La députée européenne d’origine palestinienne Rima Hassan est, on le sait, en but à un harcèlement judiciaire jamais égalé et à des menaces et insultes incessantes sur les réseaux sociaux. Le ministre de l’intérieur lui même n’avait pas hésité à diffuser la fake-news de détention de drogue pendant sa garde à vue en avril dernier. Le gouvernement demande aujourd’hui « des sanctions exemplaires » contre elle pour avoir contesté la présence du drapeau israélien dans l’enceinte du parlement européen. Victime d’une énième manipulation (voir encadré) et d’une énième menace de mort suite à cet épisode, elle vient de donner la plus belle des leçons humanistes que tout son parcours donne à méditer.
Début Octobre, un franco israélien muni d’un fusil à pompes la menace sur une vidéo partagée sur les réseaux.
Aucune réaction de la part de la Justice ni du gouvernement. Pas le moindre coup de fil, ni signalement au procureur, ni évidemment d’expression d’indignation ou de soutien. On imagine si un franco-palestinien, visiblement adepte du Hamas, se filmait, sans même flouter son visage, avec une arme de guerre qu’il pointe vers la caméra en promettant à Caroline Yadan et Yaël Braun-Pivet une mort par balle, puis la diffuse sur les réseaux sociaux, les réactions indignées à l’Assemblée Nationale et les gros titres dans les médias. Là, rien de tout cela n’est advenu.
Aucune réaction politique ni médiatique sur ces menaces. Si une personne prétendant défendre la cause palestinienne armée d’un fusil s’était adressée de cette façon à un élu en raison de ses positions en faveur d’israël, elle serait déjà poursuivie et arrêtée.
— Rima Hassan (@RimaHas) October 8, 2026
Face à ce silence qui vaut approbation et lasse des plaintes toujours restées sans suite, Rima HASSAN a opté pour une singulière démarche. : Parler directement avec celui qui la menace ainsi publiquement. Elle est parvenue à retrouver le dénommé « Adrien » , ce jeune homme qui menace de l’exécuter à coups de fusils à pompe. Un garçon bien réel avec son drapeau israélien sur l’épaule et qui n’est hélas pas une création de l’IA comme beaucoup l’ont prétendu.
Voici le récit que la députée insoumise donne de cet échange : « J’ai longuement échangé avec Adrien. Je suis convaincue qu’on ne pourra pas lutter contre les idées d’extrême droite et leur propagation sans ces moments de confrontation directe , qui passent aussi par des échanges « humains » , au-delà du virtuel , des postures et des représentations sur les réseaux sociaux .
Durant cet appel , j’ai eu au bout du fil un père de famille , un mari , un homme avec ses sensibilités et ses contradictions . Un homme qui regrettait sa vidéo , qui semblait profondément troublé de me sentir à l’écoute malgré son geste et ses positions .
Il m’a aussi confié avoir de moi une image extrêmement éloignée de ce que notre échange lui révélait , et regretté de m’avoir enfermée dans les caricatures que peuvent relayer les sphères politique et médiatique .
J’ai beaucoup de peine de voir autant de personnes se perdre dans des mécanismes de manipulation de l’opinion . Cela ne signifie évidemment pas les déresponsabiliser : chacun conserve une responsabilité individuelle et des marges de manœuvre pour questionner ses engagements , ce qu’il partage et ce qu’il choisit de croire . Mais je crois profondément à la nécessité de recréer des espaces où l’on puisse se parler autrement .
Parfois , une conversation suffit à faire apparaître ce que la confrontation virtuelle nous empêche de voir .
J’ai raccroché avec le sentiment d’avoir , peut-être , semé une graine de sensibilité sur la Palestine et ouvert une réflexion sur la ligne portée par une gauche de rupture , qui se bat pour les droits du plus grand nombre .
Et c’est aussi ça faire de la politique : ne jamais renoncer à convaincre. »
Loin de la caricature qui est donnée d’elle, Rima Hassan s’impose comme une figure politique courageuse et inspirante. Elle délivre une invitation à se parler, même avec les citoyen·ns dont le cerveau conditionné par le martelage mensonger et toujours unilatéral de l’opinion semble perdu à la raison. Un message d’espoir en somme.
En savoir plus
La députée insoumise Rima Hassan a publié un communiqué pour expliquer ce qui s’est réellement passé le lundi 5 octobre au Parlement européen, incident auquel se réfère le franco-israélien qui la menace de mort et qui a donné lieu à de nombreuses déformations depuis :
« Beaucoup de choses ont été dites depuis hier soir et de nombreuses réactions se suivent et se ressemblent. Je tiens à rétablir les faits :
1- Lundi, contrairement à ce qui est rapporté, un événement non officiel était organisé avec la représentation diplomatique de l’État d’Israël et l’AJC (American Jewish Committee), épinglée pour sa promotion de la colonisation via des voyages de députés européens dans les territoires occupés.
2- Y étaient exposés des colliers à la carte d’Israël englobant Gaza et les territoires occupés, au mépris de la position diplomatique historique de l’Union européenne sur ce sujet.
3- Lors d’un échange, l’artiste invité, Yaron Bob, est allé plus loin en niant l’existence même de la Palestine et des Palestiniens. Je cite : « La Palestine n’existe pas. C’est une chimère, comme les licornes », puis « il n’y a pas de réfugiés palestiniens, ni de Palestiniens ».
4- En repartant, j’ai retiré le drapeau israélien de son support. Le drapeau de l’Union européenne, fixé sur le même pied, est tombé sous l’effet du déséquilibre. Aucun drapeau n’a été piétiné ni détérioré ni jeté.
5- Mon geste s’inscrit dans la dénonciation du génocide en cours, des violations du droit international et de ce deux poids, deux mesures incessants et insoutenables : jamais un drapeau Russe ne serait admis dans l’enceinte de l’institution. L’Etat d’Israël qui est partenaire de cet événement à travers son ambassade, bénéficie toujours d’une impunité totale.
6- Mon groupe The Left et moi-même avons toujours pris part aux commémorations officielles organisées par le Parlement européen dans l’hémicycle sur le sujet. Ce geste ne visait en aucun cas les personnes commémorées ni leur mémoire.
7- J’ai écrit à la Présidente du Parlement pour lui exposer les faits et lui demande de donner suite aux sollicitations des journalistes pour rendre publiques les vidéos afin de ne pas laisser l’opacité entretenir les fakes news.«
