondent aux attaques. Oui, ils les mettent en scène politiquement. Oui, ils montrent volontiers leurs contradictions. Mais leur stratégie consiste surtout à opposer des arguments et des faits à ce qui leur est reproché.

Et parfois, plus simplement encore, à démontrer que les faits supposés à l’origine de l’accusation n’existent pas. On peut juger cette défense brillante, agaçante, excessive ou parfaitement calculée. Mais avant de la qualifier de « victimisation », encore faut-il examiner ce qui provoque la réaction.

Sans cela, le raisonnement devient assez commode : attaquez quelqu’un, puis expliquez que sa dénonciation de l’attaque constitue la preuve de son sentiment de persécution. Bingo ! Pile, vous gagnez. Face, il est paranoïaque.

Et si les attaques finissaient par produire l’effet inverse ?

Il reste surtout une réalité politique qui mérite davantage d’attention que les diagnostics à distance : la France insoumise attire de nouveaux militants. Le mouvement avait déjà constaté un afflux d’adhésions au moment des violentes polémiques qui ont suivi la mort de Quentin Deranque, le 14 février 2026 (jeune militant néofasciste nazi pour lequel l’Assemblée Nationale avait fait une minute de silence avant de la déplorer une fois publiées les révélations de Médiapart le 13 Mars 2026). La dynamique s’est poursuivie avec la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon, le succès du meeting de Saint-Denis puis l’affluence aux Amfis d’été.

Cela ne permet évidemment pas d’affirmer que chaque nouvel arrivant rejoint LFI à cause des attaques. Mais cela permet au moins de poser une question embarrassante : si la répétition de ces attaques devait marginaliser Mélenchon et LFI, pourquoi ne produit-elle manifestement pas l’effet attendu ?

Peut-être parce qu’à force de répétition, une mécanique devient visible. Et peut-être aussi parce qu’une partie des citoyens auxquels ces discours sont destinés finit par vouloir vérifier elle-même ce qu’on lui raconte.

Et l’espoir dans tout ça ?

GianPaolo Furgiuele affirme qu’« on se rassemble plus vite autour d’une menace qu’autour d’un espoir ».

C’est probablement le point qui mérite le plus d’être discuté. Car s’il est possible qu’une menace extérieure resserre un groupe déjà constitué, cela n’explique pas pourquoi de nouvelles personnes décident de le rejoindre. Pour cela, il faut autre chose. Il faut précisément un espoir.

Oui ! Cela existe, des gens qui se battent pour leurs convictions.

Oui ! Cela existe, des gens qui pensent encore qu’un autre monde est possible.

Oui ! Cela existe, des citoyens qui refusent que « Liberté, Égalité, Fraternité » ne soit plus qu’une devise gravée au fronton de nos mairies.

Oui ! Cela existe aussi, des femmes et des hommes qui refusent de baisser la tête lorsque leurs convictions leur valent insultes, sarcasmes, accusations ou poursuites.

C’est notamment ce qui se joue autour de Gaza. Les élus et militants insoumis ont fait de la défense du peuple palestinien et de la dénonciation de la politique menée par le gouvernement de Benyamin Netanyahou un combat central, au prix d’attaques politiques considérables. On peut contester leurs mots, leurs méthodes, leurs analyses. C’est même le principe du débat démocratique. Mais encore faut-il les contester sur ce qu’ils disent réellement.

Psychanalyser, pourquoi pas. Vérifier d’abord

Il ne s’agit donc pas de récuser les compétences professionnelles de GianPaolo Furgiuele, encore moins de lui expliquer de quoi il aurait ou non le droit de parler. Il s’agit simplement de rappeler qu’une grille psychologique, aussi séduisante soit-elle, ne dispense jamais de regarder les faits.

Que Jean-Luc Mélenchon transforme les attaques dont il fait l’objet en ressort politique ? Sans doute. Quel responsable politique ne le ferait pas ? Mais cela ne permet pas de conclure que ces attaques sont imaginaires.

Et c’est peut-être là que l’analyse publiée par Libération se retourne contre elle-même : à vouloir expliquer pourquoi les insoumis se sentent assiégés, elle oublie de se demander sérieusement pourquoi ils pourraient avoir quelques raisons de le penser.

Quant à cette « élite » politico-médiatique qui semble avoir fait du dénigrement de Mélenchon et de LFI une méthode politique, elle devrait peut-être commencer à examiner ses résultats. Car si l’objectif était d’isoler LFI, de décourager ses militants et de rendre Mélenchon définitivement infréquentable, quelque chose ne fonctionne manifestement pas comme prévu. Les attaques continuent. Les militants aussi. Et d’autres arrivent.

Alors, si vraiment personne ne souhaite s’interroger sur l’efficacité de la méthode, il ne reste qu’un conseil à donner : Qu’ils continuent !

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