Cinq écoles en grève, 250 parents et enseignants rassemblés place de la mairie, pancartes, mots d’ordre et prises de paroles offensives, délégation poussant le maire à appeler l’inspection académique… On peut dire que les fermetures de classe annoncées pour la rentrée prochaine dans les écoles Arago, Renaissance et Michelet « ne passent pas ».
« Des collègues qui se mettent en grève en dehors de tout appel intersyndical local ou national, c’est du jamais vu, c’est extrêmement courageux, » déclare Sabine Raynaud venue apporter le soutien du syndicat SNUDI-34. Autre phénomène inédit : des écoles non concernées par les fermetures qui font grève par solidarité, « ce qui exprime le haut niveau de colère contre ces mesures« . Plus anecdotique, mais presque cynique : des arrêts maladie non remplacés depuis plusieurs jours le sont exceptionnellement en ce jour de grève, pour éviter sa trop grande visibilité par la fermeture d’une école supplémentaire.
Empêcher les fermetures, mais pas seulement
Sabine Raynaud a rappelé que partout en France et particulièrement dans les départements ruraux, il y a « une bagarre de chiens » non seulement contre les fermetures de classes, mais aussi pour réclamer les postes qui manquent et les moyens de cette fameuse école inclusive « dont on sait qu’elle ne produit qu’une chose : l’exclusion », revendiquant au passage une claire revalorisation du statut des AESH qui ont en charge le suivi des élèves en grandes difficultés.
« Pour nous, ce rassemblement est une réussite malgré la difficulté pour les parents qui travaillent de venir ainsi en semaine. Ce n’est qu’un début » se félicite Thomas Garnier, co-fondateur de la l’association PEPS (association des Parents de l’École Publique sétoise), que le maire Hervé Marques n’a pas souhaité recevoir malgré une demande écrite préalable; trop à gauche sans doute ! Le maire a néanmoins accepté de recevoir deux représentants de parents par école concernée. Celui-ci leur a affirmé son soutien et l’envoi la semaine dernière d’un courrier à l’inspectrice. Il s’est engagé à les tenir informés par communiqué de la suite des échanges avec l’inspection et, en réponse à une demande pressante, à ce que la ville soit dorénavant mieux représentée au sein des conseils d’écoles, reconnaissant donc que ce n’était pas le cas jusque là.
Soutien de façade ?
Le maire est resté en revanche très évasif sur la demande de revoir la carte scolaire en concertation avec la communauté éducative et de limiter les dérogations de manière à assurer une meilleure répartition des élèves entre les différents établissements.
Certains parents soupçonnent plutôt la volonté de la municipalité d’accompagner les fermetures décidées par l’état et d’en profiter pour se débarrasser des plus petites écoles ( plus exactement les récupérer pour d’autres usages) en concentrant les élèves dans les plus gros groupes scolaires. Hervé Marques aurait même suggéré que les parents qui travaillent pouvaient bien déposer en voiture les enfants dans de plus grands établissements, ce qui est totalement contraire à l’attente des parents de sauvegarder les petites écoles de quartier, notamment du centre-ville, qui contribuent tant à la qualité de l’enseignement qu’au maintien de la vie sociale et aux déplacements non motorisés. Les parents comme les enseignants plaident plutôt pour la valorisation de ces écoles et ne manquent pas d’idée pour ce faire. Deux visions antinomiques de la place de l’école dans la ville qui s’affrontent.
« Une ville qui se vide de ses enfants est une ville qui perd son avenir »
Présente au rassemblement, Laura Seguin, ex-tête de liste de l’opposition de gauche a constaté sur les réseaux, qu’aux responsabilités nationales, s’ajoutent localement les conséquences d’une politique qui chassent les familles et les jeunes : « logements inabordables, gentrification, population qui vieillit… Une ville qui se vide de ses enfants est une ville qui perd son avenir. » Elle ajoute : « Dans le même temps, l’école publique est insuffisamment soutenue : rénovation thermique des bâtiments, qualité des repas à la cantine, conditions d’accueil… autant de manques qui fragilisent son attractivité. » Elle alerte ce qui se profile : « Si rien ne change, Sète poursuivra sa trajectoire de ville de villégiature». Comme quoi, une bataille peut en porter plein d’autres.
Au sortir de la réunion du CSA ( comité social d’administration académique qui répartit les postes) qui s’est tenue l’après-midi, 8 fermetures auraient été annulées dans le département, mais cette décision ne concerne pas Sète. L’île Singulière ne sera fixée sur son sort que lors de prochaines réunions entre la semaine prochaine et jusqu’au mois de juin. Il manquait apparemment les chiffres exacts des effectifs de l’école Renaissance qui donne un nouvel espoir pour cette école. L’incertitude pèse donc sur le devenir des enseignants et des élèves concernées. Pour toutes et tous, cette action réussie n’est qu’un point de départ et un levier pour amplifier la mobilisation…
