[Rhany Slimane, co-chef de file LFI pour les élections municipales à Montpellier.] Carnets de campagne #6.
Ces derniers jours, une inquiétude sourde traverse les discussions. Je la vois, je l’entends, au porte-à-porte. À Près Arènes, Croix d’Argent, Estanove, autour de la gare, jusque dans l’Écusson. Nous sommes nombreux, organisés, présents , dans le sud de Montpellier. Et partout, la même question revient, parfois formulée, parfois à demi-mot : où va le monde, et qui nous protège vraiment ?
La guerre en Iran n’est pas une abstraction géopolitique. Elle a des conséquences immédiates. Quand le gaz liquéfié qatari s’arrête, notre dépendance explose. En quelques jours, le prix du gaz bondit de 50 %. Le pétrole passe de 60 à 80 euros. Ce sont des chiffres froids, mais derrière eux, il y a des factures, des loyers impossibles à payer, des fins de mois qui craquent.
Stratégie du renversement
Dans un monde aussi instable, laisser l’extrême droite dicter notre vision stratégique est un acte profondément antipatriotique. Et cela vaut autant pour la macronie que pour un Parti socialiste qui n’a cessé, ces dernières années, de cracher sur des partenaires pourtant évidents. L’Algérie en fait partie. Il suffit de regarder une carte. Il suffit de comprendre les rapports de force énergétiques, humains, historiques. Refuser cette réalité, ce n’est pas être ferme : c’est être irresponsable.
Pendant ce temps, une autre mécanique est à l’œuvre. Depuis la mort d’un militant fasciste, l’extrême droite impose son tempo à tout le champ politique. Elle dicte les polémiques, fixe l’agenda médiatique, et entraîne derrière elle les partis dits “de gouvernement” dans une chasse obsessionnelle contre la France insoumise.
On parle de la prononciation d’un nom, on érige ça en scandale national, pendant que l’essentiel est invisibilisé : les réseaux pédocriminels, les crimes systémiques, les affaires de détournement d’argent, les protections dont bénéficient certains puissants. Ce renversement permanent des priorités n’est pas une erreur. C’est une stratégie.
Et pendant qu’ils jouent à ça, nous, nous sommes sur le terrain.
Depuis des semaines, nous sillonnons les quartiers. 7 740 inscriptions sur les listes électorales. Ce chiffre, il compte. Il dit quelque chose d’un réveil, d’un espoir, d’une possibilité réelle de changer le rapport de force.
Mais il y a aussi l’autre chiffre. 1 600 demandes d’inscription refusées. 1 600 vies mises à distance du débat démocratique.
Je pense à Rosy, une jeune femme rencontrée au porte-à-porte. Refusée. Écœurée. Convaincue que sa voix ne compte pas. Et pourtant, je le sais, je le vois : une immense partie de ces refus, ce sont des voix populaires qui auraient voulu s’exprimer, souvent en soutien à la France insoumise.
Voilà la réalité du moment politique. Une guerre qui fait trembler les foyers. Une extrême droite qui impose ses obsessions. Un système qui verrouille l’accès au vote. Et en face, des militantes et des militants qui continuent, chaque jour, à frapper aux portes, à expliquer, à rassurer, à organiser.
Une certitude : dans ce chaos organisé, notre responsabilité est immense. Tenir la ligne. Refuser les diversions. Défendre une stratégie populaire, lucide, ancrée dans le réel. Parce que c’est là, et seulement là, que peut naître une alternative.

