Le ministère de l’Intérieur a publié lundi une circulaire concernant l’attribution des nuances politiques pour les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, qui opère un changement majeur : La France insoumise est désormais rangée dans la catégorie « extrême gauche » aux côtés de formations telles que Lutte ouvrière, le NPA ou le POI.
C’est avec une délectation non dissimulée que les journaux de Bolloré Valeurs Actuelles et le JDD ont révélé l’information. Jusqu’à présent, LFI figurait dans le bloc « gauche », au même titre que le Parti communiste français, le Parti socialiste ou Les Écologistes. Le Conseil d’État avait même été conduit à valider cette classification dans un avis rendu en mars 2024 suite à un recours déposé par le RN.
Pourquoi un tel changement ?
Pourquoi l’ancien préfet de Police de Paris devenu ministre de l’Intérieur procède-t-il aujourd’hui à ce changement ? Rien ne le justifie, et le ministre lui-même ne le justifie pas, puisque LFI n’a changé ni ses statuts, ni ses discours, ni son programme depuis les dernières élections municipales. Il reste constant et fidèle à sa ligne d’opposition à la politique macroniste, tout en respectant le suffrage universel et les règles institutionnelles.
Peut-être que ce qui a changé, c’est que la France Insoumise ait décidé d’investir les élections municipales comme étape d’une réappropriation citoyenne de la gestion des communes et du pays et soit engagée à secouer la routine des baronnies locales. Ce qui a changé aussi, c’est que le nouvel allié socialiste du gouvernement tente de reconquérir sa suprématie perdue au sein de « la gauche » et qu’il faut bien l’aider un peu en excluant son rival insoumis. Et puis, une question se pose : comment seront classifiées les listes qui comptent des insoumis·es avec des citoyen·nes et des représentant·es d’autres partis labellisés de gauche ?
« Nuñez innove et trouble l’ordre public électoral »
Les Insoumis ont exprimé leur indignation. Jean-Luc Mélenchon a vivement réagi dans un tweet mercredi : « Nuñez innove et trouble l’ordre public électoral en changeant les étiquettes sur les partis politiques ». Il constate que « le ministre décide, à la Trump » et s’interroge : « Depuis quand le ministre de l’Intérieur décide de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ? Pourquoi maintenant ? » Il ajoute : « ces lettres sont celles d’une république bananière. ».
Nunez innove et trouble l’ordre public électoral en changeant les étiquettes sur les partis politiques. Alors qu’en 2020 et 2023 LFI était classée à gauche, le ministre décide, à la Trump, de nous classer Extrême gauche comme « nuance » dans ses décomptes.
Depuis quand le…
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) February 4, 2026
Le ministre de l’Intérieur désavoue le Conseil d’État
Le député de Haute-Garonne Hadrien Clouet estime que le ministre de l’Intérieur « désavoue le Conseil d’État, les historiens, les juristes… unanimes » et prédit : « Demain ce sera le PCF. Puis les Verts. Puis toute opposition qui ne vote pas le budget. » La France Insoumise annonce saisir le Conseil d’État pour contester cette décision administrative, en souhaitant que cette requête soit examinée avant le scrutin.
La ficelle gouvernementale est en effet un peu grosse : après avoir usé et abusé du renvoi dos-à-dos « des extrêmes », il s’agit de continuer la diabolisation, d’essayer de sortir du champ républicain LFI, dont le candidat à rassembler 22% des voix à la dernière présidentielle, pour mieux offrir la République à l’extrême droite qui existe dans ce pays, celle qui remet en cause l’État de droit et les libertés publiques, celle qui substitue haines, divisions et exclusions à la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité ».