Fait rarissime, la commission de discipline de l’université Lyon 2 a prononcé à l’encontre d’un professeur d’histoire médiévale qui n’a commis aucune faute professionnelle et ne fait l’objet d’aucune plainte pénale, une suspension de 18 mois du droit d’exercer et d’être rémunéré. Quelle faute a-t-il commise, quel délit ? Quel crime ? Celui d’avoir exprimé en dehors de son activité d’enseignant des prises de positions concernant la Palestine.
Deux faits en particulier lui ont valu une intense campagne politico-médiatique à l’autone 2025. Le premier reproche repose sur un mensonge. Julien Théry a partagé un post de Sophie Tlk qui répondait aux signataires d’une lettre ouverte demandant au président Macron de ne pas reconnaître l’Etat palestinien. A partir de ce simple partage d’un texte (que Plurielle.info avait également publié), il a été annoncé sur toutes les radios et chaînes d’info que le professeur Théry avait « établi une liste de juifs » alors que d’une part, il n’était pas l’auteur du texte et que d’autre part, la liste en question n’était autre que celle constituée et publiée dans le Figaro par les personnes qui avaient signé cette lettre ouverte et qui s’étaient largement exprimées pour la justifier.
Le deuxième grief est la publication dans le média Hors Série d’un article dans lequel Julien Théry remet en cause l’idée d’un antisémitisme de gauche. A la suite de cet article, la LICRA a lancé une véritable guerre contre lui et la présidente de son université a ouvert la procédure disciplinaire. Aucun de ces deux faits ne concerne son activité d’enseignant. Malgré le lancement d’une première pétition de soutien signée par plus de 1 800 personnes dont de très nombreux universitaires, la sanction totalement injuste est tombée qui prive l’enseignant de son droit d’exercer et de son salaire pendant un an et demi, et également ses étudiants de leur enseignant.
« Une attaque contre un seul est une attaque contre tous »
Il est manifeste que Julien Théry a été sanctionné au plan professionnel pour des positions qui ne relevaient que de sa liberté d’expression de citoyen, et qu’aucune de ses positions ne déroge à la loi française. Pour le collectif regroupant associations, syndicats et près de 6 000 signatures individuelles à une nouvelle pétition réclamant l’annulation de la sanction, « dans ce domaine, une attaque contre un seul est une attaque contre tous. Demain, sur la Palestine comme sur d’autres sujets, le même type de sanction pourra être prise, aussi bien dans la fonction publique que dans le privé dans des formes juridiques différentes, contre toutes celles et ceux qui interviendront dans le débat public à contre-courant des pouvoirs dominants ».
L’heure est grave pour qui sait observer ce qui se passe. Cette dernière sanction marque probablement à la fois un tournant et un avertissement pour le milieu universitaire, qui subissait déjà depuis plusieurs années pressions et diffamations, voire, dans certains cas, des campagnes de terreur, pour réprimer sous l’accusation « d’islamo-gauchisme », de « wokisme » ou d’antisémitisme le soutien aux minorités opprimées. Des pressions qui pèsent sur les enseignant·es et sur leurs sujets de recherche.
Durcissement des dispositifs de répression
Mais dans le cas précis et de manière plus globale, une telle remise en cause de la liberté d’expression hors cadre professionnel est symptomatique d’une évolution qui voit les gouvernements durcir les dispositifs de répression de tout ordre, comme la loi récente sur la légitime défense présumée pour les violences policières et évidemment l’ex loi Yadan que la gouvernement s’attache à faire passer en douce, de manière réglementaire.
La défense de Julien Théry occupe par conséquent une place symbolique importante dans le combat contre ces graves remises en cause des libertés. « Il n’est pas le seul frappé, loin de là, mais les implications de son cas doivent alerter et il nous appartient de dénoncer l’injustice qui lui est faite » indiquent les initiateur·trices de la pétition. Si l’Etat donne ainsi l’exemple d’une véritable chasse aux sorcières, tout salarié pourra se retrouver sanctionné pour ses opinions. L’affaire Julien Théry est vraiment une sale affaire, un ballon d’essai et un précédent grave contre la liberté d’opinion et d’expression. Il faut la dénoncer et faire reculer les autorités universitaires.
Pour signer la pétition demandant l’annulation de la sanction contre Julien Théry, cliquez ici
