Dans un contexte politique explosif, marqué par la menace de plusieurs motions de censure, le Premier ministre Sébastien Lecornu a joué une carte inattendue lors de sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale.
Il a annoncé la suspension de la réforme des retraites jusqu’à l’élection présidentielle de 2027, un geste d’apaisement destiné à éviter la chute de son gouvernement. Reste à savoir si le PS jouera son rôle annoncé de bon élève du gouvernement, de parti de gouvernement.
Lecornu répond à l’exigence des socialistes
Bref ! Voilà ce que promet Lecornu pour le moment : « aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028 ». Il répond ainsi à une exigence formulée par les socialistes. La mesure, qui gèle à la fois la question de l’âge légal et celle de la durée de cotisation, coûterait 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027, des chiffres à vérifier, car ils pourraient s’avérer aussi faux que ceux annoncé au moment du passage en force de cette réforme. Sébastien Lecornu a précisé qu’elle devra être compensée « par des économies ». Il sera intéressant de savoir lesquelles et à qui elles seront demandées.
Pour donner un cadre à cette pause, il a proposé l’organisation d’une conférence sur les retraites et le travail, en concertation avec les partenaires sociaux. Si cette conférence aboutit à un accord, celui-ci sera « transposé dans la loi » avant la présidentielle. Sinon, a-t-il ajouté, « il appartiendra aux candidats à l’élection présidentielle de faire leurs propositions ».
Cette annonce a provoqué une réaction immédiate dans l’hémicycle : plusieurs députés socialistes, dont François Hollande et Olivier Faure, ont applaudi. Tout le temps nécessaire leur est ainsi accordé pour préparer un candidat ou décider de marcher dans les pas de Raphaël Glucksmann. À droite, Laurent Wauquiez a salué la nécessité de compromis pour « éviter une énième élection par défaut », tout en dénonçant toute tentation d’augmenter les impôts.
Au-delà des retraites, Sébastien Lecornu a affiché une double ligne : rigueur budgétaire et stabilité politique. Il a promis de maintenir le déficit sous les 5 % du PIB dès 2026. Il a affirmé qu’il « ne sera pas le Premier ministre d’un dérapage des comptes publics ». Il a également renoncé à l’usage du 49.3, symbole d’un débat parlementaire ouvert : « le gouvernement proposera, vous débattrez, nous voterons. »
Éviter une crise institutionnelle
Sur le plan territorial, le chef du gouvernement a annoncé un nouvel « acte de décentralisation » d’ici décembre, pour « renforcer le pouvoir local » et clarifier les responsabilités entre État, préfets et élus. Il a enfin évoqué la Nouvelle-Calédonie, dont le futur statut constitutionnel pourrait être soumis à consultation au printemps 2026.
En cherchant à gagner du temps sur les retraites, Sébastien Lecornu espère aussi regagner un peu d’air politique. Une suspension plus qu’un revirement, qui vise avant tout à éviter une crise institutionnelle à quelques mois des Municipales de mars prochain et à moins de deux ans de la présidentielle.