Je me demande finalement si Fabien Roussel n’est pas plus crédible lorsqu’il partage ses recettes en direct de son camping sur les réseaux, quand il caresse un hérisson dans son jardin ou pêche le sandre avec succès sur la Scarpe. J’aime bien aussi sa vidéo avec Patrick Sébastien, sa séance photo “pause tendresse” dans Paris Match, enlacé avec madame : un sommet de glamour populaire. Sans oublier l’épisode Cochonou sur le Tour de France. Là au moins, chacun est dans son rôle.
On n’y croit pas beaucoup , pas du tout, en vérité, tout cela relevant surtout du spectacle, parfois un peu surjoué. Mais au moins, ça distrait. Ça fait parler, comme on dit. Et puis il y eut, cerise sur le gâteau, la magnifique séquence d’Intervilles où il réussit l’exploit de faire perdre son équipe. Une constance mérite toujours d’être saluée.
Du coup, l’homme est populaire. Les sondages le disent, la presse l’apprécie, souvent invité : Fabien Roussel est l’homme de gauche préféré de la droite (vous pouvez le vérifier aisément dans tous les sondages). Ce qui, il faut le reconnaître, est déjà une forme de performance politique.
Parfois cependant, quand il revient à la politique, le spectacle devient moins drôle. Ses propos convenus sur Cazeneuve, sa vidéo avec Glucksmann le soir des dernières législatives, vidéo que les deux intéressés ont d’ailleurs rapidement supprimée de leurs comptes X. Allez savoir pourquoi.
Et puis il y a ces moments où il confond définitivement politique et numéro de scène. Cela donne une plaisanterie salace et grossière à l’encontre de Marine Tondelier, suivie d’excuses expédiées à la va-vite. Trop tard, évidemment.
Cette fois-ci, il prépare déjà le coup d’après-congrès. En invitant le 19 mai Carole Delga au siège du PCF, quelques semaines avant le congrès de son parti, Fabien Roussel adresse surtout un bras d’honneur aux communistes qui souhaitent que le PCF cesse de s’aligner en permanence sur le PS, et plus particulièrement sur son aile droite. Carole Delga, dont chacun sait qu’elle est parfaitement “Macron-compatible”.
Rappelons, pour ceux qui auraient la mémoire sélective, qu’elle avait fait campagne contre la gauche rassemblée à Toulouse au second tour des municipales [et qu’en 2022, elle a fait présenter partout en Occitanie des candidatures dissidentes face à celles de la NUPES (Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale) dont son parti, le parti socialiste, était pourtant membre]
Voilà pourquoi, sincèrement, je le préfère comme animateur de “Top Chef au camping” que comme secrétaire national du PCF. D’autant que son bilan électoral est difficile à confondre avec une renaissance historique : trois fois 2 % ( Européennes et présidentielle) , 30 % des communes de plus de 1 500 habitants perdues aux dernières municipales, plus aucun député européen, un groupe parlementaire rabougri… et lui-même battu sèchement dans une circonscription pourtant communiste depuis des décennies.
« Communism is back », proclamait-il. La droite rigole beaucoup et du coup, elle l’adore.
