Nuñez, définition : transformer un problème politique en problème de police

Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur à l'Assemblée nationale - Photo - DR AN
Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur à l'Assemblée nationale - Photo - DR AN

[EDITO] Laurent Nuñez ou l’art de faire se révolter tout un peuple. Sorcier du chaos à 62 ans, le ministre de l’Intérieur a passé l’essentiel de sa carrière à surveiller la société. Et lorsqu’une jeunesse réclame des professeurs, Laurent Nuñez leur envoie des policiers. Il faut croire que Beauvau dispose de davantage de matraques que l’Éducation nationale de moyens.

Ancien patron de la DGSI, préfet de police de Paris, secrétaire d’État puis ministre, Nuñez appartient à cette aristocratie administrative qui traverse les gouvernements sans jamais passer devant les électeurs. Un serviteur de l’État, assurément. Mais de quel État ? Sur l’ensemble du mouvement de mai 68, il y a eu entre 4000 et 5000 interpellations, en quelques jours de mobilisation lycéenne, il y a déjà plus de 6000 interpellations, le 7 octobre Nuñez annonçe 6 629 interpellations.

Le voici confronté à des lycéen·nes, une génération qui demande simplement les moyens d’étudier et découvre, en guise de réponse, les équipements du maintien de l’ordre, leur violence, leurs tatouages de Punisher, leur racisme et leur inclination pour l’extrême droite. Ils et elles touchent du doigt le réel et le possible basculement vers une société fachote, dans les actes d’un corps chargé en principe de les protéger.

« Il n’y a pas de répression policière du mouvement », assure le ministre. Baratin et conception singulière de la réalité : il suffirait de nier la répression pour que les images des interventions policières, les blessés et les enquêtes ouvertes disparaissent du paysage.

Le plus inquiétant chez Laurent Nuñez n’est pas sa fermeté. C’est cette incapacité politique à distinguer une contestation sociale d’une menace contre l’État. Comme si manifester constituait déjà une atteinte à l’autorité, comme si la tranquillité du pouvoir devait primer sur le droit de lui demander des comptes.

Nuñez n’a rien d’un accident du macronisme. Il en incarne au contraire l’une des réussites les plus révélatrices : transformer un problème politique en problème de police, puis reprocher aux manifestants les conséquences de cette confusion.

Les jeunes réclament des enseignants, des moyens et un avenir. Le gouvernement leur oppose des boucliers. Laurent Nuñez sait organiser un dispositif policier. Mais à l’école de la haute administration, il semble avoir séché les cours qui permettent d’apprendre à écouter ceux qui n’ont ni pouvoir, ni uniforme, ni accès aux salons de la République.

Maintenir l’ordre n’a jamais signifié faire taire et terroriser les citoyen·nes. Il est peut-être temps d’ouvrir les yeux sur ce véritable agitateur et de limoger ce faux responsable politique.

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