Suite à la publication de la lettre des 14 maires de l’agglomération scellant l’accord sur une candidature unique à la présidence et la distribution des 15 présidences, la séance d’installation du conseil renouvelé à 60 % avait perdu toute saveur, contrairement à celui de mai dernier où deux voix seulement séparaient les deux candidats sétois et frontignanais.
C’est donc dans un beau consensus transpartisan, tout dévoué à « l’intérêt général », gommant les « étiquettes » et préférant, comme l’indique la maire de Vic la Gardiole « tendre la main là où d’autres dressent les murs » que se sont étirés les 17 votes pour des postes déjà déterminés à l’avance. Victoire de la raison, abdication de la confrontation d’idées ou soumission à la loi du plus fort ? La mise en scène s’est déroulée presque sans accroc au point d’en être un brin ennuyeuse.
Un accord presque parfait
Déjà peu ordinaire le fait qu’un conseiller d’une ville « secondaire » soit président d’agglomération, le fait que le maire de la ville-centre ait renoncé à être président alors qu’il avait annoncé ses velléités à reprendre le gouvernail de l’agglo lors de sa campagne est de nature à « mettre la puce à l’oreille » de tout observateur un peu aguerri de la vie politique locale. On ne peut que se demander quels sont les motivations ou les dessous d’un tel accord.
Accessoirement, la candidature à la présidence présentée symboliquement par Sébastien Pacull (RN) relevait presque d’un rituel que lui-même ne justifie que par le souci du pluralisme (ou de rompre l’unanimisme ambiant), avec une seule affirmation politique : son opposition à la ligne LGV . Il n’a pris que 6 voix au président Linares qui lui en a réuni 42 et deux bulletins blancs.
Sitôt après le plébiscite du président et son vibrant discours de remerciements, l’élue d’opposition à Sète Laura Seguin a du lui forcer un peu la main pour pouvoir intervenir. Après l’avoir félicité pour sa réélection, elle souhaitait surtout faire constater à l’assemblée qu’Hervé Marques n’avait pas été en mesure de se présenter à la présidence du fait d’un refus largement partagé de revenir au système qui avait prévalu jusqu’en mai 2024. Au-delà de la répartition des postes, elle a tenu à affirmer d’emblée « les orientations politiques que nous allons pouvoir porter ensemble au cours de ce mandat ». D’abord la question primordiale pour elle d’une gouvernance qu’elle souhaite ouverte et transparente, puis les enjeux de l’eau (avec l’exigence du retour en régie publique), celui des mobilités qui ont « besoin d’un véritable projet global et ambitieux» et du logement du fait des fortes pressions qui pèsent sur le territoire. Elle demande une révision du projet d’urbanisation de l’entrée est de Sète, du secteur nord et d’une remise à plat du tracé actuel de la LGV Montpellier Perpignan. Après avoir été interrompue sèchement par Loïc Linares, elle reprend son propos sur la nécessaire « protection de l’étang de Thau pour mettre fin aux pollutions qui touchent les conchyliculteurs« . Impatient, le président a procédé à l’élection d’Hervé Marques en 1er vice-président, avec le même résultat que le sien, puis en 2e vice-président, celle de Thierry Baëza, le maire de Mèze, avec le record de 46 voix.
Même pas de couac à la 3e vice-présidence
Étonnamment, la candidature en 3e vice-président d’Yves Michel, le maire de Marseillan pourtant condamné en 1re instance à 5 ans de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité pour « prise illégale d’intérêt et atteinte à la liberté des marchés publics« , n’a pas troublé les votants puisque ce dernier a eu autant de voix que le président et son 1er vice-président. Après l’élection de Christophe Rioust, nouveau maire de Balaruc-les-Bains en 4e vice-président, arrive enfin la première femme en 5e vice-présidence, Florence Sanchez, maire reconduite de Poussan. En 6e, est élu Marcel Stoecklin, doyen de l’assemblée et maire de Gigean reconduit à l’issue d’une campagne dont il a déploré en introduction la bassesse, puis 7e, Fabien Guirao, conseiller municipal de Villeveyrac. Seconde femme à la 8e vice-présidence en la personne de Magali Ferrier, maire de Vic-la-Gardiole, suivie en 9e position du nouveau maire de Mireval , Robert André, et en 10e, de Josian Ribes, maire de Montbazin. La 11e vice-présidence revient au nouveau maire de Balaruc Le Vieux Christian Ruis; la 12e à Francis Pelayo, maire de Loupian, la 13e au maire de Bouzigues, Jean-Christophe Pézerat.
Les pieds dans le plat
Alors que tout le monde commençait à s’endormir dans la monotonie des scrutins, la surprise est venue à la 14e vice-présidence pour laquelle Loïc Linares annonce la candidature de Vincent Sabatier, conseiller municipal de Sète connu pour ses saillies plus ou moins heureuses et notamment ses réponses déconcertantes dans un reportage sur le coût du parking Aristide Briand. Silvain Pastor, écologiste membre du groupe Nouvelles Pages pour Sète se présente spontanément contre lui « pour tout ce qu’il incarne » : le système Commeinhes et notamment l’aberration écologique de ce parking et du scandale financier qu’il représente pour l’agglomération. « Il est important de signifier que nous pouvons contrer cette politique », ajoute-t-il en concluant : « ce qu’on est en train de vivre est un peu ridicule […] La politique, ça consiste à faire des choix . Mais là, c’est un non-choix ». Si l’élu trublion n’a récolté que 3 voix, Vincent Sabatier aura été le moins bien élu des vice-présidents avec 38 voix sur 50 votants.
La partition de l’accord parfait a pu ensuite reprendre avec l’élection de Kelvine Gouvernayre,conseillère municipale de Frontignan, en 15e vice-présidente. Le Bureau communautaire est donc composé de 15 vice-président·es et de deux conseiller·es communautaires délégué·es (Lucia Izoird, conseillère municipale de Sète et Frédéric Aloy, conseiller municipal de Frontignan) et tout·es ont adopté la charte de l’élu local.
Conclusion de cette curieuse et longue séance : Une seule opposition s’est manifestée d’emblée « en vigilance » de ce nouvel exécutif. Elle se situe dans la minorité sétoise, à gauche du président reconduit. La majorité sétoise de droite, elle, continuera de peser sur les choix de l’agglomération, mais laissera le soldat Loïc Linares seul face aux colères qui se profilent concernant les pollutions récurrentes de l’étang, les défaillances des réseaux, les incendies et l’avancée du projet de LGV. Sera-t-il soutenu dans ces moments-là par ses vice-président·es et leurs colistier·es ? C’est une autre histoire.
