Trois militants écologistes à Montpellier, Nordine Maktoubi, M’barka Boualleg et Sophie Palumbo, ont donné une conférence de presse pour lancer une demande : rouvrir, immédiatement, un débat interne et une consultation des adhérents sur la stratégie municipale.
Alliances, sondages, départs, arrivées : pourquoi des militants réclament un débat d’urgence chez Les Écologistes ? Dans cette séquence, iels invoquent une accumulation d’éléments politiques récents : des arrivées (Serge Martin & co) et des départs (Julia Mignacca & co) qui rebattent les cartes, et une gouvernance dont iels contestent la méthode.
Une stratégie, sans les militants
Les trois intervenants racontent un enchaînement : en décembre, disent-iels, un premier sondage placerait leur camp à « 4 % », et iels assurent que ces résultats ont déclenché des discussions internes. Mais, début janvier, iels découvrent, un changement discutable : l’arrivée de Serge Martin au sein de l’équipe de Jean-Louis Roumégas, une arrivée décrite comme décidée « de manière unilatérale » et sans débat préalable. La raison donnée, selon Nordine Maktoubi, : « 4% écolos + 3% Martin, ça fait 7 ! »
Mais la ligne politique de Nordine Maktoubi, M’barka Boualleg et Sophie Palumbo s’appuie sur un vote antérieur : l’assemblée générale du 23 juin 2025 qui avait acté une feuille de route pour chercher un « rassemblement à gauche ». Ce 6 février 2026, encore colistier du Printemps montpelliérain, Nordine Maktoubi, reste sans ambiguïté : « moi ce que je souhaite, c’est que demain l’écologie montpelliéraine ne se retrouve pas aspirée par Julia Mignacca à La France insoumise, ni par Manu Reynaud chez les socialistes. » Ligne portée par Jean-Louis Roumégas, alors pourquoi cette agitation d’un débat et d’un vote interne ?
Départs, crispations, et chasse aux sorcières
Le départ de Julia Mignacca vers La France insoumise est présenté comme un tournant : il fragilise, disent-iels, la cohérence collective et justifie une discussion en profondeur. À cela s’ajoute une inquiétude plus diffuse : le sentiment de revivre les compromis « contre nature » déjà vus lors d’épisodes précédents. Et la question des alliances ne doit pas être traitée comme un simple choix tactique : cela devient un enjeu d’identité politique. La « ligne rouge », selon eux, est de ne pas basculer hors du champ de la gauche, et la présence de Serge Martin, au profil jugé atypique, alimente des interrogations chez les adhérents. C’est un peu la doctrine socialiste de la chasse aux sorcières de celles et ceux qui ont fait alliance en 2020 au second tour avec Mohed Altrad.
L’annulation qui met le feu aux poudres
Les militants expliquent qu’un vote interne, annoncé puis annulé, devait permettre de débattre de la stratégie. Ils décrivent des convocations tardives, des délais « rendant impossible la participation », et surtout une décision d’annulation prise dans des conditions contestées. M’barka Boualleg affirme avoir été écartée par texto d’une réunion du bureau exécutif régional (BER) au motif d’un conflit d’intérêts, comprendre que dans ce cas précis, elle est juge et partie sur la ville de Montpellier. Mais elle évoque un scénario d’égalité « quatre-quatre » si elle avait participé. Puis Sophie Palumbo est très direct : « on n’est pas là pour élire un chef qui va faire n’importe quoi, qui va décider au nom de tout le monde. » Elle rappelle que, statutairement, les adhérents votent une orientation et une stratégie, et non un « chef ». Et pour eux, « ajouter une crise démocratique à des départs déjà actés », Reynaud chez le PS, Mignacca chez LFI serait « une grave erreur. »
Leur objectif est d’obtenir un débat contradictoire et, idéalement, une consultation formelle des adhérents, au moment même où le calendrier électoral se resserre. Alors qui est l’incendiaire, qui allume une crise démocratique en ce début février ? En effet pour le 1er tour de scrutin, le dépôt des candidatures se fera du 09 février 2026 au jeudi 26 février à 18h00.
« Delafosse a peur du débat… Les magouilles, ça suffit » Coralie Mantion
Ils restent toujours possibles parmi les écologistes non exclu ou non suspendu d’y voir encore des fidèles de Manu Reynaud, l’adjoint parti très tôt en éclaireur de la campagne de Michaël Delafosse. De son côté, Nordine Maktoubi cherche à clarifier l’intention politique du trio : « quand le bateau tangue, on ne quitte pas le bateau. Nous ne sommes pas des déserteurs. » Certes, mais la « bordélisation » semble bien huilée. Et la « crise démocratique » mise en scène lors de la conférence de presse au Club de la presse Occitanie (dont la location, précisent les intéressés, a été réglée sur leurs fonds propres et n’entre donc pas, à ce stade, dans des frais de campagne) interroge. Relève-t-elle d’une alerte sincère ou d’un script politique bien orchestré ?
Dès lors, une question s’impose : Nordine Maktoubi est-il, ou non, un « assafiste » ? Comprendre un émissaire du socialiste Christian Assaf, grand scénariste de la vie politique à Montpellier et parfois au-delà. Sa réponse laisse naître incompréhension et sourire avant de répondre par la négative.
Pour Coralie Mantion il n’y a pas de place à l’ambiguïté. La crise actuelle n’a rien d’un débat démocratique empêché, mais tout d’une « offensive politique téléguidée ». « Tout ce qui se passe s’explique par une chose : c’est parce que Michaël Delafosse a peur du débat », et de préciser : « il veut tuer l’écologie politique à Montpellier », accusant le maire de refuser toute confrontation sur le fond, « l’incinérateur, la destruction de la ceinture verte, la qualité de vie des Montpelliérains ».
Coralie Mantion balaie aussi la demande de nouveau vote : « le vote a été fait il y a un an. Ceux qui demandent un vote aujourd’hui veulent maquiller leur envie de se rallier au parti socialiste ». Selon elle, il n’y a pas de zone grise : « ce n’est pas le clan Delafosse qui va décider de ce que vont faire les écologistes », pas plus que « le PS ». Puis comme un avertissement politique : « les Montpelliérains ont droit à un vrai débat, un débat à la hauteur des enjeux. Les magouilles, ça suffit ».