L’opération « absolute resolve », lancée par Donald Trump contre le Venezuela sans aval du congrès et encore moins de l’ONU, marque une rupture brutale. Bombardements, rapt du chef de l’état et invocation du narcotrafic actent le retour assumé de la loi du plus fort.
Derrière le vernis sécuritaire ou l’alibi démocratique auquel personne ne peut croire, une prédation se dessine : celle des plus grandes réserves pétrolières du monde, applaudie par les extrêmes droites, l’internationale fasciste, et saluée par le silence puis les quelques mots gênés de Macron.
La domination du dollar
Depuis plusieurs années, le Venezuela occupe une place centrale dans une réalité qui dépasse largement ses frontières. Au-delà des accusations politiques et des affrontements diplomatiques, l’enjeu fondamental est économique et monétaire : il concerne le rôle du pétrole dans la domination du dollar et, plus largement, l’équilibre financier mondial.
Le Venezuela détient officiellement les plus importantes réserves de pétrole au monde, devant l’Arabie Saoudite, selon les données de l’OPEP et de l’EIA américaine. Cette richesse potentielle ne se traduit pas mécaniquement en puissance économique, en raison d’une production en forte baisse et de sanctions internationales. Mais elle confère au pays un poids stratégique important.
Pétrole et dollar, un lien historique : « pétrodollar »
Depuis les années 1970, le commerce mondial du pétrole est majoritairement libellé en dollars. Ce système, souvent qualifié de « pétrodollar », crée une demande structurelle pour la monnaie américaine. Pour acheter du pétrole, les états doivent disposer de dollars, ce qui soutient la devise, facilite l’endettement des États-Unis et renforce leur influence financière.
Ce mécanisme n’est pas idéologique, mais comptable : tant que le pétrole s’échange en dollars, la monnaie américaine reste au cœur du système mondial.
Dette et rapports de force, un instrument de puissance
Ces dernières années, le Venezuela a cherché à contourner ce cadre, en acceptant des règlements en euros, en yuans ou en roubles, et en se rapprochant de la chine et de la Russie. Caracas a également exprimé son intérêt pour les BRICS, un groupe de pays qui travaille à réduire sa dépendance au dollar et à développer des systèmes de paiement alternatifs à SWIFT.
Économiquement, l’enjeu est le suivant : si un grand pays pétrolier vend durablement hors dollar, il affaiblit la demande mondiale de cette monnaie. À lui seul, le Venezuela ne peut renverser le système, mais il peut contribuer à une dynamique plus large de dédollarisation déjà engagée par la Russie ou l’Iran.
La domination du dollar permet aux États-Unis de financer des déficits massifs à moindre coût. Remettre en cause ce privilège revient donc à toucher au cœur du modèle économique américain. C’est ici que l’économie rejoint la politique : le contrôle des ressources énergétiques et de leur monnaie d’échange devient un instrument de puissance.
Il est facile d’établir un parallèle avec des précédents historiques, comme l’Irak de Saddam Hussein ou la Libye de Mouammar Kadhafi, qui avaient envisagé des alternatives au dollar pour le commerce du pétrole. Bref ! La monnaie est un champ de bataille aussi stratégique que le territoire.
Lecture économique d’un conflit politique
Les faits économiques sont établis : le pétrole structure le système monétaire international, et toute tentative d’en sortir modifie les rapports de force. Le Venezuela cristallise ainsi une tension centrale du monde contemporain : un ordre financier hérité du xxe siècle face à des puissances émergentes qui cherchent à s’en affranchir. Derrière les discours sur la démocratie ou la sécurité face au narcotrafic, c’est bien cette équation pétrole → dollar → dette → puissance, qui donne toute la réalité de l’enjeu : contrôler le Venezuela.