[EDITO] À lire certaines analyses, la présidence de Sète Agglopôle Méditerranée relèverait presque d’une formalité. Un seul candidat PS, Loïc Linarès, un accord avec le maire de Sète Hervé Marquès, et un partage des vice-présidences destiné à préserver les équilibres acquis il y a un an. Bref ! Une mécanique bien huilée, sans surprise ni véritable enjeu politique apparent.
Mais à force de décrire la stabilité, voire les accords d’avant second tour des municipales, pour garantir le vote Linarès, le parfum d’une autre partition, incarnée par le numéro 5 Félix Caron, appartient-il à un multivers ou est-il possible ? Poser la question, c’est déjà fissurer le scénario écrit d’avance depuis l’Hôtel de Région à Toulouse.
Cinquième sur la liste municipale d’Hervé Marquès, fléché conseiller communautaire, Félix Caron appartient à cette nouvelle génération d’élus pas encore marqués par des décennies de compromis. Son engagement au sein d’ALT LGV (Alerte LGV Thau) lui donne l’air d’avoir une capacité à structurer un rapport de force et à contester des orientations jugées imposées. Sa candidature, certes complètement hypothétique, mais tout à fait pensable, introduirait une rupture. Non pas seulement dans les équilibres de personnes, mais aussi dans les équilibres politiques, le jeune conseiller étant à présent inscrit dans une sensibilité à droite.
Alors, rappelons que le scrutin se fait à bulletin secret, qu’il nécessite la majorité absolue aux deux premiers tours, puis la majorité relative au troisième tour si nécessaire. Un jeune président capable de repousser loin de Thau le viaduc de Poussan, est-il possible ? Ou bien son engagement auprès d’une ministre d’Emmanuel Macron hypothèque d’emblée une telle ambition ou anéantit toute velléité d’indépendance ? Rétroactivement, c’est à se demander si ALT n’était pas qu’un simple tremplin pour travailler sa popularité ?
Son profil, marqué par un engagement associatif et une entrée récente dans l’arène électorale, pourrait incarner pour des élus sans boussole ni repère une autre manière de faire : moins contrainte par les équilibres hérités, plus attentive aux rapports de force territoriaux, et sans doute trop formé à la pratique du « en même temps. »
Reste à savoir si s’appliquera à Félix Caron, cette maxime de Corneille dans le Cid : « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années. » Et surtout s’il se présentait, il faudra savoir lire dans le dépouillement, si les conseillers communautaires ont voté, avec le petit doigt sur la couture, aux ordres des différents appareils politiques et des accords passés en sous-main. Dans tous les cas, resteront aux bords du chemin celles et ceux, ultraminoritaires, qui ont eu le courage d’annoncer la couleur de leurs engagements et de leur programme.

