Doléancessup : après les violences et les interpellations, le gouvernement propose une plateforme aux lycéens

Violences lors de blocages de lycées septembre 2026 Alençon - Photo - Flux L'insoumission
Violences lors de blocages de lycées septembre 2026 Alençon - Photo - Flux L'insoumission

Après les blocages, des centaines d’interpellations et trois enquêtes confiées à l’IGPN après des blessures de lycéens, le gouvernement a trouvé la parade : ouvrir une plateforme internet pour leur demander ce qu’ils pensent. Toute ressemblance avec la crise des Gilets Jaunes n’est pas tout à fait fortuite.

Mercredi 30 septembre, Laurent Nuñez reconnaît une « extension du mouvement » lycéen, mais insiste surtout sur une « montée de la violence ». Selon le ministre de l’Intérieur, 356 établissements ont été touchés par des perturbations, 625 personnes interpellées ce mercredi et trois enquêtes de l’IGPN ont parallèlement été ouvertes après que des lycéens ont été blessés lors d’interventions policières.

Et maintenant ? On débat

Le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray annonce l’ouverture, dès lundi, d’une « plateforme de concertation » à laquelle « tous les lycéens pourront contribuer ». Ils pourront y déposer leurs demandes, leurs inquiétudes, leurs « angoisses », leurs incompréhensions et leurs revendications. Des réunions doivent également être organisées dans les académies et les établissements, avant un futur « événement de restitution nationale » censé apporter des « réponses structurées ».

Difficile de ne pas avoir un sentiment de déjà-vu

En janvier 2019, après deux mois de crise des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron lançait le grand débat national. Là aussi, une plateforme permettait aux Français de déposer leurs contributions, complétée par des réunions locales avant une grande restitution. Près de 850 000 contributions avaient déjà été déposées à la mi-février. L’Histoire a comme bégaiement : l’un des deux ministres chargés à l’époque de piloter ce grand débat s’appelait Sébastien Lecornu.

Sept ans plus tard, la méthode revient donc presque intacte : face à une contestation qui déborde, ouvrir un espace de parole pour tenter de ramener le calme. La concertation n’a évidemment rien de condamnable. Mais lorsqu’elle arrive après les affrontements, les interpellations et les saisines de l’IGPN, la chronologie pose un problème de compétence. Les lycéens demandaient à être entendus. Le gouvernement leur répond : connectez-vous lundi.

Le bilan est plus lourd que les seules enquêtes de l’IGPN

Un adolescent de 14 ans frappé puis atteint à bout portant à la mâchoire par un lance-grenades, un jeune hospitalisé à Tours avec des blessures compatibles avec un tir de LBD, des lycéens frappés devant Paul-Éluard à Saint-Denis sous les yeux de journalistes de l’AFP : derrière la bataille des chiffres, les témoignages et les images de violences policières contre des lycéens s’accumulent.

Le cas de Saint-Ouen-l’Aumône est documenté par une vidéo. L’adolescent de 14 ans reçoit plusieurs coups avant qu’un policier ne fasse usage à bout portant d’un lance-grenades Cougar. Le projectile le frappe à la mâchoire. Hospitalisé, le garçon perd de nombreuses dents. À Tours, un autre jeune a été hospitalisé mercredi pour des blessures à la tête. La procureure estime ses lésions « compatibles » avec un tir de LBD. Là encore, l’IGPN est saisie.

À Saint-Denis, ce ne sont plus seulement les élèves qui parlent. Devant le lycée Paul-Éluard, des journalistes de l’AFP ont constaté des policiers munis de boucliers porter à plusieurs reprises des coups à des lycéens. Une journaliste de l’agence a elle-même été frappée. Des élèves racontent avoir été gazés et dénoncent des coups lors d’interpellations. Des enseignants mettent eux aussi en cause les méthodes policières.

L’étonnant Laurent Nuñez

Impossible, pourtant, d’obtenir un bilan national précis des lycéens blessés par les forces de l’ordre. Le gouvernement annonce 119 élèves et personnels blessés depuis le début du mouvement, dont 34 personnels. En revanche, Laurent Nuñez sait annoncer très précisément 83 policiers et gendarmes blessés pour la seule journée de mercredi. Étonnant, non ? Une asymétrie douteuse : l’État compte ses policiers blessés, mais ne publie pas le même décompte pour les adolescents blessés lors de ses interventions. Et le maintien de l’ordre prend une ampleur exceptionnelle : plus d’un millier d’interpellations ont été annoncées en trois jours dans un mouvement essentiellement lycéen.

Après les boucliers, les gaz et les interpellations, place au formulaire en ligne : Doléancessup ?

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