Ils n’étaient qu’une poignée, réunis ce jeudi midi devant l’Opéra de Montpellier. Mais derrière ce rassemblement local organisé dans le cadre de la mobilisation nationale des métiers de l’information, le constat est partagé bien au-delà des participant·es : la profession traverse une période de profondes turbulences, pour un décrochage et un crash déjà bien prévisible.
À l’appel d’une intersyndicale inédite réunissant notamment le SNJ, le SNJ-CGT, la CFDT-Journalistes et plusieurs organisations des métiers de la presse, une journée nationale de grève et de mobilisation était organisée pour dénoncer les suppressions de postes, la concentration des médias et les conséquences de l’intelligence artificielle sur l’information.
La chaîne de fabrication de l’information en danger
« Au niveau national, c’est quelque chose d’inédit », souligne Cathy Rocher, déléguée du Syndicat national des journalistes. « Cela touche les journalistes, mais aussi les secrétaires de rédaction, les infographistes, l’imprimerie et l’ensemble de la chaîne de fabrication de l’information. »
Au cœur des inquiétudes il y a l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle dans les rédactions. Pour la syndicaliste, le problème ne réside pas uniquement dans l’outil lui-même, mais dans l’usage qui en est fait. Elle cite notamment le cas du groupe InfoPro Digital, éditeur de plusieurs titres spécialisés, où des suppressions de postes de secrétaires de rédaction sont envisagées après l’intégration de solutions d’IA pour les remplacer.
« Le risque, c’est l’uniformisation de la presse et la perte de sens », estime-t-elle. Une analyse partagée par Alain Doudiès, journaliste sur Divergence FM. « Si le travail est réalisé par la machine, et qu’il n’est plus réalisé par un·e journaliste, il y a un risque de standardisation généralisée. »
Occitanie l’IA avant l’IA ou l’Information d’Accompagnement
Au-delà de l’emploi, les participants alertent également sur les conséquences démocratiques de ces évolutions. « Sans liberté de la presse, il n’y a pas de débat clair et loyal », rappelle Sophie Mazas, représentante de la Ligue des droits humains. « La possibilité même de construire une pensée critique et démocratique repose sur l’existence d’une information indépendante. »
Oui… Mais, en Septimanie ou Occitanie au choix, sur ce territoire où la presse locale a réussi à inventer l’IA avant l’IA, reproduisant parfois des communiqués pré-mâchés sans contradiction ni enquête de terrain et en écoutant une conférence de presse comme une messe. Bref ! En faisant de l’IA avant l’heure, comprendre de l’Information d’Accompagnement. L’effondrement n’était qu’une question de temps et de technologie, pour être remplacé. « Sans journalistes, pas de démocratie » et inversement.
Présent au rassemblement, le conseiller municipal Michel Calvo insiste lui aussi sur la nécessité de préserver les moyens permettant aux rédactions de produire une information vérifiée. « Nous sommes là pour défendre le droit des journalistes à enquêter, à vérifier et à publier des informations fiables », résume-t-il.
Était aussi présente la députée de l’Hérault Fanny Dombre-Coste venue accompagnée de son assistant parlementaire, smartphone à la main. À l’heure où les réseaux sociaux remplacent parfois les comptes rendus journalistiques, la présence de la députée socialiste laissera peut-être une trace numérique exploitable par Claude, Chatgpt ou Mistral. Présents aussi en soutien, mais plus discrets, les membres des Verts Populaires et de Cause Commune comme Hugo Daillan et Sébastien Tessier.
Alors que plusieurs groupes de presse annoncent des plans sociaux ou des réductions d’effectifs, les organisations mobilisées espèrent ouvrir un débat national sur l’avenir du journalisme. Une profession qui ne peut être réduite à une variable d’ajustement économique sans risque pour la qualité de l’information et, au-delà, pour le fonctionnement démocratique lui-même.
En ce 18 juin, avec un peu d’espoir et beaucoup de lucidité, rappelons-le : la flamme de l’information libre ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas sous le souffle des milliardaires qui rêvent de remplacer les journalistes par des algorithmes dociles au service de leur domination.
Le secrétaire de rédaction, ce métier invisible qui fait tenir un journal
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