Pourquoi Washington peut crouler sous la dette sans inquiéter les marchés

Debt ou dette en français - Photo - PLURIELLE INFO
Debt ou dette en français - Photo - PLURIELLE INFO

Pour les marchés, la France est-elle plus risquée que les États-Unis ? À première vue, cela paraît absurde. Pourtant, les agences de notation accordent une meilleure note à Washington qu’à Paris. Standard & Poor’s attribue ainsi la note AA aux États-Unis, contre A pour la France, malgré une dette américaine plus élevée rapportée au PIB.

Le premier réflexe consiste souvent à regarder le ratio dette/PIB. Aujourd’hui, la dette publique américaine représente environ 123 % du PIB, contre près de 116 % pour la France. Mais cet indicateur ne suffit pas à mesurer le risque réel. Deux pays peuvent avoir une dette comparable tout en inspirant des niveaux de confiance très différents.

La devise dominante

La grande force des États-Unis tient d’abord à la monnaie. Le dollar reste la devise dominante dans le commerce mondial. Les banques centrales, les investisseurs et les grandes entreprises ont constamment besoin de dollars. Donc : les États-Unis trouvent presque toujours des acheteurs pour financer leur dette. La monnaie américaine est émise par la Réserve fédérale (la Fed), la banque centrale des États-Unis. Elle peut augmenter la quantité de dollars en circulation, notamment en rachetant de la dette publique ou en abaissant les taux d’intérêt. C’est ce qu’on appelle souvent « faire tourner la planche à billets ».

Surtout, Washington emprunte dans sa propre monnaie. En cas de crise majeure, la Réserve fédérale peut injecter de la liquidité et soutenir le système financier. La France, elle, partage l’euro avec les autres pays de la zone euro et dépend des décisions de la Banque centrale européenne. Elle ne contrôle donc pas seule l’outil monétaire.

Un puissant secteur technologique

Autre différence, la croissance. Les marchés prêtent plus facilement à une économie capable de créer de la richesse rapidement. Les États-Unis disposent d’une démographie plus dynamique, d’un marché du travail plus flexible et d’un puissant secteur technologique porté notamment par l’intelligence artificielle.

Les obligations américaines jouent également un rôle quasi central dans la finance mondiale. En période de crise, les investisseurs ne fuient pas les États-Unis : ils achètent massivement leur dette, considérée comme l’actif refuge par excellence. Ce statut alimente l’idée du “too big to fail », comprendre « trop gros pour faire faillite », un défaut américain provoquerait un choc mondial. Bref ! La chute entraînerait tout le système.

La France conserve toutefois des atouts importants : des institutions stables, une économie diversifiée et une capacité élevée de prélèvements fiscaux. Mais avec des impôts déjà parmi les plus élevés de l’OCDE, sa marge budgétaire apparaît plus limitée.

On comprend que les agences de notation ne jugent pas seulement le montant de la dette. Elles évaluent surtout la capacité d’un État à continuer d’inspirer confiance. Et sur ce terrain, les États-Unis bénéficient encore d’un avantage structurel unique dans l’économie mondiale.

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