Dans l’Hérault, la colère paysanne monte contre l’abattage total et les silences de l’État

Hôtel du Département à Montpellier la colère paysanne monte - Photo - Lise Florès
Hôtel du Département à Montpellier la colère paysanne monte - Photo - Lise Florès

Mercredi 7 janvier, après une première mobilisation sur les routes de l’Hérault, la Confédération paysanne 34 a de nouveau ralenti la circulation. Drapeaux et chasubles ressortis, les agriculteurs ont opté pour une action escargot afin de dénoncer la stratégie gouvernementale d’abattage total et systématique des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse (DNC).

Le cortège est parti vers 11h15 du parking de la Cadoule, à Vendargues, direction l’Hôtel du Département à Montpellier. En ciblant cette institution, les manifestants entendaient obtenir un positionnement politique des élus locaux contre l’abattage intégral des cheptels. « Rien ne nous arrêtera », a lancé Nicolas Vitou, représentant de la Confédération Paysanne dans le département.

La mobilisation intervient alors que, selon la préfecture, près de 7 000 bovins ont été vaccinés dans l’Hérault depuis le 19 décembre. Une donnée mise en avant par l’État pour justifier la poursuite du protocole sanitaire, mais qui ne suffit pas à apaiser la colère.

Pour Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault, le désaccord est désormais frontal. Elle estime que les revendications sont « comprises, mais pas du tout écoutées » par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Le syndicat exige « la fin immédiate des abattages totaux et la révision du protocole sanitaire », en s’appuyant, selon elle, sur des propositions étayées par des travaux scientifiques et des précédents internationaux. Elle rappelle notamment l’épisode de 1992 à La Réunion, où une épidémie de DNC avait été contenue par la vaccination, sans abattage massif.

[VIDEO] Interview de Morgane Bara, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Hérault :

La défense de la race Camargue est au cœur des inquiétudes. Devant l’Hôtel du Département, Dominique Soulier, secrétaire départemental du syndicat, a alerté sur la fragilité de ce cheptel à faible effectif. Selon lui, quelques abattages ciblant des troupeaux structurants suffiraient à compromettre durablement une génétique façonnée depuis des siècles, avec des répercussions culturelles et économiques, notamment pour les courses camarguaises et le tourisme local.

[VIDEO] Interview de Dominique Soulier, secrétaire départemental de la Confédération paysanne de l’Hérault :

Sur le plan politique, le président du conseil départemental Kléber Mesquida a publiquement pris position contre l’abattage total, qualifié « d’aberration ». Dans une lettre adressée au Premier ministre, il demande l’accélération de la vaccination, un contrôle renforcé des déplacements d’animaux, un assouplissement du cadre réglementaire et un soutien financier à la hauteur des pertes subies par les éleveurs. Il plaide également pour l’examen d’alternatives, telles que l’isolement des bêtes infectées, en faisant le parallèle avec les stratégies de dépistage mises en œuvre durant la crise sanitaire du Covid-19.

[VIDEO] intervention de Kleber Mesquida :

Cette contestation locale s’inscrit enfin dans un mécontentement plus large, lié au projet d’accord de libre-échange Mercosur. Les agriculteurs redoutent une concurrence accrue de produits importés à bas coût, soumis à des normes sociales et environnementales moins exigeantes. Pour la Confédération paysanne, la gestion de la DNC et le Mercosur relèvent d’un même enjeu : la survie économique et patrimoniale d’une agriculture paysanne déjà très fragilisée.

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