Mardi 20 octobre, Gérald Darmanin réclame une justice « impitoyable », revendique ses instructions aux procureurs pour obtenir une réponse pénale « implacable », tout en accusant Jean-Luc Mélenchon de s’attaquer à l’indépendance des magistrats. Trois déclarations qui exposent les contradictions et les défaillance du garde des Sceaux sur la notion d’État de droit.
« J’ai demandé d’être impitoyable. » Mardi, sur CNews, Gérald Darmanin joue les gros bras en confirmant sur son compte X : « J’ai donné des instructions très claires aux procureurs de la République pour que la réponse pénale soit implacable face aux casseurs et aux pilleurs. »
J’ai donné des instructions très claires aux procureurs de la République pour que la réponse pénale soit implacable face aux casseurs et aux pilleurs.
Ce matin, 123 personnes sont incarcérées, en détention provisoire ou condamnées avec mandat de dépôt, et plus de 700 personnes sont ou vont être déférées. Merci aux magistrats, aux greffiers et aux agents du ministère mobilisés.
— Gérald DARMANIN (@GDarmanin) October 20, 2026
Et toujours sur X, le ministre dénonce ensuite les propos de Jean-Luc Mélenchon réagissant aux réquisitions présentées le 19 octobre contre la députée européenne Rima Hassan. Le parquet de Paris réclame en effet dix mois de prison avec sursis et deux ans inéligibilité pour un tweet dont elle n’était pas l’autrice, qu’elle a simplement relayé puis vite retiré. Un réquisitoire qui réclame une sanction extrêmement lourde, incontestablement disproportionnée pour cette parlementaire, défenseuse du droit international.
Rappelons au passage que Rima Hassan a déjà subi 16 procédures judiciaires (dont 13 classées sans suite) et 6 encore en cours et qu’elle reçoit quotidiennement des tombereaux d’insultes racistes, misogynes et de menaces de mort sans que les représentants de l’État de droit ne s’en émeuvent. Jean-Luc Mélenchon a eu l’outrecuidance de présenter cette position du Parquet comme relevant d’une justice influencée par des intérêts politiques. Pour le garde des Sceaux, ce constat constitue : « Une preuve supplémentaire que M. Mélenchon et LFI ont un grave problème avec l’État de droit. S’attaquer à l’indépendance et à l’intégrité des magistrats est extrêmement préoccupant. Inadmissible. »
Summum de l’hypocrisie et de la mauvaise foi : Le ministre de la justice qui donne ses directives aux parquets oublie en outre de préciser que cette procédure pour « apologie du terrorisme » sur un simple tweet, fait suite à un signalement de son collègue ministre de l’Intérieur Laurent Nunez. Indépendante la justice ? Peut-être, mais directement saisie par l’exécutif !
Des instructions légales, une pression politique
L’article 30 du code de procédure pénale autorise le ministre à adresser des instructions générales aux procureurs. Depuis 2013, il lui interdit toute instruction dans une affaire individuelle. Darmanin connaît cette distinction. Mais en exigeant publiquement une justice « impitoyable » et « implacable », il ne se contente pas de rappeler les priorités de sa politique pénale. Il annonce le degré de sévérité qu’il attend des magistrats.
Or les procureurs doivent apprécier chaque dossier, les éléments de preuve et les circonstances des faits. Les juges restent seuls compétents pour prononcer les peines. L’article 132-1 du Code pénal impose leur individualisation. Une condamnation n’a pas à satisfaire une exigence ministérielle de fermeté. Elle doit être fondée sur les faits, le droit et la situation de la personne jugée.
L’indépendance judiciaire à géométrie variable, jeu de communication politique
Le ministre Darmanin revendique donc son autorité sur les parquets lorsqu’il réclame la sévérité (dont celui de Paris n’a pas manqué de faire preuve pour le tweet de Rima Hassan), puis invoque leur indépendance lorsque Jean-Luc Mélenchon constate et dénonce cette même sévérité.
Les parquets (les procureurs et leurs substituts) représentent l’Etat dans l’exercice de l’action publique à l’inverse des magistrats du siège (juges d’instruction, juges des libertés et de la détention, juges du tribunal correctionnel…) qui eux ont pour fonction de juger ou de prendre des décisions juridictionnelles en principe en toute indépendance. En donnant ses directives aux parquets, le ministre de la justice assume une pression politique sur l’institution judiciaire, au moment où celle-ci doit examiner les violences et dégradations commises lors des manifestations.
Le message politique du lepéno-macroniste Gérald Darmanin (celui qui trouvait Marine Le Pen « pas assez dure ») est que toute opposition, tout acte de résistance ou de révolte sera criminalisé et durement puni, avec un paramètre social toujours actuel si bien résumé en 1678 par Jean de La Fontaine: « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » C’est sûr que les malheureux condamnés en comparution immédiate à plusieurs mois de prison pour port de lunettes de piscine ou vol de chaussures ne bénéficieront pas des mêmes moyens de se défendre ni des mêmes aménagements de peine que les ami•es du ministre qui a nommé Rachida Dati magistrate quelques jours à peine avant l’ouverture de son procès.
