À Montpellier, la diffusion le 27 février d’une vidéo montrant une intervention du groupement de sûreté résidentielle interbailleurs (GSRI) dans une résidence ACM d’Aiguelongue interroge. Elles ressemblent étrangement aux comportements d’ ICE aux USA.
La réaction politique a été immédiate. La candidate insoumise Nathalie Oziol a interrogé publiquement le maire sortant sur le cadre de l’intervention : « Nulle part dans votre description des missions du GSRI, il n’est mentionné qu’il intervient sur les points de deal. Que faisait-il alors? Qui leur a donné l’ordre d’intervenir ? Pour quoi faire ? Pourquoi n’est-ce pas la police nationale qui intervient s’il s’agit d’un point connu ? »
« Non, ce n’est pas une nouvelle vidéo des frasques violentes d’ICE dans le Trumpland. C’est à Montpellier, » lance avec inquiétude Jean-Louis Roumégas dans un communiqué.
Dès le dimanche soir, 1er mars, sur X, Michaël Delafosse a exprimé son « soutien entier » au GSRI, estimant qu’il « dérange ceux qui dégradent avec leur trafic la vie des locataires du parc social ».
Mais les images montrent des agents encagoulés maîtrisant un homme au sol, tandis qu’un second individu est interpellé. Une habitante qui filme est sommée de quitter les lieux. La séquence est accompagnée du sous-titre : “Montpellier, une milice privée terrorise les habitants”.
[VIDEO] Intervention musclée du GSRI à Montpellier :
Non, ce n’est pas l’ICE, et nous ne sommes pas aux USA. Cette scène se passe à Montpellier, ou une milice privée terrorise des habitants en toute « légalité » puisqu’ils ont été embauchés par des bailleurs sociaux pour faire régner l’ordre dans des quafiers de logements sociaux… pic.twitter.com/WdsofqCdQx
— Cerveaux non disponibles (@CerveauxNon) February 27, 2026
Créé il y a deux ans sous la forme d’un groupement d’intérêt économique associant sept bailleurs sociaux et la métropole, le GSRI (Groupement de Sécurité Résidentielle Interbailleurs) constitue une promesse de campagne de Michaël Delafosse. Ses 36 agents patrouillent quotidiennement, entre 16 h et 2 h, dans une trentaine de résidences HLM afin de « lutter contre les incivilités ». En décembre dernier, quatre de ses véhicules ont été détruits dans un incendie criminel. L’enquête a été confiée à la division criminalité organisée du service interdépartemental de la police judiciaire de Montpellier.
Juridiquement, le GSRI relève du régime des activités privées de sécurité. Il ne dispose d’aucune prérogative de police judiciaire et ne repose sur aucun décret spécifique lui conférant une compétence régalienne.
Pour Jean-Louis Roumégas : « La sécurité est une mission publique, exercée dans le cadre de la loi et sous contrôle démocratique. Elle ne se privatise pas. » Il estime que la ville entretient une confusion entre police nationale, police municipale et sécurité privée, au risque de fragiliser l’État de droit.
Transparence sur les contrats et les consignes
« Cette situation révèle une confusion entretenue par la municipalité », explique Jean-Louis Roumégas, candidat écologiste aux municipales. Il demande « la dissolution du dispositif », l’arrêt des patrouilles au contact direct des habitants et la transparence sur les contrats et consignes. Selon lui, la sécurité est une mission publique qui ne peut être externalisée dans des conditions juridiquement fragiles.
Isabelle Perrein souligne de son côté les “questions majeures” soulevées par la vidéo : fondement légal de la contrainte physique, justification du port de cagoules, réalité d’un délit flagrant. Elle met en garde contre le risque d’“accident juridique” et interroge la responsabilité politique en cas de dérapage. La candidate rappelle que le GSRI ne dispose d’aucune prérogative de police judiciaire et relève du régime des activités privées de sécurité. Les agents n’ont pas de pouvoir autonome d’interpellation. L’éventuel recours à l’article 73 du code de procédure pénale suppose une flagrance caractérisée et une stricte proportionnalité.
Cette dérive pose désormais une question embarrassante en pleine campagne électorale : la municipalité de Michaël Delafosse a-t-elle défini un cadre suffisamment clair et contrôlé pour un dispositif privé intervenant au cœur de l’espace résidentiel ?
