Lunel : Crise agricole, foncier et avenir du territoire en débat

Crise agricole foncier et avenir du territoire en débat avec Lunel collectif - Photo - PLURIELLE INFO
Crise agricole foncier et avenir du territoire en débat avec Lunel collectif - Photo - PLURIELLE INFO

Mardi soir, au Wan à Lunel, une table ronde particulièrement animée et riche en échanges a réuni agriculteurs, candidat·es aux municipales de Lunel collectif, militant·es et citoyen·nes autour d’un même constat : la crise agricole est profonde, mais des réponses locales concrètes existent, à condition d’une véritable volonté politique.

Invité principal de la soirée, Nicolas Vitou, manadier et représentant de la Confédération paysanne, est longuement revenu sur la problématique de la dermatose nodulaire contagieuse, qui touche actuellement les élevages bovins. Il a dénoncé les choix français jugés radicaux, fondés sur l’abattage total des cheptels concernés. « Ce traitement est destructeur pour les élevages locaux et met directement en danger la race Camargue car la sélection de nos taureaux résulte d’années de travail », a-t-il expliqué, rappelant que d’autres pays européens ont fait le choix de stratégies alternatives moins brutales.

Une agriculture menacée par l’artificialisation des terres

Élu à la SAFER, Nicolas Vitou a également pointé deux obstacles majeurs à l’installation et au maintien des agriculteurs : le coût prohibitif des terres agricoles et les difficultés d’accès à l’eau d’irrigation, y compris sur des parcelles pourtant desservies par le réseau BRL. Les attentes du monde agricole sont pourtant simples et légitimes : vivre de son travail et laisser vivre son cheptel.

La soirée a aussi permis de dresser un constat alarmant sur l’état de l’agriculture locale. Jean-Philippe Martin, historien du syndicalisme agricole, a rappelé que la région viticole traverse une crise structurelle liée à la baisse des débouchés économiques, rendant indispensable une diversification des cultures.

Un constat partagé par Gilbert Gomez, cultivateur de vignes et d’oliviers, directement impacté par le projet de déviation de la RN113. Chiffres à l’appui, il a rappelé que près de 150 hectares de bonnes terres agricoles sont aujourd’hui menacés à Lunel par des projets routiers ou immobiliers. Une déperdition agricole historique qui s’accélère et participe à alimenter la détresse des agriculteurs, lesquels étant contraints de vendre des terres pour vivre.

RN113 : un projet coûteux et inefficace

Interrogée sur ce point, Lise Florès, tête de liste de Lunel Collectif, a rappelé la réalité humaine qui se cache derrière ces projets : des agriculteurs et des familles soumis à des procédures d’expropriation pour une infrastructure « coûteuse, inefficace et instrumentalisée à chaque élection ».

Selon elle, le bilan des mandatures précédentes est sans appel : aucune réduction significative de la circulation en centre-ville et sur les boulevards comme Sainte Claire ou la rue de la République, aucune amélioration durable de la sécurité des déplacements. Lunel Collectif défend une alternative claire : un plan de réduction de 30 % des circulations en cinq ans, un objectif qu’aucune déviation ne pourra atteindre, d’autant plus qu’un tel projet ne verrait pas le jour avant au moins dix ans,  s’il voit le jour.

Soutenir l’agriculture, créer de l’emploi local, préserver le foncier

Face à la crise, Lunel Collectif affirme un soutien ferme aux agriculteurs et s’oppose explicitement à l’abattage total des cheptels. Le collectif plaide pour une stratégie globale à l’échelle communale et intercommunale afin de soutenir réellement l’agriculture locale, créer des emplois et garantir des revenus dignes.

Parmi les pistes avancées, ont déjà été mises en œuvre dans d’autres territoires des expérimentations prometteuses comme les fermes municipales en régie, les jardins de Cocagne, le développement d’industries de transformation agricole, les formations et études supérieures agricoles, ou la recherche, innovation et création artistique liées au monde rural.

« Ce sont des dizaines d’emplois et de parcours de vie non délocalisables qui peuvent émerger avec une volonté politique locale. L’agriculture est un exemple de la méthode que nous proposons », affirme Lise Florès. Lunel Collectif défend ainsi une politique de l’emploi tournée vers l’avenir, fondée sur les atouts du territoire, les métiers en tension dans les années à venir et permettant aux Lunellois·es de travailler localement.

Pour favoriser l’installation agricole et la souveraineté alimentaire locale, Lunel Collectif propose également l’acquisition de terres par la collectivité, mises à disposition des agriculteurs via des cahiers des charges ambitieux, conformément à la loi du 25 mars 2025.

Garantir la dignité des travailleurs agricoles

Enfin, fort de son expérience syndicale, Alain Bobet a dénoncé l’existence de réseaux de travailleurs agricoles immigrés extrêmement précaires. Contraints de payer jusqu’à 15 000 euros pour venir travailler en France, ils sont ensuite exploités et logés dans des conditions indignes : 4 à 6 personnes par chambre, pour un coût pouvant atteindre 300 euros par mois par lit, hors charges.

Ces conditions de vie alimentent les tensions et les incivilités en centre-ville, mais pour lesquelles des solutions existent, comme par exemple la création d’un foyer de travailleurs agricoles, qui assurerait à la fois dignité humaine et l’accès aux droits, apportant ainsi un apaisement social dans la commune.

Cette table ronde aura mis en lumière une réalité souvent occultée : l’agriculture n’est pas un sujet du passé, mais un levier central pour l’avenir économique, social et écologique de Lunel. À condition d’écouter celles et ceux qui la font vivre — et d’agir avec eux.

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