Les médias semblent souffrir d’un désintérêt profond pour l’école publique, au point d’ignorer les raisons qui poussent les lycéens à bloquer leurs établissements et les enseignants à se mettre en grève. Certain·es, syndicalistes, député·e insoumis·es, chercheur·euses, se sont attachés à dresser le tableau de la situation réelle sur laquelle les médias ne prennent surtout pas la peine de s’arrêter. Un diagnostic factuel et chiffré, partagé sur les réseaux par celles et ceux qui ne se résignent pas à ce que l’éducation, comme la santé, soient les grands sacrifiés des deux mandats macronistes.
Beaucoup de commentateurs outragés s’arrêtent sur les feux de poubelles, méprisent les manifestant·es et enjoignent les lycéens à reprendre sagement leurs cours pour étudier. Mais précisément, c’est pour pouvoir étudier que ces jeunes se révoltent. La répression policière qu’ielles subissent ne fera qu’aggraver leur colère.
Moins 10 000 postes d’enseignants
Ielles veulent des professeurs. Le gouvernement a supprimé 4 000 postes d’enseignants à la rentrée 2026. À cette même rentrée, il manquait au moins un professeur dans 53 % des collèges et lycées publics. À la rentrée 2025, les classes comptaient en moyenne 30,2 élèves en lycée général et technologique, alors qu’elles étaient de 27,7 élèves par classe en 2010. Et cela alors que la démographie est en baisse. La France est le pays avec les classes les plus chargées sur 25 pays de l’UE, membres ou en cours d’adhésion à l’OCDE. Macron a supprimé depuis 2017 environ 10 000 postes d’enseignants.
Indigence de l’accompagnement
Il y a 7 800 infirmières (-28 % en 10 ans) pour 12 millions d’élèves, soit une infirmière pour 1 543 élèves ; il en faudrait 23 000. La moitié des collèges et des lycées de Seine-Saint-Denis n’ont pas d’infirmier scolaire.
Il y a un·e psychologue pour 1 000 élèves en collège et lycée. Un collège ou lycée sur trois manquait d’au moins un·e assistant·e d’éducation (AED). Il n’y a pas de grille salariale nationale qui permette une revalorisation des AED. Le temps de travail des assistants d’éducation peut donc aller jusqu’à 42 heures par semaine.
Rythmes inadaptés et locaux dégradés
99 % des collégiens et lycéens disent être épuisés en fin de journée de cours. 87 % d’entre eux jugent leur emploi du temps « chargé ou surchargé ». 22 % n’ont qu’une demi-heure pour déjeuner. Les lycéens étudient dans des établissements insalubres. 2/3 des personnels de l’Éducation nationale estiment que leur établissement n’est pas en bon état. 20 % du parc scolaire est vétuste. De la moisissure est relevée dans 18 % des lycées.
La moitié des établissements subissent des infiltrations et de l’humidité. 43 % des établissements ont des défauts d’aération (ouvrants défectueux, absence de ventilation…). 70 % des établissements scolaires sont amiantés. 90 % des collèges et lycées français sont des passoires thermiques. Dans 63 % des établissements, les températures ont dépassé les 30 °C et 55 % des collèges ont déjà connu des températures inférieures à 18 °C dans leurs classes.
Malgré cet état des lieux peu reluisant, pour ne pas dire catastrophique dans certains établissements, le gouvernement Lecornu s’apprête à présenter une suppression de 250 millions d’euros supplémentaires au budget de l’Éducation nationale dans le prochain budget.
