« Putain, mais quelle connasse ! » : une interpellation qui questionne sur les pratiques de la police municipale de Castelnau-le-Lez

Interpellation par la police municipale de Castelnau-le-Lez - Photo - Screen video FB
Interpellation par la police municipale de Castelnau-le-Lez - Photo - Screen video FB

Une vidéo ne raconte jamais toute une histoire. Mais lorsqu’elle montre une personne ventre contre le sol, menottée les mains dans le dos avec des voyageurs protestants, et un policier insultant celle qu’il interpelle, elle oblige à rappeler que la confiance dans la police ne repose pas seulement sur le respect du droit ; elle dépend aussi de la manière dont l’autorité est exercée.

Depuis plusieurs jours, une vidéo filmée le 21 juillet dans un tramway de la ligne 2 de Montpellier embrase les réseaux sociaux. On y voit une jeune femme plaquée au sol, menottée puis extraite de la rame par deux policiers municipaux de Castelnau-le-Lez. Au cours de l’intervention, l’un d’eux s’emporte : « Vous me mordez ! (…) Putain, mais quelle connasse ! » À elle seule, cette phrase résume le malaise suscité par cette intervention. Car au-delà de la légalité ou pas des gestes employés, c’est la manière d’exercer l’autorité qui pose un vrai problème.

Selon les éléments connus, relatés par France3 Occitanie, l’affaire débute sur le quai de Notre-Dame-de-Sablassou. Les policiers approchent une femme dont le visage serait complètement dissimulé pour lui signifier qu’il est interdit de cacher son visage sur la place publique. Assise à proximité, une jeune femme visible sur la vidéo intervient verbalement en sa faveur : « Vous n’avez vraiment que ça à foutre ! Il y a des violeurs dehors et vous n’avez que ça à faire ? » Les agents estiment ses propos constitutifs d’un tapage injurieux et lui demandent de justifier de son identité dans le cadre d’un relevé d’identité. Elle refuse et s’oppose à leur demande de descendre du tramway.

Clé de bras et recours à la force

Sur les images, la jeune femme répète : « Laissez-moi tranquille », « Je n’ai rien fait ». Une autre passagère confirme,  » elle n’a pas été injurieuse ». L’agent lui rétorque : « Madame c’est bon, je n’ai pas besoin de votre intervention. » Lorsque les policiers tentent de la sortir de son siège, elle s’y agripperait. Dès lors, les agents semblent considérer cette attitude comme une résistance active justifiant le recours à la force. L’un d’eux exécute une clé de bras pour plaquer la passagère sur la banquette, avant de la mettre au sol pour lui passer une première menotte, puis il crie se sentant observé et filmé : « vous me mordez bordel de merde » comme pour justifier de la brutalité de son action déjà largement engagée. Cette morsure n’apparaît pas clairement sur la vidéo, un certificat médical attesterait de cette blessure rapporte aussi France3 Occitanie.

Cette version ne met pourtant pas fin au débat. Le tapage injurieux est une contravention passible d’une amende maximale de 450 euros. Comment une telle infraction conduit-elle à une mise au sol, un menottage et une scène filmée par des voyageurs choqués ? Le recours à la force était-il strictement nécessaire et proportionné ? L’article 803 du Code de procédure pénale n’autorise le port des menottes que lorsque la personne est considérée comme dangereuse ou susceptible de prendre la fuite. Ce qui expliquerait sur le coup la réplique feinte ou réelle:  « vous me mordez ! « 

Quid de la déontologie ?

Que dire de la déontologie dans cette affaire ? Même dans un contexte tendu, un policier municipal peut-il traiter une jeune femme interpellée de « connasse » ? L’insulte, si elle est bien prononcée par l’agent, est indépendante de la légalité de l’intervention, mais interroge sur l’exemplarité attendue d’un représentant de l’autorité publique.

Le collectif Cause Commune Montpellier a demandé des explications précises et a saisi l’Observatoire montpelliérain des libertés publiques et des pratiques policières de la Ligue des droits de l’Homme. Il estime que ce comportement fait écho à une série d’interventions vraiment problématiques autour des questions de sécurité dans la métropole.

« Sécurité, on s’y met enfin ! » Oui, mais de quelle façon ?

Depuis son élection à la mairie de Castelnau, Julien Miro a fait de la sécurité l’un des marqueurs de son mandat. « Sécurité, on s’y met enfin ! » proclamait sa communication dont le conseil municipal du 29 juin 2026 a été le sujet central. Le maire y dressait le tableau d’une délinquance en forte progression, multipliant les pourcentages spectaculaires pour justifier un changement de doctrine. Nous avions alors montré que ces chiffres reposaient sur des périodes de comparaison variables et des indicateurs sélectionnés, produisant une image plus alarmante que ne le laissaient apparaître les données récentes du SSMSI. Quelques semaines plus tard, cette interpellation pose une multitude de questions.

À force de construire un discours politique fondé sur l’urgence sécuritaire, la police municipale est-elle incitée à privilégier une logique d’intervention rapide et démonstrative ? Autrement dit, la mise en scène politique de l’insécurité produit-elle, en retour, une mise en scène de l’autorité ? Cette affaire ne permet pas de répondre à elle seule à cette question. Mais elle invite à s’interroger sur un possible effet d’action-réaction : lorsqu’un exécutif local fait de la fermeté un axe majeur de sa communication, cette orientation influence-t-elle les pratiques de terrain de sa police municipale ? La réponse appartient désormais autant au maire, responsable politique de ce service, qu’aux agents qui sont intervenus ce jour-là.

Julien Miro soutient son agent mordu à la cuisse

Contacté, Julien Miro, maire et OPJ de la ville de Castelnau-le-Lez a répondu à nos sollicitations via son directeur de la communication en ces mots : « Je soutiens pleinement mon agent qui est intervenu pour faire respecter la loi et a été mordu à la cuisse durant l’intervention.  Le respect des forces de l’ordre n’est pas négociable »

Qu’est-ce que le tapage injurieux ?

Le tapage injurieux est une contravention de 3e classe, prévue par l’article R. 623-2 du Code pénal. Il ne s’agit pas d’une simple insulte, mais d’injures ou de propos outrageants proférés sur la voie publique, dans un lieu accessible au public ou dans des conditions troublant la tranquillité d’autrui.

Il est puni d’une amende pouvant atteindre 450 euros. Les policiers municipaux sont habilités à constater cette infraction et, lorsqu’ils l’ont personnellement observée, peuvent demander à la personne de justifier de son identité dans le cadre d’un relevé d’identité. En cas de refus, ils peuvent retenir la personne le temps de la présenter à un officier de police judiciaire (OPJ).

En revanche, le simple fait de critiquer l’action de policiers ne constitue pas automatiquement un tapage injurieux. Encore faut-il que les propos relèvent juridiquement de l’injure et que l’ensemble des éléments de l’infraction soient réunis. C’est précisément ce point qui pourra, le cas échéant, être apprécié par l’autorité judiciaire.

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