Robert Ménard : hommages sans frontière pour un maire sans limite

Robert Ménard - Photo - LAB_ia PLURIELLE INFO
Robert Ménard - Photo - LAB_ia PLURIELLE INFO

Robert Ménard aime à se mettre en scène et à multiplier les provocations pour s’attirer les honneurs de la presse. En transformant dans la ville natale de Jean Moulin, la « Journée nationale de la Résistance » en hommage à des résistances les plus diverses, le maire de Béziers veut montrer qu’il n’a ni œillère ni frontière, sauf bien sûr pour celleux de ses administré·es qui n’ont pas la chance d’avoir leurs papiers en règle. C’est plutôt Papon que Jean Moulin qui règne à la mairie.

Sur les réseaux sociaux, des habitant•es s’émeuvent de ce qu’ils considèrent comme un détournement de symboles. Car depuis 2013, le 27 mai est consacré « Journée nationale de la Résistance » au titre de la loi n° 2013-642 du 19 juillet 2013, jour anniversaire de la création du Conseil national de la Résistance en 1943 sous les auspices de Jean Moulin représentant le Général de Gaulle. Dans le cadre de cette journée anniversaire, les établissements d’enseignement du second degré sont invités par exemple à organiser des actions éducatives visant à assurer la transmission des valeurs de la Résistance et de celles portées par le programme du Conseil national de la Résistance.

Or à Béziers, depuis le 27 octobre 2022, Robert Ménard a fait voter par le Conseil Municipal une « Allée de l’Ukraine libre » sur laquelle, à cette même date du 27 mai, il inaugure des bustes et des stèles de résistants à divers régimes autoritaires de la planète, amenuisant du même coup l’hommage spécifique rendu non seulement à celles et ceux qui ont libéré la France et vaincu l’armée nazie, mais qui ont aussi élaboré un programme qui constitue encore aujourd’hui les fondements de notre modèle social, le fameux système de protection sociale que la droite et son extrême s’attachent à mettre en pièce réforme après réforme.

Donner à cette journée une dimension internationale permet d’enterrer cette dimension et d’élargir le champ des diversions… Rien de mieux pour se gonfler l’ego que d’inaugurer des bustes ou des stèles de célébrités, en rêvant à l’édification de sa propre représentation. Georges Frêche doit se retourner dans sa tombe de jalousie, lui qui en avait  érigé une dizaine, et en avait même imaginé une à l’effigie de Staline, avant que ses proches ne l’en dissuadent !

Cette année, c’est un chanteur et poète chilien, Victor Jara, assassiné par la junte du général Pinochet en 1973, que le maire de toutes les droites a choisi d’honorer, histoire de montrer qu’il n’est pas sectaire ou pour s’approprier un peu de la gloire de tous les martyrs de la terre.

Les communistes de Béziers se sont offusqués de cette manipulation : « Pour ne pas laisser une nouvelle fois Robert Ménard réécrire l’histoire à sa manière », ils annoncent organiser, quelques heures après la cérémonie officielle de la ville prévue à 8h30, leur propre hommage le mercredi 27 mai 2026 à 12h30 devant la statue de Victor Jara, place du 14 juillet à Béziers. Dans un communiqué, ils font un rappel historique : « Victor Jara était plus qu’un chanteur, il était aussi Directeur de théâtre, mais il était avant tout un militant du Parti Communiste Chilien et une des voix de la révolution qui ont amené Salvador Allende au pouvoir au Chili. […] Chantre de la révolution communiste, d’origine paysanne, Victor Jara chantait le peuple et les opprimés, le partage des terres, critiquait le conformisme bourgeois, dénonçait la répression militaire, condamnait la guerre du Vietnam et toutes les guerres provoquées par l’impérialisme états-unien en Amérique du Sud et en Amérique Centrale ». Ils rappellent au passage que  » après le coup d’État du Général Pinochet, bien aidé par la CIA sous les ordres de Nixon et Kissinger, Victor Jara fut arrêté et emprisonné dans le stade de Santiago, […] torturé et exécuté et ses mains brisées », des mots qui rappellent ce que l’extrême droite est capable de faire quand elle accède au pouvoir.

Alors pourquoi ce choix pour le moins surprenant du maire de Béziers ? Outre le désir de se singulariser et de brouiller les pistes historiques, il est probable que le collaborationniste et fervent exécutant des idées d’extrême droite tente de camoufler cette parenté ou de s’en absoudre… Non sans avoir au passage offert une image caricaturale et un brin inquiétante du chanteur, poète pacifiste à qui l’on doit un impressionnant répertoire parmi lequel ce refrain toujours actuel et universel : « El derecho de vivir en paz ». Le droit de vivre en paix

 

Victor Jara réel VS Victor Jara ménardisé - Illustration - DR
Victor Jara réel VS Victor Jara ménardisé – Illustration – DR

El derecho de vivir en paz – Victor Jara

 

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