Fête de l’Ascension : La laïcité à rude épreuve

La feria 2026 de Bézier placée sous les auspices de la vierge Marie et ceux du maire et de la préfète - Photo - FB Ville de Béziers
La feria 2026 de Bézier placée sous les auspices de la vierge Marie et ceux du maire et de la préfète - Photo - FB Ville de Béziers

Mercredi 12 août, la fédération de la Libre Pensée de l’Hérault interpellait Madame Chantal Mauchet, préfète du département, par une lettre ouverte pour lui signaler plusieurs manquements à la loi de 1905 pour le week-end du 15 août. Elle lui demande en substance de mieux la faire respecter que ne l’avaient fait ses prédécesseurs. Peine perdue !

Rappelant qu’une république laïque se devait de veiller à ce que les institutions n’interviennent pas dans le domaine des croyances religieuses, 
la Libre Pensée constatait à l’approche du 15 août que plusieurs mairies semblaient s’impliquer dans les fêtes dites de l’Assomption de la « Vierge Marie » pour les catholiques.

D’abord la mairie de Béziers qui a ouvert les colonnes de son journal municipal pour intégrer à la féria de Béziers une messe et une procession. Cela aurait déjà été le cas les années précédentes. Et l’an dernier, la mairie avait même utilisé des fonds publics pour financer deux chars à l’effigie de ladite vierge et de St Aphrodise (pour un montant de 98 000 euros hors taxe). En plus, « les élus de la république participent à l’office, avec leurs écharpes tricolores. Les préfets Moutouh et Lauch étaient même présents : nous n’avons toujours pas eu d’explication à cette présence malgré notre demande » déclare la Libre Pensée dans son courrier.

Des communes participent financièrement et physiquement aux commémorations de saints

La Libre Pensée relève également que la mairie de Montpellier soutient en pratique des fêtes catholiques appelées « Saint Roch ». Non seulement elle subventionne une association organisant ce culte, pour un « saint » qui n’est reconnu comme tel que par l’Église catholique (et qui historiquement fait l’objet de débat quant à sa réalité historique) pour un montant de 15 000 euros ; mais au-delà de ce détournement de fonds publics, la mairie met également à disposition un équipement municipal, la Maison des Relations Internationales (MRI). Les équipements municipaux ne sont pas destinés à l’organisation d’un évènement en rapport avec un culte, pointe la LP. « Qu’il puisse être prêté une salle pour un culte, ceci est autorisé par l’article L2144-3 du CGCT, mais en aucun cas cela ne peut être fait à titre gratuit ou pour aider un culte. Par ailleurs, cette règle prévoit le principe d’égalité. Or, la MRI n’accueille aucun autre évènement de ce genre. La MRI, dans sa présentation, indique elle-même accueillir « également de nombreuses manifestations culturelles : expositions, conférences, lectures, animations culturelles… ». En attribuant la MRI à un culte catholique, la mairie contredit elle-même les critères d’attribution de ses propres équipements.

La Libre Pensée relève également que d’autres communes, plus petites, « ont emboîté le pas ces dernières années ». C’est le cas de Sérignan, dont la Ville organise directement les fêtes de « saint Roch » avec messes et processions. Remarquons d’ailleurs que le Diocèse de Montpellier, pour son agenda, renvoie directement au site de la Mairie pour l’organisation de ladite fête religieuse.

La lettre ouverte à la Préfète ne la cite pas, mais la ville de Sète n’est pas la dernière à être dans le même cas de figure avec les fêtes de la Saint-Pierre et dans une semaine celle de la Saint Louis : le bleu-blanc-rouge de la république processionne et s’agenouille devant des symboles religieux. Libre à chacun·e de le faire à titre personnel, mais certainement pas au nom de sa fonction dans les institutions républicaines.

Réponse en actes et délire messianique de Robert Ménard

Côté préfectoral, on fait la sourde oreille. Non seulement madame la préfète n’a pas répondu à la lettre, mais elle a accompagné le même jour, comme le faisaient ses prédécesseurs, le maire de Béziers lors de l’ouverture de la Féria 2026.

Dès son discours d’ouverture, Robert Ménard s’est fait un malin plaisir de montrer à quel point il méprisait la loi de 1905 en multipliant les provocations dans son discours. « Ce soir, nous avons tout ! Une messe dans les arènes, un défilé de chars avec la Vierge Marie, notre saint patron, saint Aphrodise, et le comte de Trencavel qui nous a défendu jadis face au roi et au Pape. Nous avons même eu une éclipse solaire ! Un signe du Ciel. Et de quoi donner le tournis aux jobards de la laïcité. Nous prierons pour eux… ». Donc, l’élu garant de la laïcité annonce en quelque sorte qu’il va prier pour les athées, ces mécréants, attachés aux lois de la république. Puis encore : « Oui, ici, dans nos rues, Marie, la Vierge, la Sainte Vierge continuera d’être portée en procession. Ici, la corrida vivra dans les arènes, quoiqu’en pensent les sinistres animalistes. Ici, on continuera à faire la fête, et tant pis pour ceux qui veulent une vie grisâtre et réglementée. Ici, on marie les gens qui sont en situation régulière et les OQTF, on les renvoie chez eux ». Cerise sur le gâteau des clichés réactionnaires : « Oui, ici, nous continuerons à aimer les femmes, le corps et le regard des femmes, à notre façon, et tant pis aussi pour les féministes à deux balles. »… « À notre façon » ? précise-t-il.  On imagine que les 86 auteurs de féminicides depuis le début de l’année aimaient tant leur femme et leur corps qu’ils avaient sur elles le droit ultime de leur ôter la vie.

La Libre Pensée n’a pas manqué de réagir à ces propos en se moquant du maire dont les divagations messianiques sont mises sur le compte de la canicule : « On apprend donc en quelques minutes que la mécanique du système planète/satellite n’est pas comprise par Ménard, qui voit dans les éclipses des « signes du ciel », que le combat pour les droits des femmes et leur émancipation sociale se résume à savoir quel regard les hommes peuvent ou doivent porter sur elles (quelle hauteur de vue !), et que la loi, ça peut s’ignorer quand cela ne nous arrange pas, « parce qu’on est chez nous » ». La Libre Pensée met en garde « ceux qui pensent qu’une hirondelle ou une élection fait le printemps, même républicain : des élus locaux qui se sont sentis pousser des ailes et ont cru être habités par des visions venues de l’au-delà, il y en a eu, et tout le monde a oublié leurs noms (qui se rappelle le nom du maire d’Agde qui parlait avec les défunts par l’intermédiaire d’une médium ?) »

Séparatisme religieux et mépris de la loi de 1905

De son côté, Wissal El Jarrari , co-cheffe de file de la liste LFI aux élections municipales, a dénoncé sur les réseaux, le « séparatisme religieux » qui règne à Béziers : « Le maire de Béziers et la préfète de l’Hérault piétinent la loi de 1905. Ils n’ont rien à faire à une messe en tenue officielle. La loi de 1905 garantissant la stricte séparation des religions et de l’État doit être respectée à la lettre. Le maire n’a pas à organiser de cérémonie religieuse, il n’a pas à y assister en écharpe, le Préfet n’a rien à y faire. Ménard instrumentalise la laïcité à longueur d’année pour servir ses délires islamophobes, stigmatiser les musulmans et espère monter les gens les uns contre les autres. Ce nostalgique des croisades perd son temps : il n’embarquera jamais les croyants des différents cultes qui vivent ensemble et n’ont rien à voir avec ses délires racistes. La séparation des religions et de l’État doit être respectée : l’État ne reconnaît ni ne promeut aucune religion, il l’a fait en revanche en accompagnant le maire de Béziers. »

Toutes les caricatures véhiculées par Robert Ménard et bien d’autres maires selon lesquelles les traditions festives seraient indissociables de la religion catholique et que, sans ces références, il n’y aurait plus de fête possible est une contrevérité. La question qui est posée est très simple : c’est celle de la posture des représentants de la République dans leur organisation et leur déroulement. La loi, plusieurs fois révisée, existe pour en définir les règles.

Il suffit de revenir à la seule définition littérale : « La laïcité est un principe républicain qui garantit la liberté de conscience, l’égalité de tous les citoyens devant la loi sans distinction de religion et la neutralité de l’État à l’égard des cultes« . Adopter des lois contre le séparatisme religieux d’un côté tout en valorisant l’une des religions, c’est clairement affirmer que la République serait catholique et jouer d’une forme de communautarisme, en contradiction même avec le principe de laïcité dont les mêmes se prévalent quand il s’agit de verbaliser un bout de tissu…

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