Pour sa conférence de presse de rentrée, François Bayrou s’est présenté lundi comme un Premier ministre déterminé, mais assiégé.
Pendant 59 minutes, questions comprises, François Bayrou a défendu son plan d’économies budgétaires et annoncé qu’il engagerait la responsabilité du gouvernement le 8 septembre devant l’Assemblée nationale. « Il s’agit de trancher la question centrale de la maîtrise des finances publiques », a-t-il soufflé, rappelant l’urgence de la situation.
Le plan, dévoilé en juillet, prévoit un effort de 44 milliards d’euros pour réduire le déficit, avec des mesures qui suscitent plus de défiance que d’adhésion, comme la suppression de jours fériés ou le gel de toutes les prestations sociales. François Bayrou insiste : pour lui, le vote du 8 septembre ne portera que sur le principe général, les discussions détaillées sur chaque mesure devant intervenir ultérieurement.
« Bayrou ou le bêta rame »
Mais le pari politique est périlleux. D’autant que le mépris de classe qu’il laisse échapper négligemment au détour d’une phrase, « je ne me laisse pas distraire par telle ou telle mobilisation », pourrait bien jeter de l’huile sur le feu de la colère populaire. Tout en égrainant, entre quatre hésitations, un gorgée d’eau et deux respirations en quête d’inspiration, quelques banalités : « le désordre qui détruit tout »; « la planète ne tourne pas bien »; « choisir la route qui permettra d’éviter cette malédiction »; « trouver la dimension de l’effort »; « la discussion aura lieu ensuite en pleine lumière sous le regard des Français », il se rend presque fidèle à la définition dite « in vino veritas», distillée dans les cafés français : « Bayrou ou le bêta rame. »
Sentant venir la tempête, Le Rassemblement national ferme la porte à celui qu’il a soutenu jusqu’ici. Jordan Bardella a déclaré que « jamais le RN ne votera la confiance à un gouvernement dont les choix font souffrir le peuple ». Quelques minutes plus tard, Marine Le Pen qui retrouve sa voix, confirme : « nous voterons évidemment contre la confiance. Seule la dissolution permettra aux Français de choisir leur destin ». Même ton du côté de la droite d’Eric Ciotti, président de l’Union des droites pour la République, qui juge « inenvisageable d’accorder la confiance à une majorité macroniste qui a conduit le pays à la faillite ».
La France Insoumise et le Parti communiste ont annoncé qu’ils voteront pour « faire tomber le gouvernement ». Manuel Bompard a affirmé sur X que « les parlementaires insoumis voteront le 8 septembre pour mettre fin à cette politique d’austérité ». Léon Deffontaines (PCF) a tenu des propos similaires, appelant à « faire tomber le gouvernement ».
Bayrou, icône de l’extrême centre, c’est fini ?
À trois jours d’une grande mobilisation sociale prévue le 10 septembre, l’exécutif se retrouve ainsi pris en étau : contesté dans la rue par les citoyen·nes, les syndicats et de nombreuses organisations, rejeté par l’ensemble des oppositions au Parlement. Le vote de lundi, présenté par Bayrou comme une étape nécessaire pour « redresser les comptes », pourrait bien se transformer en un crash immédiat de son gouvernement.
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— Gouvernement (@gouvernementFR) August 25, 2025
