Occitanie : une présidente ne devrait pas dire ça…

Carole Delga et Loïc Linarès dans l'Hérault - Photo - Archives PLURIELLE INFO 2025
Carole Delga et Loïc Linarès dans l'Hérault - Photo - Archives PLURIELLE INFO 2025
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Occitanie : une présidente ne devrait pas dire ça…

C’est qu’il faut la vendre, maintenant, la Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP), et faire en sorte que le débat soit clos et que son acceptation soit totale. C’est la « mission Delga ». Pour l’y aider en ce mois de mai, le journal de la famille Baylet.

En bonne commerciale de terrain et VRP, la présidente du conseil régional y déroule sans contradiction les arguments historiques des promoteurs du projet : saturation ferroviaire, nécessité d’une deuxième ligne, impossibilité d’augmenter le trafic sur l’infrastructure existante, urgence écologique, garanties environnementales et rationalité supposée du chantier. Bref ! Tout va bien, circulez, il n’y a rien à voir, retournez jouer sur la tintaine.

Mais derrière ces apparentes évidences techniques, plusieurs affirmations méritent d’être fortement nuancées, voire carrément contredites par les propres documents institutionnels du dossier.

Comment peut-on dire ça ?

« Il est normal d’avoir des interrogations et que certains soient opposés à ce projet. Mais je ne veux pas que l’on reparte sur les mensonges que l’on a entendus sur l’A69. On a un État de droit. C’est la majorité qui s’exprime et qui décide, » déclare dans Midi-Libre la présidente du conseil régional d’Occitanie. Mais comment peut-on dire cela ?

Car en assimilant sans démonstration les opposants à la LNMP aux supposés « mensonges » entendus selon elle autour de l’A69, Carole Delga opère un glissement très problématique : elle ne répond plus aux arguments techniques, environnementaux ou hydrologiques soulevés, ici dans le bassin de Thau, mais cherche à délégitimer par avance celles et ceux qui contestent le projet. La formule permet d’installer une opposition artificielle entre une parole institutionnelle présentée comme rationnelle et des critiques renvoyées à l’irrationnel, à l’exagération ou à la désinformation.

Or aucun exemple précis de « mensonge » n’est cité, aucune contre-expertise n’est discutée, aucun élément scientifique n’est apporté pour invalider les inquiétudes exprimées sur la source d’Issanka ou sur les impacts environnementaux de la LNMP. En invoquant ensuite « l’État de droit » et « la majorité qui décide », la présidente de Région laisse entendre que la contestation citoyenne serait d’emblée suspecte ou illégitime dès lors qu’un projet bénéficie d’un soutien institutionnel. Une manière de réduire le débat démocratique à une simple validation politique. Alors il est peut-être bon de rappeler à Carole Delga qu’en démocratie, les grands projets d’infrastructures continuent à relever du débat public, de l’expertise contradictoire et du droit au recours. C’est ainsi que le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes a été retiré par exemple.

Pire qu’une manipulation : « un état d’esprit »

Pour Pierre Confavreux, secrétaire de la section Sète et bassin de Thau de la Ligue des droits de l’Homme, la référence de Carole Delga à « l’État de droit » révèle surtout une confusion préoccupante entre majorité politique et respect des règles démocratiques. « L’État de droit, ce n’est pas : on est une majorité, on vote et c’est décidé ». Pierre Confraveux voit dans cette posture pire qu’une manipulation : « un état d’esprit » où la légitimité électorale tendrait désormais à primer sur les contre-pouvoirs, au risque d’affaiblir progressivement le respect du droit. Il rappelle que dans un État de droit, « la loi, votée par le législateur, peut être déclarée inconstitutionnelle par la Justice si elle ne respecte pas un certain nombre de principes. L’État est en effet considéré comme une personne morale dont les décisions sont ainsi soumises au respect du principe de légalité. »... tout comme les collectivités territoriales.

La verticalité technocratique contre la vigilance citoyenne

L’amour de la verticalité technocratique, c’est quand le pouvoir politique considère que son avis suffit à clore le débat public et que la validation administrative vaut légitimité démocratique complète. On ajoute là-dessus une tournée populaire baptisée « La Région à vos côtés » et le tour est joué.

« Je tiens à rassurer sur la question de l’eau potable », affirme Carole Delga au sujet d’Issanka, assurant que « la réglementation sur l’eau dans notre pays est l’une des plus protectrices au monde ». Une formule politique classique, mais qui ne constitue en rien une garantie technique ou scientifique. Car les inquiétudes exprimées localement ne portent pas sur l’existence d’une réglementation, mais sur les conséquences concrètes des forages et travaux préparatoires dans une zone karstique particulièrement sensible pour l’alimentation en eau potable du bassin de Thau. En matière de « police de l’eau », par le passé encore récent, le collectif Bancs Publics ou le comité des usagers de l’eau ont du recourir à leurs propres experts pour alerter les pouvoirs publics sur les défaillances des chantiers ou des installations d’assainissement. Ce sont donc des collectifs citoyens qui assurent la vigilance quant au respect de la réglementation.

Carole Delga affirme encore que « cette ligne est la plus saturée de France » et qu’« on ne peut pas faire passer de train supplémentaire » sur l’axe existant entre Montpellier et Narbonne. Une présentation pourtant loin de faire consensus parmi les spécialistes du ferroviaire. Les documents publics de SNCF Réseau et du dossier LNMP évoquent bien une ligne fortement chargée, notamment sur certains créneaux horaires, mais ne concluent pas à une impossibilité absolue d’augmenter les circulations. Le débat technique réel porte plutôt sur le niveau futur de saturation, les arbitrages entre TER, fret et TGV, ainsi que sur les investissements nécessaires pour moderniser le réseau existant. En transformant un projet aussi complexe qu’inquiétant en vérité incontestable, la présidente de Région simplifie à l’extrême un dossier à plusieurs milliards d’euros, 6,12 milliards d’€ pour être exacte selon l’évaluation faite en 2020 avec la répartition financière suivante : l’État à hauteur de 40 %, les collectivités locales à hauteur de 40 %  l’Union européenne à hauteur de 20 %.

La démocratie ne s’arrête pas au vote des exécutifs

Reprenons : Carole Delga peut défendre un projet, tenter de convaincre et assumer un choix politique. Mais elle ne devrait jamais laisser entendre qu’une majorité institutionnelle suffirait à transformer une décision contestée en vérité indiscutable ni réduire les oppositions citoyennes, scientifiques ou environnementales à de simples « mensonges » ou peurs irrationnelles. Car dans un État de droit, la démocratie ne s’arrête pas au vote des exécutifs : elle continue précisément dans le débat contradictoire, le contrôle par des contre-pouvoirs et le droit permanent de contester les décisions publiques.

Bon à savoir

SLNMP

Derrière la Ligne nouvelle Montpellier-Perpignan (LNMP), il n’y a pas seulement SNCF Réseau ou l’État. Depuis 2022, une structure spécifique pilote aussi le financement local du projet : la Société de financement de la LNMP (SLNMP). Créée par ordonnance le 2 mars 2022, elle regroupe 11 collectivités territoriales, dont la Région Occitanie, les départements de l’Hérault, de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, ainsi que plusieurs métropoles et agglomérations concernées par le tracé.

Présidée par Carole Delga depuis septembre 2022, cette société a pour mission de gérer la participation financière des collectivités, soit 40 % du coût de la ligne nouvelle. Pour cela, elle pourra lever des emprunts, mais aussi collecter une taxe spéciale d’équipement. Son conseil d’administration réunit un représentant de chacune des 11 collectivités membres. La société dispose également de compétences, de suivi des coûts, des délais et de coordination territoriale via plusieurs commissions dédiées au dialogue territorial, à l’ingénierie financière et aux contrats.

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