Logement social, foncier, et artificialisation : un défi national et local

Logement social foncier et artificialisation un défi national et local - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO
Logement social foncier et artificialisation un défi national et local - Photo - LAB_ PLURIELLE INFO

Lors d’une conférence organisée fin août dans le cadre des journées d’été des écologistes, trois voix complémentaires ont alerté sur la nécessité de prendre en main les questions de pression foncière, la crise du logement et la lutte contre la vacance en France : Guillaume Gontard, sénateur de l’Isère et président du groupe Écologie & Territoires, Suzanne Brolly, présidente de l’association Agir contre le logement vacant et vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg, et Pauline Robert, directrice générale adjointe de la ville de Pantin, métropole en pleine mutation sociale.

La carte des adhérents de l’association Agir contre le logement vacant révèle une mobilisation forte dans les territoires à majorité progressiste et écologiste : Eurométropole de Strasbourg, Grenoble Alpes Métropole, Métropole de Lyon, dirigées par des maires EELV (Jeanne Barseghian, Éric Piolle, Grégory Doucet). Ville de Paris (majoritairement PS avec Anne Hidalgo) et villes comme Rennes (PS), Roubaix (divers gauche), Pantin (PCF/divers gauche) font partie de ce réseau. Ces territoires se distinguent par un engagement marqué en faveur du logement social, de la protection du foncier et des préoccupations écologiques.

Les communes engagées dans la lutte contre le logement vacant : un paysage politique et géographique contrasté

Des territoires de centre gauche modéré ou socialiste comme Dunkerque (initialement PS), Pau Béarn Pyrénées (Modem avec François Bayrou), ainsi que des collectivités à gestion plus pragmatique (Chartres Métropole, droite modérée) figurent également parmi les membres. En revanche, le nombre de collectivités à droite classique est très réduit (ex. : département de la Meuse). Et surtout, les grandes métropoles méditerranéennes à forte pression foncière et démographique, telles que Nice, Marseille, Toulon, Montpellier, Aix-en-Provence, ou encore Toulouse en Occitanie, sont quasiment absentes. Cette absence constitue un paradoxe criant, car ce sont précisément ces zones qui souffrent de la plus intense tension immobilière, du risque prononcé d’artificialisation massive des sols, et d’un étalement urbain préoccupant.

Les zones vides : un enjeu de représentativité et d’impact territorial

Ce déficit d’implication locale limite la capacité à influer sur les politiques nationales, alors même qu’une mobilisation soutenue est vitale pour accompagner la transition démographique et écologique indispensable, et Suzanne Brolly appelle les collectivités à rejoindre l’association. Son intervention appuie sur plusieurs points clés : « aujourd’hui, il est plus intéressant pour un propriétaire de faire du meublé touristique que du logement social, alors même que ce dernier est un besoin urgent« , insiste-t-elle. La majoration de la taxe d’habitation sur les résidences secondaires existe, mais reste un levier limité. Elle déplore également le retour en arrière sur Ma Prime Rénov’ décrit comme « catastrophique, socialement et écologiquement, alors que ce dispositif avait démontré son efficacité pour lutter contre les passoires énergétiques et créer des emplois. Ce dispositif aurait pu être maintenu en encadrant la chasse aux fraudes. Aujourd’hui, la précarité énergétique s’accroît parce que certains ménages n’ont pas les moyens de rénover« .

Un autre dispositif en ligne de mire : le dispositif Loc’Avantages qui doit lui aussi être rendu plus attractif et qui pourrait être un outil majeur pour mobiliser le parc privé vers le logement social et ainsi favoriser la mixité sociale, sans construction massive de tours, mais en multipliant les logements adaptés.

La valorisation foncière échappe de plus en plus aux collectivités.

À Pantin, la politique de logement volontariste a permis de passer la part du logement social de 30% à 40%, celui-ci restant très social avec un prix trois fois inférieur au marché libre. Les prix demeurent cependant élevés et la qualité de vie améliorée par tout le travail sur l’urbanisme et le logement entraîne un emballement préoccupant.

La politique de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) est aujourd’hui attaquée avec des assouplissements qui conduisent à une dérive dite « populiste à la Laurent Wauquiez » selon les mots de Guillaume Gontard, supprimant les objectifs contraignants et généralisant un : « faites comme vous voulez, on verra après ».

Le cas Pantin : pression de Paris, mutation urbaine et double enjeu social

Pantin illustre la forte pression métropolitaine. Son territoire agricole et son mode de vie traditionnel ont été totalement transformés pour absorber la forte demande de logements liée à la proximité de Paris. La municipalité, représentée par Pauline Robert, DGA, a déployé des outils tels que la préemption foncière, le recours aux établissements publics fonciers et l’urbanisme négocié afin de garantir retombées sociales et environnementales. La commune a ainsi pu maintenir un rythme annuel de 200 à 250 logements destinés à répondre à l’accroissement de la population, de 10 000 habitants en 10 ans, tout en préservant un cadre de vie agréable.

Ce changement profond a eu un revers : explosion du prix moyen du mètre carré de 2 000–3 000 € à près de 8 000 €, saturation du logement social avec une attente excédant 4 ans, et une demande très forte sur le parc privé locatif. Ce cercle exclut la plupart des ménages, à l’exception d’une minorité aisée. Il suppose des leviers renforcés et des ajustements constants pour garantir la mixité sociale.

Les possibles d’une petite commune

Guillaume Gontard, président du groupe Écologie et Territoires, insiste sur l’efficacité des démarches locales, même dans une petite commune de 500 habitants comme la sienne. Par une réflexion communale avec les habitants à l’horizon 2050, il a pu cartographier les usages réels, réorganiser les bâtiments et ainsi éviter l’artificialisation, tout en remobilisant 100 logements grâce à un travail collaboratif et en démontrant la capacité d’absorber deux fois plus d’habitants sans nouvelles imperméabilisations.
Ce type de réussite s’appuie sur une ingénierie territoriale fine, un accompagnement fort des élus et une attention particulière à l’habitat léger – aujourd’hui dans un vide juridique, mais en forte demande dans les zones rurales – qui peut fournir des alternatives adaptées, notamment pour les agriculteurs. Comme le résume Gontard, « c’est de la dentelle, il faut travailler de façon très précise » : l’action locale et l’ingénierie restent la clé, bien au-delà du seul financement, pour la réussite des politiques foncières et sociales, quelle que soit l’échelle du territoire.

Quelles pistes pour la région Montpellier–Nîmes ?

La zone Montpellier–Nîmes, classée en zone tendue, doit impulser une dynamique similaire : intensifier la rénovation pour sortir logements vacants et passoires énergétiques, mettre en place une fiscalité novatrice pour encadrer les résidences secondaires et mobiliser le parc privé vers le social, renforcer les compétences locales pour agir rapidement sur la vacance via réquisition et expropriation, encourager l’urbanisme négocié et favoriser les projets mixtes.

L’absence des grandes métropoles méditerranéennes dans la mobilisation collective invite à un sursaut, d’autant plus que cette région doit concilier la forte pression démographique, les effets du tourisme, et les enjeux climatiques et agricoles. La conférence a souligné que ce n’est qu’à travers un engagement politique renouvelé et un travail collaboratif très précis que ces défis pourront être relevés et garantir un avenir durable et inclusif.

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