À Cannes, le scénariste écossais Paul Laverty n’a pas simplement provoqué une polémique. Mardi 12 mai 2026, lors de la conférence de presse officielle de présentation du jury du 79e Festival de Cannes, il a rappelé une vieille fracture du cinéma occidental : jusqu’où Hollywood accepte-t-il la liberté d’expression politique de ses artistes quand celle-ci devient dérangeante pour ses intérêts économiques et diplomatiques ?
Membre du jury du Festival de Cannes 2026, le collaborateur de Ken Loach a dénoncé ce qu’il considère comme une mise à l’écart d’acteurs ayant pris position contre la guerre menée par Israël à Gaza. Il a cité notamment Susan Sarandon, Javier Bardem et Mark Ruffalo, évoquant une forme de « blacklist » idéologique dans l’industrie américaine. « Shame on Hollywood », a-t-il lancé lors de la conférence de presse du jury.
Paul Laverty défend une vision du cinéma comme contre-pouvoir social et moral. Son travail avec Ken Loach, de Land and Freedom à I, Daniel Blake, repose précisément sur cette idée : l’art ne doit pas être neutre face aux violences politiques ou sociales.
« Shame on Hollywood »
Son intervention à Cannes dépasse donc la seule question palestinienne. Elle révèle tout le fonctionnement même d’Hollywood. Car l’industrie américaine a toujours entretenu un rapport ambigu avec la liberté d’expression. Les studios défendent volontiers les causes consensuelles, mais deviennent beaucoup plus prudents lorsque les prises de position risquent de provoquer des campagnes politiques, des pertes commerciales ou des accusations d’antisémitisme.
Dans le cas de Susan Sarandon, l’actrice a effectivement perdu son agence après plusieurs déclarations liées à Gaza en 2023. Elle affirme depuis avoir été marginalisée professionnellement. D’autres personnalités comme Mark Ruffalo ou Javier Bardem ont aussi subi d’importantes campagnes de critiques pour leurs positions publiques.
Paul Laverty défend une idée assez explosive : le problème n’est pas d’être d’accord ou non avec ces artistes, mais de savoir si une industrie culturelle peut tolérer la dissidence politique sans sanction implicite.
« Blacklist »
À Cannes Lle président du jury, Park Chan-wook, a lui-même rappelé que « l’art et la politique ne sont pas en conflit ». Une vision beaucoup plus acceptée dans les festivals européens que dans les grands studios américains, où les enjeux financiers dominent trop souvent.
Certains estiment que le scénariste exagère avec l’existence d’une véritable « liste noire » organisée comparable au maccarthysme hollywoodien des années 1950. À ce jour, aucune preuve publique ne démontrerait un système structuré de bannissement. Mais il existe surtout un climat de polarisation où certaines prises de position peuvent entraîner « des conséquences professionnelles indirectes, » pour parler la novlangue. Et c’est précisément ce climat que Paul Laverty dénonce : une industrie qui célèbre le courage à l’écran, mais beaucoup moins lorsqu’il s’exerce hors caméra.
