Le vendredi, Carole Delga promène Raphaël Glucksmann et lui ouvre les portes des mairies de ses affidés , précisément celle de Frontignan le 15 mai dernier. Le mardi, elle pose avec son « cher Fabien » Roussel au siège du PCF à Paris, une autre fois, avec Gabriel Attal… Que cherche donc l’ancienne directrice de campagne de Manuel Valls et ambitieuse présidente du conseil régional d’Occitanie ?
Poser la question est déjà y répondre. Ce que cherche Carole Delga, c’est nourrir la stratégie entamée de longue date de maintenir la fiction d’une gauche débarrassée de sa colonne radicale, en bricolant un bloc consensuel qui s’affiche à gauche pour mener une politique de droite, à l’exemple de ce qu’a fait Hollande de 2012 à 2017.
Aspiration à un destin national
C’est d’ailleurs à cela que servent ses « Rencontres de la gauche » organisées tous les ans depuis 2021 à Bram. L’ironie de cette ambition à réanimer une sociale-démocratie à la peine est que si son ennemi à elle, c’est LFI, elle a repris pour identifier son mouvement le titre du programme de Jean-Luc Mélenchon depuis 2017, « l‘avenir en commun » en remplaçant « avenir » par « République » car , comme chacun l’a compris, la République, c’est son rayon, et même son sésame. Elle a bien fait car sorti de ce crédo républicain qui n’engage à rien, on peine effectivement à distinguer une vision d’avenir.
Ce qu’elle cherche aussi et surtout dans le marasme politique ambiant, grâce à la visibilité (et les moyens) que lui donne sa fonction, c’est à se donner une stature nationale : si possible présidentielle ou à défaut, les candidatures à la présidentielle pullulant dans son propre camp, une stature ministérielle. Pour l’heure, son choix se porterait sur la figure de Raphaël Glucksmann qu’elle décrit sur Radio J comme « un homme de gauche, honnête et sincère » avec lequel elle s’est même aventurée à aller « sur le terrain » pour « rencontrer des personnes qui avaient des difficultés de fin de mois« . Et puis elle n’oublie pas que pour conserver la présidence de la région, il lui faut conforter coûte que coûte ses alliances. Elle ne lésinera pas pour se les assurer dans un spectre le plus large possible, quitte à faire de beaux grands écarts.
Au PCF, un responsable aux élections très anti-LFI
À la manœuvre de la visite de Carole Delga, place du Colonel Fabien : Pierre Lacaze, au moins aussi viscéralement anti-LFI que sa patronne. Vice-président du conseil régional d’Occitanie chargé des solidarités, égalités, services publics, vie associative et logement social, il est aussi responsable national aux élections du PCF et à ce titre, il aime à se faire mousser. Il n’avait pas hésité par exemple à attribuer à son parti une tête de liste à Sète, en la personne de Laura Seguin, alors que celle-ci n’est non seulement pas membre du PCF, mais qu’elle a été de surcroît traitée d’insoumise pendant toute la campagne par ses adversaires locaux.
Sauver ses mandats
Dans sa page Facebook, Pierre Lacaze se paye même le luxe de haranguer directement Jean-Luc Mélenchon pour repousser son invitation à une union entre communistes, écologistes, anticapitalistes et insoumis autour d’un programme. « Pas d’oukases, pas de pressions, pas de menaces, pas de tentatives de débauchage ou d’achat de soutien », prévient-il, comme si la proposition faite par la France Insoumise relevait de ces méthodes. « Nous ne sommes sous la tutelle de personne » affirme-t-il, lui qui reçoit plus de 3 000 euros par mois de la région Occitanie en tant que vice-président ( tout comme l’autre vice-président communiste Jean-Luc Gibelin et, un peu moins, les 13 autres conseillers régionaux PCF). On ne sait si Pierre Lacaze range ces postes obtenus sur la liste de Madame Delga dans la catégorie des « achats de soutien », mais on peut constater qu’il est un des plus ardents défenseurs de sa politique, réalisation de la ligne LNMP comprise.
Quand la lutte des places remplace la lutte des classes, et que celles-ci sont dépendantes du bon vouloir des baronnies socialistes, difficile quand même de revendiquer sa pleine et entière autonomie.
