À qui profite le « chaos » et comment le dépasser ?

La mairie de Limoges incendiée - Photo - Euronews octobre 2026
La mairie de Limoges incendiée - Photo - Euronews octobre 2026

[EDITO] Sacré paradoxe dans le fait que le seul candidat qui ne peut attendre le moindre bénéfice d’une situation de chaos en soit tenu pour responsable principal. La manœuvre est si flagrante qu’elle en devient grotesque. Mais au-delà de la piteuse manipulation électoraliste, demeure la nécessité d’ouvrir une issue politique aux colères populaires.

On comprend que le pouvoir macroniste et ses alliés les Républicains veuillent trouver un bouc émissaire pour se soustraire à leurs responsabilités non seulement dans le fiasco policier de samedi dernier, mais au-delà dans la crise sociale, écologique et démocratique historique que connaît notre pays après dix ans de macronisme : néolibéralisme sans frein qui a gavé les milliardaires et fait sombrer tout ce qui constitue les fondements de la République qu’ils prétendent vouloir défendre aujourd’hui (l’éducation, la protection sociale, les services publics…).

Pour défendre la République, il faut être capable de voir que sa promesse d’égalité, de liberté et de fraternité n’est plus garantie pour personne et qu’elle est même refusée à toute une génération que Macron avait encouragée à devenir millionnaire et qui se retrouve aux restos du cœur ou en garde à vue pour rien. C’est la première des violences.

La réalité, c’est qu’aucun de ses accusateurs n’est en mesure de trouver la moindre invitation de la part de la France Insoumise à user de la violence, le moindre discours haineux. Son candidat ne manque pas une occasion d’expliquer pourquoi le choix de ne recourir qu’aux méthodes de luttes non violentes, à commencer par le vote, est un des principes fondateurs du mouvement qu’il a créé en 2016 : La France insoumise (LFI). La procureur de Paris comme les services de renseignements confirment que LFI n’est pour rien dans les violences survenues ces dernières semaines jusqu’au 17 octobre, bien que ces services subissent des pressions du gouvernement pour le suggérer.

N’empêche ! Marine Le Pen comme Sébastien Lecornu ou Bruno Retailleau, mais aussi quelques perroquets de gauche, continuent de le dire, appliquant la formule, souvent attribuée à Goebbels, selon laquelle un mensonge répété mille fois devient une vérité. Le président du Sénat Gérard Larchet se pose la question de la dissolution de LFI. Le maire de Montpellier Michaël Delafosse n’est pas en reste dans cette sombre comédie quand il pointe « la culture de la violence chez LFI » (sic) qui constituerait « une rupture dans la gauche française ». Tant qu’à trouver un bouc émissaire, autant que ce soit celui qui représente une réelle chance de battre en mai prochain la droite et ses variantes centristes ou fascisantes pour transformer l’ordre prédateur qu’elle incarne.

Le RN et ses acolytes espèrent tirer les marrons d’un feu qu’ils attisent de leur racisme assumé, oublieux qu’ils sont que si le peuple de France est ce qu’il est, c’est le fruit d’une longue Histoire. Celle d’une nation esclavagiste devenue un empire colonial qui lui a fourni des matières premières, une main-d’œuvre abondante et sans droit, et lui a assuré sa prospérité. La jeunesse d’aujourd’hui est constituée des héritiers des vagues successives d’immigration voulues et organisées par un système de domination et d’exploitation qui perdure et fait de nouveaux ravages : famines, guerres et réchauffement climatique. Ces jeunes sont français et le fait de ne pas le reconnaître est une des raisons de la colère qui gronde aujourd’hui. Elle ne fera que s’amplifier si un changement radical de société n’est pas amorcé.

En attendant, manœuvres et propagande se déchaînent pour attiser la peur, diviser le peuple et le réprimer encore davantage. Pour exemple, un post partagé des millions de fois montrant un couple de personnes âgées soi-disant attaqué et dénudé par des émeutiers à Paris se révèle être des photos fabriquées par l’IA, émanant d’un site d’informations israélien et relayé par un compte X français basé lui aussi en Israël puis partagé par plusieurs sites d’extrême droite et même par un syndicat d’officiers et de commissaires de police.

Fabrication d’une fake news depuis un média puis un compte X basés en Israël

Le 19 octobre au soir, à Lyon, narguant le couvre-feu qu’ils appellent de leurs vœux, des militants d’extrême droite ont défilé dans le centre-ville en scandant des slogans identitaires et en brandissant un drapeau frappé d’une croix celtique, sans être inquiété par la police. Après l’incendie de la mairie de Limoges comparé à celui du Reichstag [survenu à Berlin, le 27 février 1933, et dont les nazis se serviront pour interdire tous les partis d’opposition], on voit bien se justifier dans cette image effrayante de nouvelles restrictions de liberté jusqu’à vouloir décréter l’état d’urgence. On l’entend bien venir le bruit des bottes et des matraques, comme si il n’était pas déjà assez assourdissant et surtout inapte à rétablir l’ordre, à faire taire le refus d’un ordre injuste, autoritaire, irresponsable et mortifère, refus exprimé pacifiquement par des centaines de milliers de citoyens et de citoyennes de toutes générations.

Au delà des injonctions obsessionnelles, tant gouvernementales que médiatiques à «condamner les violences », cette condamnation requise ad nauseam, orchestrée jusque dans les mairies par un autre candidat à la présidentielle et président de l’Association des Maires de France, le très droitier David Lisnard, permet surtout à celui ou celle qui la prononce de se donner importance et bonne conscience sur des actes, sans jamais énoncer d’où ils viennent, comment les empêcher, les combattre ou les réparer. C’est d’ailleurs ce qu’a répondu Jean-Luc Mélenchon dimanche quand on lui demande le 18 octobre sur LCI si il « condamne clairement les violences » : « ça c’est toujours le grand mot, CONDAMNER. Allez d’accord, je vais condamner. Alors dites moi Madame, qu’est ce que ça change ? »

Tout comme les « appels au calme », ça ne change rien, car aucun de ceux qui commettent des violences, que ce soient des autonomes de l’ultra gauche ou des nervis d’extrême droite (car il y en a beaucoup), des petits délinquants, de simples passant·es, ou des flics infiltrés, n’a quelque chose à faire de ces messages institutionnels qui ne servent qu’à conforter l’auto-contentement de ceux qui les prononcent. Ils sont vains car ils ne parlent à personne.

A celles et ceux qui ne se laisseront pas intimider par l’engrenage des violences ni ne se soumettront aux injonctions moralisatrices des responsables de la casse sociale, il revient de continuer à se rassembler et à se solidariser pour faire prévaloir leurs revendications avec toute l’énergie, la créativité, la détermination dont ielles ont fait preuve jusqu’à présent. Uni, le peuple ne sera pas vaincu et saura trouver les voies et les voix pour se faire entendre.

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