Les néofascistes avaient déjà leur propre interprétation de l’Histoire, « leur roman national » comme par exemple : « Pétain a sauvé des juifs« , « les bienfaits de la colonisation » ou « la France éternelle« . Mais voilà qu’aujourd’hui ils veulent aussi redessiner la carte du monde. Entre Bardella qui confond l’Iran et l’Irak, Alice Cordier qui situe l’Afghanistan au Maghreb, ou Trump qui confond Albanie et Arménie : qu’est-ce que cela nous dit de l’extrême droite ?
L’extrême droite est un parti autocentré. Aux USA, la culture patriotique est un frein à la curiosité. Prenons l’exemple de Donald Trump : il a qualifié la Belgique de « belle ville », le Népal surnommé « Nipple » (téton, en anglais), il a placé l’Alaska et la Finlande en Russie. C’est précisément ici que le slogan « America first » (l’Amérique d’abord) prend tout son sens : un désintérêt pour le reste du monde.
America first
Quant aux relations internationales des USA avec les autres pays, elles ne sont pensées qu’à travers le prisme des intérêts économiques et politiques de la nation. Ainsi Trump remettra au goût du jour la doctrine Monroe pour justifier son intervention au Venezuela. Il l’agrémentera d’un document aux relents nationalistes pondu par son administration qui redéfinit la « Stratégie de sécurité nationale » des États-Unis : une mainmise des USA sur les Amériques et ses ressources… ici, le pétrole vénézuélien. Il n’a pas besoin de situer le Venezuela sur une carte, d’autres le font pour lui.
Obsession islamophobe
Imprégnée par le racisme, l’islamophobie et une nostalgie du colonialisme, l’extrême droite française multiplie les amalgames, la stigmatisation, l’essentialisation des populations dites « arabes et musulmanes« . Ainsi, quand Alice Cordier nous parle de ces pays où « le viol est légal », elle n’a que faire de l’emplacement géographique de l’Afghanistan sur une carte, ce qu’elle veut dire à ses « fans » c’est : « les Arabes et les musulmans violent, après ils immigrent chez nous, ils violent des femmes blanches, tous les violeurs sont des immigrés donc l’immigration est un danger« . Pim pam poum, elle peut donc déplacer l’Afghanistan au Maghreb, à 6500 bornes. À deux doigts de nous dire : » les immigrés de loin là-bas… en Musulmanie« .
Les Français d’abord
Quand Bardella, lors d’un discours, devant une foule extatique, confond Iran et Irak, ses électeurs n’ont que faire de cette erreur. Le candidat du Rassemblement national leur parle des prix du carburant ou pour reprendre son expression « du pétrole qui explose« . Son discours est simpliste, populiste : « ce sont les Français les plus modestes qui paient la facture« , dit-il. Voilà l’unique phrase entendue par ses partisans. On en revient aux préoccupations autocentrées de ce parti : peu importe les crimes des USA dans cette région du globe, peu importe le nom du pays (loin là-bas en « Musulmanie » encore et toujours), le nombre de victimes, ce qui compte, dans cette guerre, c’est l’impact sur le portefeuille de ses électeurs « souchiens ». Mais au fond Bardella se fiche complètement que les plus modestes « paient la facture« . Lors d’une interview sur BFM fin avril, il volera au secours de TotalEnergies qui a réalisé 5,8 milliards d’euros de bénéfice depuis le début de la guerre en Iran. À l’instar de la Macronie, Bardella s’oppose à une taxation des bénéfices exceptionnels et refuse le blocage des prix.
Les violeurs bien « de chez nous »
Tout comme Alice Cordier n’a que faire que le viol soit légal dans certains pays et se fiche des victimes de violences sexistes et sexuelles, elle qui a soutenu jusqu’au bout Morandini. Son unique but étant de faire croire que la majorité des violeurs sont des migrants/étrangers, allant à contresens des statistiques du gouvernement : « Près de 9 victimes sur 10 connaissent l’agresseur, 34 % étaient des membres de la famille (50 % de (ex-)partenaires ; 50 % d’autres membres de la famille). Enfin, 64 % des agresseurs étaient des personnes non apparentées telles que des amis, des collègues ou des connaissances« .
Alors les néofascistes sont-ils nuls en géographie ? Probablement, mais ceci est secondaire dans l’idéologie d’extrême droite puisqu’ils nourrissent un désintérêt profond pour le sort des populations hors de leur nation. Comme nous l’avons vu tout au long de ce billet, les autres pays du monde leur servent uniquement de prétexte pour alimenter soit un discours raciste, ultrasécuritaire et belliciste, soit pour rallier les foules autour d’un discours populiste en vue d’une élection. Ne vous y trompez pas, ces erreurs géographiques ne feront pas perdre une seule voix à l’extrême droite, les électeurs n’ayant que faire du niveau d’érudition de leurs représentants ou idoles. Après, libre à eux d’être pris pour des idiots.

