Question chiffres, à Castelnau-le-Lez, essayons d’y voir plus clair. « Le temps où on niait les chiffres sur la sécurité à Castelnau est révolu. » En ouvrant le conseil municipal du 29 juin, Julien Miro a voulu installer un constat sans appel. Cash, le maire déroule alors une série de statistiques spectaculaires : « Castelnau est 85e ville sur 96 en matière de sécurité dans l’Hérault », « les vols de véhicules ou dans les véhicules ont augmenté de 48 % », « les violences physiques ont augmenté de 239 % », « les usages de stupéfiants de 1 269 % ». Que disent réellement les données officielles ?
L’exercice est efficace. Les pourcentages sont impressionnants. Pourtant, confrontés aux données officielles du Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), ces chiffres racontent une autre histoire.
Premier exemple : le classement de Castelnau. Julien Miro ne précise pas l’origine de ce classement. Or le SSMSI ne publie pas de classement des communes de l’Hérault de la plus sûre à la moins sûre. Il publie des statistiques par catégorie d’infractions. Donc, le « 85e sur 96 » provient vraisemblablement d’un classement réalisé par Le Figaro, repris ensuite par l’Observatoire de Castelnau. Ce n’est donc pas un indicateur officiel de l’État.
Selon la période retenue, le récit change complètement
Deuxième exemple : les « 48 % » de hausse des vols. Ce pourcentage existe bien, mais à certaines conditions. Ce pourcentage peut être retrouvé en additionnant plusieurs catégories de vols sur une période plus longue que celle utilisée ensuite dans le discours. Le maire ne précise toutefois ni la période de comparaison ni le périmètre retenu. En revanche, si l’on regarde les données les plus récentes, celles qui décrivent l’évolution de la commune entre 2023 et 2025, le constat est différent. Les vols de véhicules passent de 44 à 62 faits enregistrés (+40,9 %), mais les vols dans les véhicules reculent de 140 à 83 (−40,7 %). Ensemble, ces deux catégories diminuent d’environ 21 %. Si l’on additionne uniquement les vols de véhicules et les vols dans les véhicules entre 2023 et 2025. Selon la période retenue, le récit change complètement.
Même phénomène avec les violences physiques. Julien Miro affirme qu’elles ont augmenté de « 239 % ». Ce chiffre correspond effectivement à l’évolution des seules violences intrafamiliales entre 2016 et 2025, passées de 23 à 78 faits enregistrés. Mais il ne décrit pas l’ensemble des violences physiques. En additionnant les violences intrafamiliales et les violences hors cadre familial, les données récentes sont beaucoup plus stables : 122 faits en 2023, 120 en 2024 et 135 en 2025.
Le cas des stupéfiants mérite une attention particulière. « Le nombre d’usages de stupéfiants a augmenté de 1 269 %,» affirme Julien Miro. Selon les données du SSMSI, les faits enregistrés pour l’indicateur « Usage de stupéfiants » passent de 33 en 2016 à 287 en 2025, soit une hausse d’environ 770 %. Nous n’avons pas retrouvé le pourcentage de +1 269 % cité par le maire à partir de cette série statistique. Il existe bien des progressions très importantes selon certains indicateurs ou certaines périodes, mais le chiffre annoncé par le maire n’a pas pu être reproduit à partir des séries du SSMSI. Sauf peut-être en partant de l’époque où seul Jean Cocteau consommait de la cocaïne.
Surtout, le ministère de l’Intérieur lui-même invite à la prudence. Le comptage des infractions liées à l’usage de stupéfiants dépendent directement de l’activité des forces de l’ordre. Une augmentation peut traduire davantage de contrôles, une politique pénale différente ou une intensification des constatations. Contrairement à un cambriolage, il ne s’agit pas d’un indicateur directement comparable dans le temps.
Le temps où l’on s’arrange avec les faits ?
Le discours du maire ne repose donc pas nécessairement sur des chiffres faux. Il repose sur une sélection de périodes et d’indicateurs qui ne sont jamais explicités. Les années de référence changent selon les statistiques, certaines catégories sont additionnées, d’autres isolées, sans que les Catelnauviens et Castelnauviennes puissent le savoir.
Cette précision est loin d’être un détail. Un pourcentage ne prend son sens qu’à la lumière de sa période de comparaison. Entre 2016 et 2025, un indicateur peut afficher une forte progression alors que, sur les trois dernières années, il est stable ou en recul. Les deux affirmations peuvent être exactes simultanément.
Le débat démocratique ne consiste pas à nier les chiffres, mais à les contextualiser. Lorsque Julien Miro affirme que « le temps où on niait les faits est révolu », le maire fait des statistiques le socle de sa démonstration politique. Dès lors, la transparence sur leur origine, leur méthode de calcul et leur période de référence devient indispensable. Le problème n’est donc pas que les chiffres soient nécessairement faux. Le problème est que leur période de référence, leur mode de calcul et parfois même leur périmètre ne sont jamais indiqués. Or sans ces précisions, un pourcentage, aussi spectaculaire soit-il, ne permet pas aux citoyen·nes de comprendre ce qu’il compare réellement.
Les statistiques publiques sont faites pour éclairer le débat, pas pour impressionner l’auditoire. Elles exigent une règle : comparer les mêmes indicateurs sur les mêmes périodes et dire d’où viennent les chiffres. À défaut, ce ne sont plus les faits qui structurent le débat, mais la manière dont on les met en scène.

