Urbanisme à Montpellier : 50 ans d’amnésie collective

Alain Heyraud et Alain Berthet conférence de presse 50 ans d’amnésie collective - Photo - JPV PLURIELLE INFO
Alain Heyraud et Alain Berthet conférence de presse 50 ans d’amnésie collective - Photo - JPV PLURIELLE INFO

Jeudi 5 février 2026, au Club de la presse Occitanie, deux associations citoyennes ont livré une charge méthodique contre cinquante ans de politiques urbaines locales. Alain Heyraud, président d’Urbanisme et Citoyens, et Alain Berthet, porte-parole de Non au béton, ont déroulé un même constat, implacable : « la ville s’est faite sans et souvent contre, ceux qui l’habitent. »

Alain Heyraud pose le décor. À quelques semaines des municipales, il observe que « les candidats redécouvrent une fois tous les six ans la vertu de dialoguer avec la population ». Dans cette période particulière, son association veut éclairer des habitant·es « trop souvent éloignés de l’urbanisation de cette métropole et donc de leur qualité de vie ».

50 ans d’amnésie collective

Le cœur de son propos s’incarne dans un livre blanc au titre percutant de : 50 ans d’amnésie collective. Un clin d’œil assumé à 1977, lorsque Georges Frêche, alors nouveau maire, affirmait déjà qu’« il fallait associer les habitants à la résolution des problèmes de la ville ». Cinquante ans plus tard, le verdict est sévère : « la plupart des bonnes résolutions de l’époque n’ont pas été suivies des faits, ni par lui, ni par ses héritiers autoproclamés ».

Alain Heyraud démonte méthodiquement le récit de l’expansion urbaine. La métropole « n’est pas condamnée à grandir démesurément », rappelle-t-il chiffres à l’appui, loin des prophéties d’un Montpellier à un million d’habitants. Mais surtout, il pointe un déséquilibre toxique : « les promoteurs, aménageurs et multinationales ont leur rond de serviette permanent », là où les habitant·es sont exclus des décisions. Résultat : une qualité de vie « perçue comme dégradée depuis 1977 », une ville pensée pour « les touristes », mais de moins en moins pour ceux qui y vivent. « La conception même de la ville pose problème en fait. Cette notion aujourd’hui de ville attractive s’oppose à la notion de ville habitable. »

Michaël Delafosse, président illégitime ?

Sa critique devient politique lorsqu’il évoque la gouvernance métropolitaine. Un président élu avec l’équivalent de « 4,8 % des habitants de la métropole » concentre l’essentiel du pouvoir. « Les citoyens ne veulent plus d’un président de la métropole, par ailleurs maire de la ville centre, qui impose des décisions sur leur environnement immédiat »,et Alain Heyraud appelle à des référendums locaux et à une commission du débat public à l’échelle métropolitaine.

Alain Berthet prend le relais sur un autre terrain : celui du droit. Son intervention est une dissection à froid du PLUi-Climat voté en juillet 2025. Il parle d’« une parodie d’enquête publique », avec « 7 000 pages, 22 volumes, 73 fichiers » rendus inexploitables pour le public.

« Qu’est-ce qu’on cherche à cacher ? » Alain Berthet

Les élus eux-mêmes ont reçu des documents « tellement volumineux que certains n’ont pas pu les ouvrir », une façon de leur rendre plus difficile leur rôle d’opposant à quelques jours du conseil de métropole. Quant aux commissaires enquêteurs, ils ont dû travailler « dans un tel bordel » que leur avis en devient, selon lui, « insuffisamment motivé ».

À raison, son propos se durcit lorsqu’il évoque l’artificialisation des sols. La métropole, explique-t-il, a préféré une autre base de données que celle de l’État, pourtant seule conforme à la Loi Climat et résilience. « Qu’est-ce qu’on cherche à cacher ? », interroge-t-il. Sa réponse : « une artificialisation largement sous-estimée ».

Un terrain de jeu pour promoteurs

Face à ce sentiment de dépossession démocratique, Non au béton a choisi une arme inattendue : l’ironie. Le « trophée du pire bétonneur 2025 ». Un trophée qui permet aux habitant·es d’exprimer leur ras-le-bol autrement que par un vote tous les six ans. « Ce n’est pas une attaque personnelle, mais une vraie expérience de démocratie participative », insiste Alain Berthet.

Deux hommes indépendants, une même conclusion : il est temps de « penser la ville autrement ». Non plus comme un terrain de jeu pour promoteurs, mais comme un espace de vie construit avec celles et ceux qui l’habitent. À défaut, préviennent-ils, le béton continuera de couler, et la défiance démocratique avec lui. En publiant 50 ans d’amnésie collective, Urbanisme et Citoyens entend « prendre date » et interpeller l’ensemble des listes candidates. « Allons-nous repartir pour un mandat qui va continuer à ignorer, voire à mépriser la vie des habitants ? », interroge Alain Heyraud.

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