[EDITO] Il n’y avait pourtant aucun bouton rouge à presser. Adèle Haenel parle trois minutes dans La Grande Librairie du mercredi 9 septembre 2026. La séquence est diffusée. Personne ne coupe l’antenne. Puis viennent les protestations et les saisines de l’Arcom. France Télévisions retire alors le replay.
C’est ensuite que les explications deviennent intéressantes. Auditionnée par le député Aymeric Caron, le mardi 22 septembre 2026, dans le cadre de son rapport annuel relatif à l’audiovisuel public, Delphine Ernotte invoque la « maîtrise de l’antenne ». Augustin Trapenard aurait dû intervenir après la carte blanche. Pourquoi ? Selon le compte rendu publié par Caron, Christophe Tardieu finit notamment par pointer cette phrase d’Adèle Haenel : « la France est complice ». Autrement dit, le problème ne se résumerait même plus au mot « génocide », mais toucherait aussi à une accusation politique qui pointe l’action de la France.
Voilà qui mérite mieux que les fantasmes de complot, mais bien une liberté éditoriale. Car un service public n’a pas vocation à protéger le gouvernement des paroles qui le dérangent. Il doit contextualiser, contredire lorsque c’est nécessaire, vérifier les faits, éventuellement rectifier. Mais retirer après diffusion une parole parce qu’elle provoque des plaintes crée un précédent assez inquiétant : il suffit alors de protester suffisamment fort pour espérer faire disparaître ce que l’on ne veut plus voir ?
Delphine Ernotte a reconnu que France Télévisions n’avait « pas suffisamment expliqué » cette dépublication et saisi son comité d’éthique pour établir des règles plus claires. C’est tard, mais c’est heureux. Car le problème n’est pas de savoir si l’on partage les mots d’Adèle Haenel. Le service public sert précisément à ce qu’ils puissent être prononcés, discutés et contestés. Pas effacés.
⚠️ Affaire de la carte blanche d’Adèle Haenel censurée par France Télé en replay – SECONDE PARTIE DES ÉCHANGES.
Mardi dernier, dans le cadre de mon rapport annuel sur l’audiovisuel public, j’auditionnais la présidente de France Télévisions @DelphineErnotte. Elle était… pic.twitter.com/iCTrGPd9Si
— Aymeric Caron (@CaronAymericoff) September 25, 2026
