À Montpellier, l’acte IV de la révolte lycéenne met Lecornu face à son budget et Nuñez face à ses violences policières

Rassemblement du 6 octobre à Montpellier - Photo - PLURIELLE INFO
Rassemblement du 6 octobre à Montpellier - Photo - PLURIELLE INFO

Après les 12 000 manifestants revendiqués mardi par les syndicats, Montpellier se prépare à une quatrième journée de mobilisation lycéenne ce jeudi 8 octobre. Rendez-vous à 13 heures au Peyrou. Mais derrière la bataille des moyens pour l’école, deux hommes sont désormais au centre de la contestation : Sébastien Lecornu, qui défend son budget 2027, et Laurent Nuñez, qui assume sa doctrine de maintien de l’ordre malgré les blessures et les enquêtes de l’IGPN.

À Montpellier, les lycéens n’ont manifestement pas l’intention d’abandonner leur mouvement. Deux jours après une manifestation qui a rassemblé environ 10 000 personnes, un nouveau rendez-vous est fixé ce jeudi à 13 heures, place du Peyrou. Onze organisations syndicales de l’Hérault appellent à la grève et à la manifestation. Le Syndicat de combat universitaire de Montpellier (SCUM) invite également les étudiants à rejoindre le mouvement. Après les lycéens, les enseignants, les parents et les étudiants, c’est désormais la capacité du monde du travail à prolonger cette mobilisation qui pourrait en modifier la portée.

Lecornu : 64 milliards, ses chantiers et des réponses à la fin du mois

Mercredi soir, Sébastien Lecornu a tenté de reprendre l’initiative. Depuis Matignon, le Premier ministre a annoncé cinq « chantiers » : remplacement des enseignants absents, conditions matérielles d’enseignement, organisation du temps scolaire, transparence de Parcoursup et expression des lycéens.

Les premières décisions ? Fin octobre. En attendant, le gouvernement propose des temps de dialogue dans les établissements et met en avant les plus de 40 000 contributions recueillies sur sa plateforme de consultation. Lecornu défend également son projet de budget pour 2027 : 64 milliards d’euros pour l’Éducation nationale, soit, selon lui, 1,2 milliard de plus que l’année précédente.

Mais l’augmentation affichée ne répond pas, à elle seule, aux questions soulevées par les lycéens. Combien de professeurs supplémentaires ? Combien de remplacements effectivement assurés ? Combien de classes moins chargées ? Et quelle part des crédits nouveaux permettra d’améliorer concrètement les conditions d’enseignement ?

Nuñez, l’écorcheur de la rue ?

L’autre problème de cette crise, c’est Laurent Nuñez. Mercredi, devant la commission des lois de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur a confirmé 18 saisines en cours de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Des enquêtes dont les conclusions restent à établir, mais qui témoignent de la gravité des accusations portées contre certaines interventions policières. Mais il reste droit dans ses bottes : « j’assume les instructions que je donne », a déclaré Laurent Nuñez, tout en affirmant ne pas être « responsable des violences ».

La question est surtout celle de la proportionnalité des moyens employés face à des adolescents, y compris lorsque certains commettent des violences ou des dégradations. Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a demandé mercredi l’abandon des LBD dans ce contexte. À gauche, plusieurs formations réclament désormais la démission de Laurent Nuñez.

La jeunesse demande des moyens, le pouvoir lui propose des réunions

L’intersyndicale héraultaise refuse d’ailleurs de participer aux réunions de concertation organisées à la demande du gouvernement. Elle estime que les personnels n’ont pas à assumer la responsabilité d’une absence de réponse politique aux revendications.

Le désaccord est profond. Lecornu promet des décisions à la fin du mois, tandis que Nuñez maintient l’essentiel de sa doctrine policière. Les lycéens, eux, sont appelés à retourner dans leurs établissements pour discuter. Mais discuter de quoi, si les moyens nécessaires restent à arbitrer ?

L’acte IV de ce jeudi pourrait marquer une nouvelle étape. Non parce qu’il faudrait nécessairement battre les records de participation de mardi, mais parce que le mouvement dépasse largement les grilles des lycées et que l’enjeu devient celui d’un choix de société : quelle place accorder à la jeunesse dans les priorités budgétaires du pays, et quelle réponse démocratique apporter à sa colère ? À Montpellier, le rendez-vous est donné dès 13 heures, au Peyrou.

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