La qualité de l’eau potable revient dans le débat local. À Lunel, une lettre ouverte adressée à la mairie et à Lunel Agglo par les groupes locaux des Écologistes du Pays de l’Or et du Lunellois, ainsi que par le mouvement Debout !, alerte sur la présence de PFAS : les « polluants éternels », et demande davantage de transparence sur les contrôles sanitaires et les coûts futurs de dépollution.
Dans ce courrier diffusé publiquement, les signataires évoquent « une exposition diffuse à des polluants issus d’activités humaines » et dénoncent « le coût croissant des dispositifs de filtration impacté sur les consommateurs ». Ils réclament notamment une meilleure information des habitants et une action renforcée contre les pollutions à la source. La lettre est portée localement par des militant·es écologistes engagés sur les questions d’eau et de santé environnementale autour du bassin lunellois.
Une exposition préoccupante au cadmium
En toile de fond, des signaux sanitaires récents. Début 2026, l’ANSES a alerté sur une exposition préoccupante au cadmium, indiquant que près d’un Français sur deux pourrait être surexposé, principalement via l’alimentation. Dans le même temps, les PFAS sont désormais régulièrement détectés dans les ressources en eau à travers le pays.
À Lunel, le sujet n’est hélas pas nouveau. Une campagne complémentaire menée par l’ARS Occitanie a confirmé en 2024 et 2025 la présence de PFAS dans plusieurs captages alimentant le territoire. Les analyses réalisées à Lunel restaient sous la future limite réglementaire européenne de 0,1 µg/L applicable en 2026, avec des concentrations comprises entre 0,044 et 0,047 µg/L sur les captages de Dassargues.
Mais autour de Lunel, plusieurs communes ont dépassé les seuils réglementaires comme sur les captages de Lunel-Viel, Saint-Just et Saint-Nazaire-de-Pézan, des analyses d’UFC-Que Choisir et Générations Futures révélant la présence de onze PFAS dans l’eau potable locale.
Mais au-delà du cas lunellois, la question s’élargit. Les cartographies nationales montrent que le cadmium et plusieurs contaminants chimiques sont présents de manière diffuse sur une large partie du territoire, notamment dans les zones agricoles et calcaires.
Dans l’Hérault, plusieurs facteurs peuvent accroître la vulnérabilité : des sols calcaires naturellement plus riches en certains métaux lourds, mais aussi une forte activité agricole, notamment viticole, historiquement liée à l’usage d’engrais phosphatés. Autant d’éléments qui interrogent, mais Lunel n’est pas un cas isolé, il est le révélateur d’un enjeu plus large dans le département.
Principe du « pollueur-payeur »
Depuis deux ans, les alertes médiatiques autour des PFAS se multiplient dans l’Hérault et en Occitanie. En février 2025, Lunel Agglo avait tenté de rassurer en affirmant que les analyses de l’ARS confirmaient une eau « conforme à la consommation ». Mais plusieurs enquêtes ont ensuite mis en avant des concentrations préoccupantes dans certains captages voisins. L’association APIL évoque même un « hot spot » de contamination historique à Lunel dans les données de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse.
Au niveau national, le débat s’est accéléré après l’adoption définitive puis la promulgation, en février 2025, de la loi qui doit protéger la population des risques liés aux PFAS, les « polluants éternels ». Le texte prévoit l’interdiction progressive de plusieurs usages de ces substances, un renforcement des contrôles dans l’eau potable et l’application du principe « pollueur-payeur ». Dans plusieurs territoires français : vallée du Rhône, Gard, Ardennes ou nord de la France, des collectivités doivent désormais financer des traitements coûteux au charbon actif pour maintenir une eau conforme. À Lunel-Viel et Saint-Just, les premières installations de filtration ont déjà représenté plusieurs centaines de milliers d’euros d’investissement.
