[Club des lecteur·trices de Plurielle info] Voici un texte très personnel signé Janine Léger. Une lettre d’amour et de désamour adressée à Sète, écrite par une femme qui aura consacré une grande partie de sa vie à la ville et à ses habitant·es.
Arrivée à Sète en 1992 comme enseignante spécialisée à l’institut médico-éducatif de la Corniche, elle a participé à de nombreuses initiatives locales : création du Comité de quartier de la Corniche, lancement du marché de la Corniche sous la municipalité Liberti, fondation de la Cimade de Sète puis du DAL (Droit Au Logement) Sète Bassin de Thau. Conseillère municipale pendant près de quinze ans, autrice de plusieurs ouvrages- témoignages, et chanteuse de blues « à l’occasion », elle livre ici un regard intime sur une ville qu’elle a profondément aimée.
Entre nostalgie, tendresse et amertume, ce texte raconte aussi la transformation d’une cité populaire confrontée aux mutations urbaines, touristiques et sociales de ces dernières décennies.
« Adessias ma mie » est une déclaration autant qu’un au revoir
J’avais 13 ans quand je t’ai connue.
Au départ, c’est ta grande sœur, « la surdouée », qui nous avait bien plu à ma famille et à moi, un peu plus loin. Mais très vite nous avons été conquis par ta vivacité, ta pétulance, ta gaîté et ta joie de vivre.
Des contrées du Nord où je vivais alors, je t’ai rejointe chaque été pendant des années, avide de retrouver ton odeur, de t’entendre rire et chanter, de te voir danser au son des hautbois et des tambours tout le temps des vacances.
Et puis l’inespéré est arrivé: je me suis installée chez toi à demeure. Dès lors, j’ai tout appris de ton histoire et de ta singulière manière de vivre. Je me suis longuement abreuvée de ta faconde, de ton humour jovial et de tes galéjades. Je me suis donnée à toi avec passion pendant de longues années. Le bonheur quoi !
Et puis, au fil du temps, le naturel qui faisait tout ton charme s’est estompé. Petit à petit tu as cherché à te faire de plus en plus belle afin de plaire au plus offrant, en marchandant tes atouts. Chaque saison te voyait faire ton cinéma et tu as fini par te perdre dans les artifices dont tu as abusé. La simplicité et la joie qui te caractérisaient sont devenues suffisance et prétention. Ta fraîcheur a disparu. Tu as même commencé à t’enlaidir…
Moi qui t’avais tant aimée….
Notre histoire se termine aujourd’hui, c’est la vie. Je m’en vais rejoindre ta petite sœur, pas très loin. Elle est adorable, tu sais. Comme je garde des liens très fort avec certains de tes enfants, je reviendrai te voir. De toute façon, je ne pourrai jamais oublier celle que tu as été et que j’ai tant aimée.
Adessias ma mie !
Janine Léger