Après le passage vendredi de Raphaël Glucksmann à Montpellier, où le candidat est venu donner de la voix au Gazette Café aux côtés de Michaël Delafosse, Ségolène Royal attaque là où son concurrent est sans doute le plus vulnérable : son expérience du pouvoir. Car en politique, s’égosiller pour tenter d’électriser une salle et masquer le vide politique, cela ne suffit pas à donner de la consistance à un projet.
Ségolène Royal vient de poser une question que la primaire sociale-démocrate ne pourra plus vraiment esquiver : l’expérience politique compte-t-elle encore pour prétendre diriger la France ?
Dans un entretien à Libération publié dimanche 20 septembre, l’ancienne candidate socialiste à la présidentielle de 2007 s’en prend directement à Raphaël Glucksmann. Sa formule est conçue pour faire un peu, beaucoup voire très mal : « Vous ne mettez pas un stagiaire à la tête d’une entreprise. C’est dangereux. » Elle lui reproche de n’avoir jamais dirigé une collectivité locale ou une structure étatique et oppose à son parcours sa propre expérience ministérielle et territoriale.
L’attaque est d’autant plus probante après son passage à Montpellier. Vendredi, Glucksmann promettait de « réveiller l’enthousiasme » et martelait vouloir « un président de gauche, un gouvernement de gauche, pour transformer la vie des Français ». Il citait notamment la gratuité des transports, l’écologie ou la sécurité à Montpellier pour illustrer son propos. Le volume sonore et les formules d’un meeting font partie des règles de base. Mais plus un responsable politique s’égosille, plus il devient légitime d’écouter ce qu’il reste une fois le micro coupé : quelles mesures ? Quelle expérience ? Quelle capacité démontrée pour les appliquer ? C’est précisément sur ce terrain que Ségolène Royal vient le chercher.
[VIDEO] Raphaël Glucksmann à Montpellier ou la diagonale du vide :
Les interventions de Raphaël Glucksmann ressemblent enfin à ce qu’elles sont vraiment :
Un One Man Show. pic.twitter.com/OqDvcNnVnU
— Fr@nce F@non (@FrnceFnon1) September 18, 2026
Le procès est politique et Glucksmann peut évidemment lui répondre qu’un mandat européen constitue aussi une expérience institutionnelle : il siège au Parlement européen depuis 2019. À partir de 2009, Glucksmann devient conseiller du président géorgien Mikheïl Saakachvili. Il travaille notamment sur l’intégration européenne et à vendre l’image de la Géorgie à l’international. Une expérience de communication réelle et peut-être un peu politique, mais qui n’a rien à voir avec celle du suffrage universel et celle de la gestion quotidienne d’une collectivité.
Le passé géorgien raconté par Félix Marquardt
D’ailleurs ce passé géorgien intrigue dans le témoignage de Félix Marquardt, qui fréquentait Glucksmann à l’époque et reconnaît volontiers avoir alors partagé ses convictions. Il raconte un petit monde où diplomatie, communication, lobbying et soirées se mélangeaient allègrement. Marquardt décrit notamment les voyages organisés en Géorgie comme des opérations d’influence, avec rencontres au sommet, nuits très arrosées et passages réguliers dans des clubs de strip-tease. Il évoque également une anecdote autrement plus spectaculaire : Glucksmann aurait, lors d’une sortie en jet-ski en Géorgie, provoqué un accident dans lequel l’ambassadeur géorgien en France aurait eu la jambe cassée.
Le témoignage est d’autant plus intéressant que Félix Marquardt ne se présente pas comme un observateur extérieur venu régler ses comptes a posteriori. Il raconte avoir lui-même organisé ces réseaux et ces « dîners de l’Atlantique », fréquenté les mêmes cercles et recherché explicitement de l’influence. Il explique que ces rencontres réunissaient responsables politiques, diplomates, journalistes, grands patrons ou personnalités du spectacle, et reconnaît que les entreprises qui les finançaient faisaient ainsi du lobbying. Ce récit décrit d’abord le milieu dans lequel lui-même évoluait.
Mais c’est bien le témoignage de Felix Marquardt qui établit le lien avec la question soulevée aujourd’hui par Ségolène Royal. Devenu extrêmement critique envers son ancien compagnon de route, Marquardt estime que Glucksmann n’est pas un « homme fait » et lâche : « moi, il serait pas président de mon syndicat d’immeuble. » Une appréciation qui vient d’un homme ayant partagé une partie de ses années géorgiennes.
Le stagiaire Glucksmann
Tout cela peut éclairer le paradoxe que Ségolène Royal exploite : Glucksmann possède une expérience incontestable de certains réseaux internationaux et des coulisses du pouvoir, mais aucune expérience d’un exécutif local ou national. Derrière le « stagiaire » moqué par la candidate de 2007 apparaît un parcours plus chaotique et simplement très différent de celui qu’on associe traditionnellement à l’exercice direct du pouvoir.
Ségolène Royal pousse enfin l’offensive beaucoup plus loin en comparant cette trajectoire à celle d’Emmanuel Macron et à sa « méconnaissance du peuple et du pays profond », à laquelle elle attribue « brutalités », « mépris » et « déclin ».
C’est lancé, derrière le règlement de comptes se dessine la véritable bataille de cette primaire : Royal accuse Glucksmann de préparer une ouverture vers le centre et la droite pour faire barrage à LFI. Le débat ne porte donc plus seulement sur les personnes : quelle « gauche » cette primaire entend-elle finalement présenter aux électeur·trices ?
