Ce ne sont pas les huîtres qui sont responsables du norovirus, c’est la pollution

Station d'épuration à Sète -Photo - SAM
Station d'épuration à Sète -Photo - SAM

La troisième crise sanitaire majeure en quatre ans risque bien de porter un coup fatal à toute la filière conchylicole de l’étang de Thau. La profession qui a déjà vu ses effectifs chuter de 25% en 6 ans oscille entre colère et désespoir.

Une cinquante d’ostréiculteurs apparemment menés par un candidat du RN s’en est pris lundi dernier aux locaux du Midi Libre, accusé de contribuer au discrédit porté sur leur profession. Plus calmement, les acteurs du secteur ont rencontré sous la houlette Chantal Mauchet, Préfète de l’Hérault, les représentants des services de l’État et autorités régionale, départementale et d’agglomération pour apporter des réponses d’urgence.

Chaîne de responsabilité menant à une mise en danger de la vie d’autrui

Avant même la prise de l’arrêté préfectoral le 30 décembre, « suspendant la récolte et la commercialisation des huîtres, moules et palourdes du Bassin de Thau« , le Comité des usagers du cycle de l’Eau du bassin de Thau avait envoyé le 27 décembre une lettre ouverte à toutes les autorités et élu·es du territoire pour demander l’ouverture d’enquêtes sur les pollutions récurrentes de l’étang de Thau.

D’après son président Henri Loison qui s’est exprimé publiquement le samedi 3 janvier lors de l’agora de Bancs Publics à Sète, seul·es avaient répondu à cette date les conseiller·es communautaires et têtes de liste Laura Seguin à Sète et Yohann Grosso à Marseillan, ainsi que le député de la 8ème circonscription Sylvain Carrière. Ce dernier s’est engagé à « faire le nécessaire pour que toute la lumière soit faite et pour que cessent ces contaminations à répétition ».

Dans cette même agora, Stéphane Moreno, pêcheur-ostréiculteur fondateur de l’association Coeur de Thau a exprimé l’état d’esprit des ostréiculteurs contraints comme lui de cesser leurs activités et l’injustice ressentie : « ce ne sont pas les huîtres la cause des infections, c’est la pollution. L’huître a bon dos et c’est nous qui sommes considérés comme les responsables. C’est un miroir inversé, comme l’est tout le système». Il dénonce l’inaction des pouvoirs publics, et parmi eux des services de l’État, tandis qu’Henri Loison se fait plus direct encore : « cette inaction relève du pénal, car il y a atteinte à l’environnement et mise en danger de la vie d’autrui ». Pour lui, le coupable est la communauté d’agglomération Sète Agglopôle Méditerrannée ( SAM) qui a délégué sa compétence Assainissement à Thau Maritima/ Suez France.

Après le témoignage, ce samedi, de familles entières qui ont été gravement malades, se pose la question du temps nécessaire pour constater l’existence d’une TIAC (Toxi-infection alimentaire Collective) et suspendre la vente, tout ce process des autorités sanitaires pendant lequel la contamination se répand. Pourquoi attendre que les gens soient malades pour lancer l’alerte ? Comment les responsables des réseaux chez Thau Maritima peuvent-ils ignorer les débordements qui sont plus que visibles et prévisibles ?

Beaucoup de monde en préfecture pour peu de moyens

La réunion tenue ce mardi 6 janvier en préfecture de l’Hérault n’a aucunement éclairé la chaîne de responsabilités au sein du groupe Suez ou le manque de réactivité de la SAM face à la répétition de ces pollutions, la préfecture attribuant la crise sanitaire « aux deux événements pluvieux des 15-16 et 22-23-24 décembre avec des surplus d’eau non absorbés dans le réseau unitaire qui se serait déversés dans le bassin, dans un contexte de norovirus infectieux présent dans les eaux usées » [communiqué de la Préfecture du 6 janvier]. Pour aller au-delà de la simple explication de la pluie trop abondante, le Comité régional conchylicole Méditerranée (CRCM) a porté plainte contre X pour contamination et tout le monde espère à présent des enquêtes sérieuses.

La réunion préfectorale s’est principalement concentrée sur un recensement des aides existantes, qui restent à ce stade exclusivement indirectes. Elles prennent surtout la forme d’exonérations ou de reports de paiement de diverses taxes et cotisations. La plus lourde concerne la redevance perçue par l’agglomération pour le traitement des déchets conchylicoles. D’autres allégements relèvent du département ou de l’état, selon le statut des ports, auxquels s’ajoutent des possibilités d’étalement des dettes fiscales et sociales, voire, dans certains cas, l’ouverture de droits aux indemnités chômage.

En revanche, aucune indemnisation directe n’a été annoncée, contrairement à ce qui existe pour le monde agricole lors de crises sanitaires. Un point d’autant plus sensible que les cotisations d’assurance sont jugées trop élevées par de nombreux petits producteurs, qui y renoncent faute de moyens.

Les pouvoirs publics évoquent également un financement croisé d’une campagne de communication destinée à redorer l’image des coquillages.  Peut-on raisonnablement attendre de simples messages promotionnels qu’ils suffisent à rassurer des consommateurs ayant subi de sévères intoxications alimentaires et à les inciter à revenir vers ces produits ?

Station d’épuration high-tech : « comme un cerveau sur un corps malade »

Pour Manuel Liberti, membre du Comité Régional des pêches, solidaire des ostréiculteurs, il n’y a pas de mystère « Au-delà de 20 millimètres de pluie qui tombent en 15 minutes, on sait qu’il y aura un impact des systèmes sur la lagune, par un débordement des réseaux ». Qu’est-ce qui a créé cette situation ? Manuel Liberti le rappelle : La sortie du territoire en 2010 du Schéma de Mise en Valeur de la Mer a accéléré une dégradation environnementale à tel point que l’état a retoqué son SCoT. (schéma de cohérence territorial). « Avec le déclassement de l’Étang, on a obligé les ostréiculteurs en 2004 à s’équiper de bassins de purification, mais cela n’a pas suffi à faire face à l’artificialisation massive des sols du fait de l’urbanisation et à la surcharge des réseaux ». Dans l’urgence, iI faudrait prendre des mesures préventives à la veille des périodes de fêtes avec des bassins de mise à l’abri.

Et puis, remarquent tous les acteurs, l’ancienne station d’épuration de Sète a été remplacée en septembre 2022 par une nouvelle station d’épuration high-tech à 64 millions d’Euros dans la zone des Eaux Blanches qui devait tout régler. Sur son site, Suez se vante d’une usine de technologie de pointe dotée « d’un bassin d’orage pour stocker les volumes d’eau excédentaires lors d’épisodes pluvieux, et d’un fonctionnement différencié qui s’adapte en cas de pluviométrie élevée« . Qu’à cela ne tienne, les crises ont redoublé dès décembre 2022. Elles sont provoquées par des débordements sur les postes de refoulement défaillants à Sète et à Bouziques pour ce dernier incident de décembre 2025.

Stéphane Moreno souligne que ces postes de refoulements, dépourvus de groupe électrogène, sont, tout comme la station d’épuration d’ailleurs – à la merci de la moindre coupure d’électricité. Concernant cette station high-tech des Eaux Blanches inaugurée en grande pompe en juin dernier avec tout le gratin régional, Stéphane Moreno n’hésite pas à la considérer « comme un cerveau sur un corps malade» compte tenu de l’état des réseaux. Et Henri Loison précise que cette station récupère les vapeurs produites par l’usine de valorisation énergétique voisine (UVE) afin de produire du biométhane par la valorisation des boues issues du traitement des eaux usées :  un « cercle vertueux » pour Suez mais qui n’est pas sans danger pour la zone.

De son côté, Manuel Liberti ne cache pas son inquiétude concernant le projet de réorienter sur le canal de la Peyrade un partie des actuels rejets en mer. Il reste néanmoins confiant dans la capacité des collectivités du bassin de Thau, et notamment son syndicat mixte, à réparer tout ce qui doit l’être. Si, comme le souligne Stéphane Moreno, « les réseaux, ça coûte cher, mais ça ne se voit pas. Les élus préfèrent investir dans ce qui se voient, ce qui les valorise, là où il y a leur nom en gros »… on peut espérer qu’une nouvelle majorité plus solide et plus attachée aux biens communs et aux enjeux écologiques du territoire puisse s’affirmer en mars 2026.

 

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