Avant le dépôt officiel de sa liste Montpellier citoyenne en préfecture, Philippe Saurel a présenté, le 23 février, une partie de sa nouvelle équipe qu’il assume comme le socle d’un redressement économique et d’une « remise en ordre » de la ville. Plus qu’une simple présentation de colistier·es, il installe son orientation politique : celle de protéger une ville qu’il juge « brutalisée ».
« Le travail est colossal pour remettre la ville en ordre » prévient-il d’emblée. Le diagnostic dépasse le seul centre-ville : il vise la méthode de gouvernance, la concertation et la cohérence des décisions publiques.
« Les guerrières du siècle »
En arrivant et en s’adressant à Bérengère Dubus comme à Mia de Parseval, Odette Daudé lâche : « les guerrières du siècle sont dans la place ». Elle ne croit pas si bien dire. Quelques minutes plus tard, elle apprendra de la bouche de Philippe Saurel qu’elle est n° 4 de la liste. La scène donne le ton : une équipe qui revendique combativité et engagement.
La ligne de Montpellier citoyenne s’impose une méthode : « on ne gère pas une ville avec de la communication, on la dirige avec professionnalisme, sérieux et de l’écoute. » La priorité du mandat ne sera pas l’effet d’annonce, mais l’organisation, la concertation et la cohérence des décisions. Derrière la formule, une critique évidente sur une gouvernance socialiste jugée verticale, voire dogmatique.
Autour de Philippe Saurel, plusieurs profils issus de la société civile et du monde économique. Bérengère Dubus, cheffe d’entreprise et fondatrice du Syndicat national des courtiers en crédit, siège dans des groupes de réflexion « au ministère du Logement et de Bercy sur les questions de l’accession du logement et du financement ». Son engagement est né du terrain : « les liquidations judiciaires, les dépressions, les suicides, les faillites (…) ça a commencé à m’interpeller gravement. Je me suis dit que je n’avais pas le choix, qu’il fallait que je m’engage. » En rejoignant Philippe Saurel, elle dit avoir voulu retrouver « combien Philippe Saurel était le maire de tout le monde », ainsi que « sa rigueur. » Une manière d’assumer, elle aussi, un positionnement au-dessus des partis.
Mia de Parseval, thérapeute, s’est engagée après une pétition contre « l’isolement » du centre-ville, qui a recueilli « plusieurs milliers de signatures ». Elle décrit une ville où « tous les quartiers sont touchés (…) tous les gens sont mécontents” et plaide pour “renouer avec le dialogue, renouer avec l’humain (…) prendre le problème dans toute sa globalité. » Elle soutient le fonctionnement en commissions voulu par la tête de liste de Montpellier citoyenne : « il faut tout prendre en compte (…) c’est ce que les gens demandent. » Une envie qui rejoint la promesse de Philippe Saurel d’installer une intelligence collective plutôt que des décisions descendantes.
Odette Daudé, commerçante, grand rue Jean-Moulin et présidente des commerçants et professions libérales de l’écusson, revendique un engagement né « auprès du peuple et de la rue. » « J’entends tous les jours : ça ne va plus (…) on ne vient plus. » Elle affirme faire « totalement confiance » à Philippe Saurel, évoquant « le même ADN : servir les gens (…) et non pas nous servir. » Là encore, l’intérêt général avant les logiques partisanes.
Un autre ralliement venu de la majorité sortante
Roger-Yannick Chartier, adjoint au maire sortant chargé du mécénat et de la promotion des produits du territoire, rejoint lui aussi la liste. « Depuis vingt ans, je suis un homme de la société civile, un entrepreneur qui crée (…) et surtout qui crée de l’emploi. » Il assume son choix : « j’ai failli partir plusieurs fois », mais « les commerçants et artisans m’ont retenu. » Sa conviction rejoint celle de Philippe Saurel : privilégier « le contact, l’action et le réel. » Son ralliement donne à la liste une portée politique supplémentaire, en fissurant une fois de plus, après Hind Emad, la majorité socialiste sortante.
Centre-ville, patrimoine et attractivité
Ancien directeur général du Polygone, Roger Naro évoque « une ville que je ne reconnais plus », « cloisonnée », avec des « problématiques de circulation invraisemblables. » Il veut « redonner [à Montpellier] son statut » en réconciliant flux, commerce et attractivité.
Xavier Borg, professionnel du tourisme et secrétaire général de la Société archéologique de Montpellier, parle d’un « paradoxe » : une ville « attirante en termes de fréquentation touristique », mais où « le compte n’y est pas sur le plan du commerce. » Il appelle à « coupler l’attractivité touristique avec le commerce » en travaillant sur « la question de l’accès au centre-ville. » Le centre-ville devient ainsi le laboratoire d’une stratégie plus large : relier économie, patrimoine et mobilité.
Un audit financier programmé
Au-delà des profils, Philippe Saurel revendique une gouvernance collective « en commissions » : pas de gourous, mais des équipes. Il annonce également vouloir, en cas d’élection, engager un audit financier pour mesurer les marges de manœuvre réelles de la ville et de la métropole, avant toute inflexion majeure. D’autant que Depuis 2020, la dette de la Ville est passée de 198 à 409 millions d’euros, tandis que celle de la Métropole a bondi de 311 millions à 1,2 milliard. L’objectif est bien de restaurer la concertation, remettre les finances à plat et articuler économie, mobilité, sécurité et patrimoine. La liste de Philippe Saurel, renouvelée à 90 %, veut incarner une alternative « hors parti », centrée sur l’intérêt municipal.
S’il est vrai qu’un retour de Philippe Saurel aux commandes de la ville aurait du panache, l’intéressé récuse cette lecture personnelle. Interrogé sur la dimension symbolique d’un come-back, il balaie l’argument : « ce n’est pas une histoire de panache (…) moi je ne compte pas dans l’histoire, je suis au service de la ville. » Fidèle à la ligne qu’il défend, il recentre le débat sur l’intérêt des habitant·es, la méthode et la concertation, refusant d’en faire une affaire d’ego. Comme il l’exprimait déjà en janvier 2025, son ambition demeure de « rendre la ville aux Montpelliérain·nes. » Plus qu’un retour, Philippe Saurel souhaite débarrasser l’économie locale et la gouvernance de la métropole de l’appareil socialiste.